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Kabylie, l'olivier n'est plus sacré dans son pays

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Ali Benchabane
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Territoire imaginaire de l’oliveraie, la Kabylie s’est quelque peu détournée de son âme. Les vieux en parlent avec regrets. Lois économiques ? Oui et non car l’industrie de l’huile d’olive s’est trouvé un destin hors Kabylie.

Deux vieilles personnes devisent, assisses sur les dalles de la Djemaa. Nous sommes, par une matinée fraiche de décembre, dans un hameau du massif central kabyle. Ammi Ahmed, qui a passé sa vie à ‘’gratter la terre’’, ferme les yeux comme pour se remémorer le passé et commence à débiter d’une voix caverneuse, ‘’l’abus de Bastos’’ dit il comme pour s’excuser. Il déroule sa vie de fellah pauvre. Les aubes blafardes et froides, les ronces des ravins et les sentiers de chèvres à escalader et aussi les enfants qui pleurent de froid. Parfois de faim !

Cela c’était avant. "Maintenant, soupire le vieux, les gens se sont détournés de tout cela. Certes c’était dur, difficile et ne nourrissait pas vraiment son homme mais cela forçait le caractère et aussi les muscles". Maintenant, surenchérit son compagnon l’hadj Saïd, les oliviers sont abandonnés et personne ne veut plus s’en occuper, les jeunes cherchent le moyen de gagner plus, sans trop se fatiguer et surtout rapidement quitte à verser dans l’interdit ! Regardez -il montre une oliveraie toute proche - , les arbres sont devenus de vraies broussailles, personne ne s’en occupe vraiment ! Cela crève le cœur mais nous les vieux on n’y peut rien ! »

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Le résistible désamour pour la terre

Les causes de ce que Al Hadj le désastre sont égrenées comme une litanie. Les gens ont fui lors de la guerre d’indépendance le pays pour la France et sont devenus des ouvriers dans les usines. Ils ont ainsi, petit à petit, perdu le goût de la terre. Survient un autre vieux. Allure suggestive, il fait penser au Commandar des Beni Boublen décrit dans son œuvre par feu Mohamed Dib.

Comme lui il a vécu toutes les guerres, il s’invite dans la conversation et en couvant des yeux l’oliveraie en face de la djemaa s’écrie : ‘’l’olivier continue à produire même si les gens lui ont tourné le dos ! C’est plus qu’un arbre. Un vrai trésor pour qui sait l’entretenir ! Regardez ces oliviers ils ont facilement plus de deux siècles et ils continuent de produire. Mais il arrivera bien le temps où délaissés tellement ils finiront par dépérir !’’ Puis « Commandar » de reprendre : ‘’vous savez les jeunes aujourd’hui vont à l’école et c’est tant mieux. Ramasser des olives uniquement avec les vieilles mains ce n’est pas facile. II y a aussi ceux, nombreux, qui disent que passer toute la journée dans les champs à braver le climat et les ronces des ravins, les rebute. Surtout qu’après ces rudes journées de labeur on ne peut que difficilement sustenter sa famille pas la nourrir et la vêtir. Les temps ont d’autres besoins et aujourd’hui l’euro a dénaturé les rapports à la terre !’’

L’huilerie de Si Mahfoud

Si Mahfoud n’aime pas qu’on parle de lui ! ‘Les temps sont mauvais et il vaut mieux vivre caché !’’. Mais l’homme ‘’sur les champs depuis sa prime jeunesse’’ parle de son métier avec passion. ’’ Tous les jours que Dieu fait je suis ici du matin au soir et souvent quand la récolte l’exige on travaille de nuit ! Sa machine à presser moderne il l’a acquise grâce à un prêt bancaire. Le travail est moins salissant et l’huile plus fine et plus belle au regard, avec sa couleur dorée.« Ce que désormais les gens apprécient ! » Si Mahfoud précise que la mouture d’un quintal d’olives est payée 800 dinars. Le propriétaire des olives, s’il le désire peut payer en nature. Deux litres d’huile. Les temps sont durs les ouvriers difficiles et ils coûtent de plus en plus cher, ils réclament souvent et c’est naturel, jusqu’à trois mille dinars la journée, et l’assurance sociale ! Selon lui un quintal d’olives donne en moyenne 18 litres d’huile car explique-t-il ‘’les olives sont malades cette année !’’

Dans la wilaya de TiziOuzou existent environ deux à trois centaines d’huileries de tous types, « les plus anciennes, celles à traction hippomobile sont très rares !’’. Pour autant l’huile d’olive ne connaît pas de soucis de commercialisation. ‘’ Je n’ai aucun problème car j’écoule ma marchandise sur le marché local, mais c’est vrai que les pouvoirs publics ont facilité l’exportation. Personnellement je n’arrive même pas à satisfaire la demande locale. Et souvent l’huilerie tourne 24 h sur 24’’ affirme Si Mahfoud en me remettant un litre d’huile ‘’pour goûter ! ‘’, dira-t-il. Oui c’est vrai l’huile est pure, fruitée et sent bon les garrigues et les ravins comme la sueur des gens qui l’ont récolté. De l'or en bouteille !

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L’huile d’olive un destin hors Kabylie

Le goût fruité de l’huile d’olive est certes très apprécié sur les marchés mondiaux encore faut il qu’’elle soit disponible et jouisse d’une meilleure connaissance du public. Le ministère de l’agriculture parle de moins de 2 500 tonnes d‘huile exportée annuellement vers la France, la Belgique, le Canada et depuis peu vers la Chine ....

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