Huffpost Algeria mg

Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA: "Tamazight est un repère fondamental de la personnalité nationale"

Publication: Mis à jour:
SI EL HACHEMI ASSAD
Radio Algérie
Imprimer

Le HCA (Haut-commissariat à l’Amazighité) dédiera l’année 2017 à la célébration du centenaire de la naissance de l’écrivain Mouloud Mammeri (1917/2017). Si El Hachemi Assad, secrétaire général du Haut-commissariat à l’amazighité, fait le bilan des activités de 2016, une année qui a connu la consécration de Tamazight langue officielle dans la Constitution amendée en février dernier.


HuffPost Algérie: Comment s’annonce l’année 2017 pour le Haut-commissariat à l’Amazighité ?

Si El Hachemi Assad: Avant d’aborder 2017, il faut faire une halte pour dresser le bilan de 2016. Un moment d’évalusation qui s’impose avant d’aborder de nouveaux projets. J’estime qu’il est aussi grand temps d’engager une réflexion sur les actions que nous devons engager.

Plutôt que de comparer l’activité d’une année à une autre, le Haut commissariat à l’Amazighité (HCA) a, au contraire, pris option d’une évaluation réelle, authentique et loin de calculs de "coulisses". C’est au bout d’une année féconde, celle de 2016, où Tamazight fût hissée au rang de langue nationale et officielle dans la nouvelle Constitution amendée en févier 2016, que s’impose à nous le devoir de mesurer le chemin parcouru.

Nous œuvrons pour que soit aussi prolifique notamment avec la création d’un centre national en langue et culture amazighe à Bejaïa et la mise en place des jalons d’une Académie de la langue amazighe.

Quelles sont les activités les plus marquantes du HCA en 2016 ?

Le HCA a réalisé son plan de charge par la célébration de Yennayer 2966 et le départ des caravanes vers l’Algérie profonde à partir du palais de la Culture Moufdi-Zakaria.

Le HCA s’était fait le porte-voix de la dimension nationale de Tamazight afin de se réapproprier les repères fondamentaux de la personnalité algérienne.

2016 a permis d’élaborer le mémorandum du HCA qui a pour objectif d’établir un débat autour des procédés de valorisation et de classification de ce patrimoine immatériel. D’où l’inscription de la thématique lors d’une journée d’étude organisée le 20 février 2016 et qui avait réuni un panel d’experts au CRASC d’Oran.

Le HCA s’était, également, intéressé à la journée internationale des langues maternelles qui coïncide avec le 21 février de chaque année. Le staff de notre institution avait rencontré des habitants d’ilots amazighophones de Béni-Senous à l’Ouest algérien où l’on perpétue jusqu’à présent la tradition du carnaval de l’Ayrad.

En termes plus clairs, la fête de Yennayer nous a permis d’établir un premier état des lieux sur l’enseignement de tamazight. Nous avons inauguré des cours au mois de septembre 2015 dans les écoles de la localité.
Il y a aussi l’étape de Béjaïa et le projet du Grand Dictionnaire amazighe.

L’enseignement de la langue amazighe a permis de souligner la nécessité d’entamer la confection de dictionnaires amazighes afin de répondre aux conclusions et recommandations de la rencontre scientifique d’audience internationale qui s’était tenue à l’université de Béjaïa avec l’apport du Laboratoire d’Aménagement et d’Enseignement de la Langue Amazighe de l’Université Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou.

Les contributions scientifiques retenues dans toutes les variantes amazighes ont été d’un apport appréciable pour la réalisation du projet d’un Grand Dictionnaire amazighe.

Et pour les écrits anciens?

L’année 2016 a été, aussi, l’étape de la valorisation d’anciens écrits amazighs et la réhabilitation des grandes figures de la littérature en tamazight notamment à l’occasion du colloque national que le HCA a organisé à la maison de la Culture Mouloud-Mammeri de Tizi-Ouzou les 24 et 25 avril 2016, dédié à la mémoire du premier romancier en langue amazighe, Belaid At Ali.

Le succès du colloque consacré au grand Roi Numide Massinissa, que nous avions organisé à El Khroub dans la wilaya de Constantine en 2014, fut reconduit au titre de l’année 2016, avec une rencontre d’envergure internationale permettant à l’assistance d’aller sur les traces d’un autre Roi Numide, Jugurtha, le petit fils de Massinissa.Ce qui a été fait l’été 2016 à Annaba. Le colloque international intitulé : "Jugutrtha affronte Rome"» s’est tenu les 20, 21 et 22 août dernier avec la collaboration de l’Université Badji-Mokhtar.

Une statue sera dédiée au Grand Roi Massinissa au Jardin aménagé sur l’ancienne place Tafourah à Alger. L’ouverture des plis de l’appel d’offre ainsi que la délibération finale du jury sont différés pour l’année 2017.

L’enseignement de Tamazight connait-il le même succès?

Le HCA a accompagné les efforts du ministère de l’Education nationale dans la stratégie d’une généralisation graduelle conformément au protocole paraphé entre les deux institutions en février 2015. C’est ainsi que l’enseignement de Tamazight est dispensé à travers 32 wilayas au cours de cette année scolaire 2015/2016.

Pour une première évaluation, le secrétaire général du HCA a rencontré les acteurs de ce nouvel élan donné à l’enseignement de la langue amazighe. Il y a aussi les cours d’alphabétisation en tamazight pour adultes à l’échelle 9 wilayas.

En collaboration avec l’association algérienne «Iqraa» et l’Office national d’alphabétisation et d’enseignement pour adulte (ONAEA), 350 apprenants ont bénéficié d’une initiation à l’écrit de tamazight ponctuée par des remises d’attestations de succès le 25 juin 2016.

Qu’en est-il de l’édition et la promotion du livre amazigh?

34 titres en tamazight et sur tamazight ont été coédités cette année avec l’ANEP, l’OPU, l’ENAG, TIRA et Voir par le Savoir. Il s’agit de lexiques bilingues, de romans, de poésie, de monographies, de traductions ….
Le HCA a initié en 2014 un premier atelier de traduction d’auteurs algériens qui ont écrit en arabe ou en français vers tamazight. 7 titres ont été publiés avec le concours du ministère de la Culture.

Dans la même optique et pour honorer le nouveau statut de langue officielle pour Tamazight, le HCA en collaboration avec l’APS a inauguré l’atelier de traduction des textes fondamentaux de l’Etat algérien. Le HCA a également initié une journée de formation et d’information au profit des fonctionnaires du secteur de la justice en vue de l’introduction de tamazight dans la gestion des affaires judiciaires auprès des tribunaux.

Un groupe de travail mixte institué aux côtés de cadres du ministère des Affaires religieuses et des Waqfs va aboutir à la traduction de l’exégèse du Saint Coran.

Un protocole de collaboration a été convenu avec le département ministériel des Moudjahidine pour aller vers la traduction en tamazight des principales références de notre histoire.

Le HCA va introduire l’usage de Tamazight dans les établissements publics, particulièrement dans l’accueil des usagers afin de répondre au mieux aux doléances des citoyens à l’image de la cellule d’accueil de la Caisse nationale d’assurance sociale (CNAS).

Donc, le HCA n’est pas seul à effectuer tout ce travail ?

La nouvelle vision nourrie depuis plus de trois ans par le HCA doit avoir l’appui de tous les partenaires institutionnels concernés par le dossier de l’Amazighité.

L’engouement affiché par la société pour tamazight et la nécessité de traduire sur le terrain le caractère de cette langue officielle sont autant d’éléments de bonne augure pour l’épanouissement de Tamazight et de l’Algérie.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.