Rétrospective économique 2016: Une année fatidique

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collage avec Reuters et AFP
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Comme prévue l’année 2016 n’a pas été l’année de la reprise économique ou de la relance espérée. Les indicateurs économiques clignotent toujours au rouge comme en témoignent: le déséquilibre croissant des finances publiques, la dégringolade du dinar, l’élargissement des déficits jumeaux, le repli des investissements étrangers et les chiffres alarmants du secteur touristique.

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L’activité économique a été altérée par des facteurs endogènes et exogènes dont principalement l’instabilité politique, la poursuite des mouvements sociaux, les menaces terroristes et la situation géostratégique.

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1,5% de croissance et un taux de chômage élevé autour des 15,5%

Sur le plan macroéconomique, la croissance à réaliser en 2016 serait aux alentours de 1,5%, un taux de croissance infime incapable de résorber le taux de chômage élevé qui dépasserait la barre des 15%, soit un seuil de 15,5% au terme du troisième trimestre 2016.

Le déficit budgétaire atteindrait les 5219 MDT, soit 5,7% du PIB et le taux d’endettement public maintient son trend haussier pour s’établir à 63,9% du PIB en 2016 et 54,9% enregistrés en 2015. La part de l’endettement extérieur devrait atteindre selon les prévisions budgétaires 66,2% du PIB (65,9% enregistrés en octobre 2016).

La maîtrise de l’endettement extérieur a été placée parmi les priorités du gouvernement d’Union nationale surtout que le FMI (Fonds monétaire international) a mis en garde contre l’évolution alarmante du ratio d’endettement extérieur et prévoit que ce taux dépasserait les 70% en 2017.

Retour des tensions inflationnistes

L’inflation a suivi une courbe en dents de scie. Après un repli enregistré en février 2016 pour s’établir à 3,3%, l’inflation ou la hausse généralisée des prix à la consommation a pris une vitesse de croisière pour conclure le mois de novembre 2016 autour de 4%. Un niveau élevé qui traduit la dégradation du pouvoir d’achat du consommateur tunisien. Les tensions inflationnistes sont de retour et les risques d’une flambée des prix n’est pas à écarter pour l’année 2017.

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Fléchissement de la production agricole

Au niveau de la production industrielle, une reprise a été observée pour certains secteurs manufacturiers dont principalement le secteur des industries mécaniques et électriques et le secteur du textile-habillement et cuir et chaussures. Une hausse de 1,2% a été enregistrée au cours du 1er semestre 2016 pour la production des industries manufacturières contre une baisse de 3,7% dans la production du secteur agricole et de la pêche.

tunisia agriculture

Chute libre dans la production du pétrole

Par ailleurs, la production des industries non manufacturières suit toujours une courbe descendante, une baisse due au repli de la production du pétrole brut et du phosphate.

tunisia phosphate

La crise du bassin minier se poursuit 5 ans après la Révolution et aucun gouvernement n’a réussi le challenge de trouver un consensus avec les parties au litige et stopper cette hémorragie de débrayages et d’arrêt de production qui a freiné le niveau de croissance. Une baisse de 60% a été enregistrée dans la production du phosphate, soit 5 mille millions de pertes sèches pour l’Etat.

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L’affaire Petrofac et le risque de cessation irrévocable de ses activités en Tunisie pourrait léser davantage la capacité de production de l’énergie et l’approvisionnement du marché national en gaz naturel surtout que la multinationale procure 12% de la production nationale de gaz.

Commerce Extérieur: un déficit commercial de 11628 MDT

Sur le plan des échanges commerciaux avec l’extérieur, une reprise des exportations a été enregistrée au cours des 11 premiers mois de l’année.

Selon l’INS, les échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur ont atteint au cours de cette période 26394,6MD en exportations et 38022,6MD en importations, enregistrant ainsi une hausse aux prix courant respectivement de l’ordre de 4,5% à l’export et de 4,2% à l’import. D’où une baisse du taux de couverture des importations par les exportations pour atteindre 69,4% et un défit commercial de 11628 MDT.

Repli de 6,9% des investissements étrangers

Pour ce qui est des investissements étranger set selon les indicateurs publiés récemment par la FIPA, le flux des investissements étrangers a atteint le montant de 1 923,0 MTND à la fin du mois de Novembre 2016 et est réparti à raison de 1 863,4 MTND en investissements directs étrangers (IDE) et 59,6 MTND en portefeuille, soit une baisse de 6,9% des investissements étrangers contre une hausse de 9,3%pour les IDE.

Baisse de 7,1% des recettes touristiques

Pour le secteur du tourisme et malgré une légère amélioration des indicateurs du secteur, les recettes touristiques poursuivent leur repli enregistrant une baisse de 7,1% au terme du mois d’octobre 2016 et la reprise du secteur reste essentiellement soumise à la stabilité de la situation sécuritaire.

tunisia tourism 2016

Dérapage du dinar

La dégringolade du dinar tunisien par rapport à l’euro et au dollar fut également le fait marquant de l’année 2016. Sur les huit premiers mois de 2016, la dépréciation du cours du dinar sur le marché interbancaire par rapport à l’euro et au dollar s’est creusée à près de 8%. Aujourd’hui le dollar s’échange à 2,31 dinars et l’euro s’échange à 2,44 dinars. Un dérapage sans précédent du dinar tunisien et qui risque de se poursuivre durant les trois années à venir en l’absence de réformes adéquates permettant de contenir le déficit courant.

TUNISIA 2020: L’événement phare de l’année

L’événement phare de l’année 2016 fut l’organisation réussie en Tunisie de la Conférence internationale sur l’investissement.

Un événement qui a permis de redorer l’image de la Tunisie et d’attirer des investisseurs étrangers.

tunisia 2020

Un engagement total 34 milliards, soit 15 milliards de dinars d’accords signés avec les différents pourvoyeurs de fonds étrangers dont notamment la BEI, la commission européenne, l’AFD et la BAD outre l’afflux de fonds souverains provenant essentiellement du Qatar et la France qui s’est engagée à financer la transition économique de la Tunisie à hauteur de 3 milliards de dinars sur quatre ans et ce sous forme d’emprunts.

Des lignes de crédits qui viennent s’ajouter à l’accord d’appui financier conclu avec le FMI de 2,8 milliards dollars et les négociations en cours avec la BM, soit une enveloppe de 5 milliards de dollars. Reste à concrétiser les engagements et promesses tenus par les différents pourvoyeurs de fonds et rendre le mythe une réalité.

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