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La Mauritanie, cette "province du Maroc" selon l'Istiqlal

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ALLAL EL FASSI
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HISTOIRE - Le secrétaire général de l'Istiqlal Hamid Chabat a récemment déclaré que "la Mauritanie est une terre marocaine" et que "les frontières du Maroc s’étalent de Sebta au nord jusqu’au fleuve Sénégal au sud", s'attirant ainsi une réponse fulminante de l'Union pour la république (UPR), le parti au pouvoir en Mauritanie.

Est-ce le passif de l'Istiqlal sur la question mauritanienne qui a causé l'ire des dirigeants mauritaniens, ou s'agit-il plutôt d'une réaction à mettre en lien avec la crise diplomatique en sourdine entre le Maroc et la Mauritanie? Quelle que soit la réponse à cette question, historiquement, le parti de l'Istiqlal a longtemps défendu une thèse du "Grand Maroc", qui engloberait la Mauritanie. Si le parti de la balance a visiblement abandonné la conception maximaliste d'un royaume s'étendant jusqu'au fleuve Sénégal, l'actuel secrétaire général de l'Istiqlal Hamid Chabat n'a pas manqué, à plusieurs reprises, d'y faire référence.

En 1955, avant l’accession du Maroc à l’indépendance, Allal El Fassi publiait sa carte du "Grand Maroc", allant au sud-est jusqu’à Tindouf et Colomb Béchar et au sud jusqu’à Saint-Louis du Sénégal.

Dans un article publié dans Le Monde Diplomatique en 1960, Allal El Fassi expliquait que "bien avant l’islam, la Mauritanie comprenait le Sahara, le Maroc du Nord et l’Oranie. De tout temps et jusqu’à l’occupation (militaire) française, le pays de Chenguitt, appelé aujourd’hui Mauritanie, ainsi que les territoires qui le lient naturellement à Tarfaya et au Souss, ont fait partie de l’ensemble des provinces marocaines. De l’époque des Almoravides (1053), son histoire, ses manifestations sur le plan religieux, ses transformations politiques et sociales, se sont toujours inscrites dans le cadre des événements que l’ensemble du Maroc a connus durant cette période".

En février 1958, le roi Mohammed V reprendra le thème de la marocanité de la Mauritanie à son compte. En mars 1958, des chefs mauritaniens se sont rallié au Maroc. Le mois suivant, le royaume remportait la rétrocession de la zone de Tarfaya. Ces succès diplomatiques "ont avivé son ardeur à revendiquer la Mauritanie", et "le 'Grand Maroc' a cessé d’être un rêve de mystique. Il est devenu un objectif politique", écrivain Jean Lacouture dans Le Monde Diplomatique.

En 1960, le Maroc notifie à la France qu’il n’a jamais fait abandon de ses droits sur la Mauritanie, et "va s’employer à obtenir le plus large soutien diplomatique, notamment auprès des Etats arabes", rappelle Jean-Claude Santucci, dans son article La Mauritanie dans les relations inter-Maghrebines.

En juillet 1960, le gouvernement mauritanien issu des premières élections qui se sont déroulées dans le pays a décidé de proclamer l'indépendance de la Mauritanie le 28 novembre. La Tunisie décide alors "de parrainer à l’ONU la candidature mauritanienne qui après s’être heurtée au veto soviétique en Conseil de Sécurité, obtient finalement le 19 avril 1961 la majorité à l’Assemblée générale, grâce au soutien des Etats de l’Afrique modérée rassemblés au sein du groupe de Monrovia", écrivait Jean-Claude Santucci.

En mars 1961, le Maroc a créé un ministère chargé des Affaires de la Mauritanie et du Sahara. Malgré l'accession de la Mauritanie à l'indépendance le 28 novembre 1960, "le Maroc ne désespère pas et prolonge l’existence de ce ministère. Après Fall Ould Omeir, émir de la région mauritanienne du Trarza et partisan du rattachement de la Mauritanie au Maroc, le poste de ministre de la Mauritanie et du Sahara sera repris, en 1965, par Moulay El Hassan Ben Driss, cousin de Hassan II. "C’est dire que ce domaine était bien chasse gardée", commentait le magazine Zamane, dans un article consacré au sujet.

La reconnaissance de la Mauritanie sera l'amorce d'une période de froid diplomatique entre les pays du Maghreb. Néanmoins, en 1963, des contacts informels sont établis entre Rabat et Nouakchott. "A l’été 1964, une étape décisive est franchie dans la voie de la réconciliation, le Maroc acceptant de siéger aux côtés de la Mauritanie à la conférence panafricaine du Caire", écrivait Santucci.

C’est seulement en 1969 qu'une entente entre le Maroc et la Mauritanie prend pied, "précisément à la conférence islamique de Rabat à laquelle le roi Hassan II invite le président mauritanien Ould Daddah. Boumedienne organise à cette occasion une rencontre et un entretien entre les deux chefs d’Etat qui vont sceller en dépit des violentes protestations de l’Istiqlal toujours aussi intransigeant le rapprochement maroco-mauritanien", poursuivait Santucci. Le 2 février 1970, le premier ambassadeur marocain arrive à Nouakchott, et en juin de la même année, les deux pays signent un Traité de coopération de bon voisinage.

Le parti de l'Istiqlal, lui, maintiendra sa position sur la Mauritanie. Le 20 Octobre 1972, le quotidien l’Opinion publiait un entretien où Allal El Fassi affirme que la position de son parti "à l’égard de la Mauritanie n’a pas changé. Bien entendu l’indépendance de ce pays est actuellement légale par la reconnaissance de notre gouvernement, mais elle n’est pas légitime".

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