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L'auto-sacrifice, seule alternative qui s'offre à Hamid Chabat?

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HAMID CHABAT
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GOUVERNEMENT - Après avoir été désavoué par des membres du bureau exécutif de son parti, fustigé dans une pétition signée par une quarantaine de poids lourds de l'Istiqlal, Hamid Chabat semble plus que jamais esseulé. Pourra-t-il continuer de manoeuvrer pour se maintenir à la tête du parti?

Attaqué de partout. Depuis ses dernières déclarations au sujet de la Mauritanie, et la crise qui s'en est suivie, Hamid Chabat voit des nombre de personnalités de l'Istiqlal le lâcher. Après les sortie successives de Abbas El Fassi, Taoufik Hjira et Yasmina Baddou, il a décidé de rétorquer. Dans un communiqué du secrétariat général du parti, il était annoncé que les contestataires seront sanctionnés avec vigueur, et Hamid Chabat voulait faire du Conseil national une occasion d'isoler ses adversaires et de réaffirmer son emprise sur le parti.

Le Conseil national, l'arme retournée contre Chabat

Seulement, ceux-ci n'ont pas tardé à contre-attaquer. En conduisant un mouvement de fronde en interne, et en choisissant de diffuser la pétition appelant à la destitution de Hamid Chabat à un jour du Conseil national, ils ont opportunément exploité la fenêtre de tir qui s'offrait, alors que Chabat s'apprêtait à faire de cette rencontre une arme contre eux. En cherchant à canaliser, par ce biais, l'adhésion des mécontents, ils ont provoqué une crise de légitimité dont ils cherchent à engranger des gains politiques.

Pour l'instant, il est encore malaisé de connaitre quelles sont, au fond, les revendications des frondeurs. Si la destitution de Hamid Chabat semble être la finalité recherchée à court terme, adoptent-ils une posture participationniste, où veulent-ils plutôt que l'Istiqlal rejoigne l'opposition? Le courant, conduit par des figures de l'Istiqlal qui n'ont jamais fait secret de leur proximité avec le Parti authenticité et modernité (PAM), ainsi que par d'autres qui se sont opposé à la sortie de l'Istiqlal du gouvernement en 2013, semble n'avoir pas encore tranché sur la question du positionnement de l'Istiqlal, reléguant sa résolution à l'après-Chabat. Le seul point qui, jusqu'à présent, fait consensus au sein de ce courant hybride aux multiples divergences, est la nécessité d'écarter l'actuel secrétaire général du parti.

Un parti verrouillé

Abstraction faite de l'effet médiatique de la pétition, celle-ci risque-t-elle de provoquer une érosion de la légitimité de Chabat? Comme le relevait judicieusement Ali Amar, dans un article paru dans Le Desk, le procès intenté à Hamid Chabat "ne semble pas le décontenancer outre mesure. De son côté, il fourbit ses armes et compte bien, grâce à l’appui de ses fidèles – dont certains lieutenants ministrables -, éviter la destitution et garder se faisant la main sur l’appareil du parti à l’issue d’un Conseil national extraordinaire qui promet ce week-end d’être particulièrement houleux".

L'Istiqlal, sarcophage de plomb dont, naguère, rien ne ressortait, semble plus sonné par cet étalage public d'adversités et de jeux de coulisses que par la chute de la cote de son leader dans la sphère politique.

Nombre de notables disposant d'une clientèle électorale, plus attachés au capital politique que leur confère l'Istiqlal qu'à son cumul d'Histoire, ne prêtent que peu d'intérêt à la distorsion entre l'ancien univers du parti, que regrettent avec nostalgie les frondeurs, et le nouveau visage de la formation politique.

Des bases inféodées

Hamid Chabat ne devrait pas être surpris par l'identité des désobéissants. Isolés dans les sphères décisionnelles depuis longtemps, connus pour leur peu d'attachement envers l'actuel secrétaire général du parti, celui-ci, loin de chercher à gagner leurs sympathies, s'est plutôt appuyé sur des notables et des figures istiqlaliennes cherchant à engranger des gains politiques, qu'il a substitué à ceux qui se sont posés en défenseurs de l'identité du parti. Dans cette configuration, Chabat a trouvé un équilibre statique où les efforts de ses rivaux n'ont que peu de chance de menacer son emprise sur le parti, quand leurs prises d'initiative ne sont pas immédiatement fragilisées par ses bases et ses alliés.

Car Chabat peut compter sur une base inféodée. Les frondeurs, pour nombre d'entre eux, ont pâti, à l'époque où ils occupaient des postes de responsabilité, de l’autonomisation de la direction du parti vis-à-vis des instances de base.

Néanmoins, à ce moment, aucune stratégie qui assure autant la survie politique de Hamid Chabat que la continuité de l'Istiqlal ne semble s'offrir à Chabat. Une guerre avec les frondeurs de son parti serait longue et coûteuse, et le priverait de participation au gouvernement, ainsi que de l'appui des dirigeants historiques du parti. Si la participation au gouvernement ordonnançait l'horizon d’attente de Hamid Chabat, et articulait une nouvelle ligne politique pour le parti, voici que le rapport de forces a été renversé en sa défaveur, son ascendant politique et sa marge de manoeuvre ayant été considérablement réduits. Optera-t-il pour une réconciliation avec ses adversaires? Les frondeurs semblent peu ouverts à l'idée, et exigent son départ immédiat. "Pas même après une ou deux semaines. Il nous a déjà fait le coup au lendemain des élections régionales", commente un membre du courant anti-Chabat.

Le PJD dans l'expectative

Du côté des partis politiques qui ont soutenu la participation de l'Istiqlal au gouvernement, PJD en tête, la situation à l'Istiqlal "est suivie avec une grande préoccupation", nous déclare un membre dirigeant du parti de la lampe.

Sommé par Aziz Akhannouch et Mohand Laenser de larguer l'Istiqlal, Abdelilah Benkirane a demandé un délai de 48 heures pour prendre une décision à ce sujet. Dans l'intervalle, une réunion du secrétariat général du PJD sera tenue, afin que celui-ci se prononce sur la question. La réunion, que certains médias annoncent pour aujourd'hui, aura probablement lieu samedi ou dimanche, après la tenue du Conseil national de l'Istiqlal, histoire de "prendre une décision en connaissance de cause, et en tenant compte des dernières évolutions de la situation à l'Istiqlal", indique au HuffPost Maroc une source au PJD.

Hormis Benkirane, peu de membre de l'Etat major du parti de la lampe soutiennent Hamid Chabat, lui reprochant sa versatilité, son inconstance, et craignant les effets néfastes de son impétuosité aux conséquences irréfléchies.

Dans le champ politique marocain, les partis semblent avoir compris les signaux envoyés. Enclavé, désavoué, Hamid Chabat semble bien isolé, aussi bien au sein de l'hypothétique majorité en cours de formation, qu'auprès des partis politiques qui se sont clairement annoncés dans l'opposition.

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