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Barrages, caméras et interdiction de manifester, comment Cologne veut faire oublier la saint-Sylvestre 2015

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NOUVEL AN - Éviter à tout prix que se reproduisent les images de la Saint-Sylvestre 2015. Les autorités de la ville de Cologne ont encore en tête les images de cette soirée catastrophique, au lendemain de laquelle plus d'une centaine de plaintes pour agressions sexuelles avaient été déposées. Les fêtards passant sur la place centrale de la ville, entre la sortie de la gare et le célèbre Kölner Dom, ont décrit une situation hors de contrôle, avec des victimes de vols et d'attouchements par des dizaines d'hommes, sans que la police en sous-effectif n'intervienne efficacement. Mais le péril, cette fois, pourrait venir d'ailleurs (voir la vidéo en tête d'article).

Police partout

Le soir du 31 décembre 2016, la présence des autorités sera décuplée: 1500 policiers municipaux et régionaux dans le centre-ville, plus de six cents fonctionnaires pour contrôler les sacs et assurer le bon déroulement de la soirée, contre 135 représentants de l'ordre l'an dernier. "Dans les situations à risque, nous interviendrons de manière très claire", a ainsi martelé Jürgens Mathies, le chef de la police de Cologne. Pour épauler les forces de l'ordre, une quarantaine de caméras de surveillance, première partie d'un plan visant à couvrir entièrement les rues populaires du centre-ville en 2017.

Mais ce n'est pas tout: à la demande de la mairie, l'épicentre des événements de 2015, sera filtré, les sacs ouverts, les entrants contrôlés de haut en bas. Les feux d'artifice? Interdits. Les détenteurs de pétards en tous genres seront priés d'aller faire détonner leurs engins un peu plus loin, comme le dépliant ci-dessous qui sera distribué aux passants le soir du 31.

Toutes ces mesures de sécurité, destinées à répondre aux nombreuses critiques qui s'étaient abattues sur la mairie et les forces de police il y a douze mois, ne suffisent plus après une année 2016 où le terrorisme a tué pendant des rassemblements publics. Chez les Allemands, l'attentat de Berlin est encore dans toutes les têtes. Les camions seront interdits, dès le début de la soirée, sur les grands axes menant à la place, et des barrages seront posés pour protéger la foule d'un éventuel conducteur de poids qui foncerait dans la foule.

Les néonazis du NPD en embuscade

Mais un autre événement motive la prudence extrême de la municipalité: la possible présence en nombre de militants du NPD là ou, un an plutôt, avaient eu lieu les agressions. Le parti néonazi allemand voit dans ce 31 décembre le parfait levier pour promouvoir ses idées anti-immigration. Sur Facebook, les responsables du NPD ont appelé la population à venir manifester sous le slogan "Les femmes ne sont pas les proies des bandes d'étrangers". Quelques jours plus tard, la police de Cologne a décidé d'interdire la manifestation: un geste qui, en Allemagne, n'a vraiment rien d'anodin.

Dans ce pays où la constitution est protégée par l'un des plus prestigieux services de l'État, la loi fondamentale allemande fait en effet de l'article 8, dit "liberté de réunion", un droit constitutionnel, à la différence de la France. Une liberté également surveillée de très près par les tribunaux administratifs autant que par la cour constitutionnelle de Karlsruhe. À titre d'exemple, en 2015, un juge allemand a cassé l'interdiction de manifester prononcée par une mairie du Land de Saxe.

Ici, la police de Cologne a retenu l'un des rares principes permettant une telle interdiction: selon les autorités, la sécurité et l'ordre ne pourraient être assurés en cas de rassemblement des troupes du NPD. Les militants seraient-ils si nombreux? De l'aveu même du chef de la police, ils n'étaient qu'une cinquantaine de participants attendus, mais une manifestation de l'extrême droite allemande provoque toujours des affrontements. "Notre angoisse, c'est qu'entre les militants et leurs opposants, nous ne puissions pas maîtriser la confrontation". Une peur justifiée lorsque l'on consulte les sites antifascistes, prêts à aller au contact avec les militants d'extrême droite.

L'AFD s'en mêle

Tous les rassemblements politiques sont donc interdits, "même lorsqu'il s'agit de simple regroupements", explique-t-on du côté des services de police. T-shirts ou casquettes arborant un slogan, chants aux slogans politisés, sur le terrain, les fêtards ne seront pas seulement fouillés à l'entrée du centre-ville, mais aussi scrutés de la tête aux pieds. Une politique stricte qui n'a pas dissuadé le NPD de s'inviter à la fête, comme le montre l'un de ses derniers statut Facebook, appelant à manifester quand même.

L'autre formation politique à la droite de la droite, Alternative für Deutschland, n'a pas manqué de mettre de l'huile sur le feu: après avoir vu à leur tour une demande de manifestation interdite pour les même motifs de sécurité, l'AFD a trouvé de quoi mobiliser ses troupes. Sur sa page Facebook, le parti explique que le personnel qui s'occupera du contrôle des sacs sera en partie composé de...demandeurs d'asile, payés cinq euros de l'heure.

Le slogan de cette affiche "Des demandeurs d'asile comme agents de sécurité pour la Saint-Sylvestre?"

Une chorale, des lumières... et un bus anti-agression

Au coeur de cette atmosphère de surveillance extrême, se promènera en plein centre-ville une dernière mesure de sécurité, spécifiquement pensée pour les femmes, premières victimes de la Saint-Sylvestre 2015. Mis en place par l'ONG "Initiative de Cologne contre la violence sexuelle", un bus roulera dans les rues, pour recueillir et aider celles qui auraient été victimes d'agression sexuelle pendant la soirée.

Comme pour exorciser l'évidente priorité mise à la sécurisation de la ville, la maire de Cologne, Henriette Peker, n'a cessé de le répéter: il faut que la Saint-Sylvestre "reste une fête". Le plasticien Philipp Geist projettera donc sur le parvis de la cathédrale et la place qui lui fait face (celle-là même où ont eu lieu les agressions) des installations lumineuses interragissant avec les passants. Plus tard dans la soirée, une chorale viendra chanter du Gospel sur la place adjacente. Avec comme public, beaucoup de policiers, un nombre incertain de militants d'extrême droite, et des fêtards à court de feux d'artifice.

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