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Entre les chauffeurs VTC et les taxis casablancais, la hache de guerre n'est pas enterrée

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A photo illustration shows the Uber app logo displayed on a mobile telephone, as it is held up for a posed photograph in central London, Britain October 28, 2016. REUTERS/Toby Melville/Illustration | Toby Melville/Reuters
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TRANSPORT - Il y a plus d'un an, plusieurs entreprises VTC (comprenez transport avec chauffeur) se sont installées au Maroc, principalement à Casablanca et Rabat. Une nouvelle approche des transports qui ne passe toujours pas auprès des chauffeurs de taxis "classiques", surtout à Casablanca où plusieurs services VTC sont implantés.

Après moult manifestations et affiches anti-Uber placardés sur les pare-brises, les chauffeurs de taxis casablancais passent à la vitesse supérieure. Certains se font même justice."Entre jeudi de la semaine dernière et mercredi 21 décembre, une trentaine de véhicules Uber ont été piégés. Des chauffeurs de taxis ont commandé des Uber, une fois sur place, nos chauffeurs ont été encerclés par plusieurs chauffeurs de taxis. L'un d'eux a été blessé et a dû se faire opérer après avoir eu des fractures aux doigts", confie au HuffPost Maroc Meryem Belqziz, la directrice générale d'Uber Maroc.

Une opération de "chasse à l'homme" que le secrétaire général du syndicat national des chauffeurs de taxis justifie auprès du site Hespress par "l'amplification de l'activité des VTC à Casablanca" sans qu'ils ne disposent des agréments nécessaires pour transporter des passagers.

La directrice générale de la start-up récemment installée à Casablanca tempère: "comme partout dans le monde, il faut du temps pour que les mentalités changent et s'habituent à la technologie".

Pourtant, des efforts afin de mettre fin aux mésententes avec le syndicat des taxis ont été faits par l'entreprise de VTC. Plus tôt dans l'année, Uber, qui travaillait exclusivement avec les entreprises de transport touristique, a ouvert ses services aux chauffeurs de taxis.

"250 chauffeurs de taxis se sont inscrits sur la plateforme Uber. En plus, ils sont dispensés de verser une commission à Uber et disposent de l'application gratuitement, contrairement aux voitures de transport touristique", nous dit Meryem Belqziz.

Alors que ces chauffeurs de taxis ont franchi le pas de l'"uberisation", d'autres ne s'y font toujours pas. "Ceux qui posent problème sont ceux qui passent leurs journées à l'aéroport, au Morocco Mall ou encore dans les gares afin d'imposer des courses surtarifées", estime-t-elle.

Une pratique courante auprès des chauffeurs de taxis classiques qui imposent leurs tarifs dans les zones de grande affluence. "Nous sommes en train de bousculer les pratiques illicites. Nos tarifs sont transparents, et les chauffeurs sont notés par les clients", explique Belqziz.

Un vide juridique

Mais que dit la loi? En octobre 2015, la wilaya de Casablanca a demandé à la justice d'enquêter sur l'activité d'Uber. Si les textes juridiques actuels n'évoquent pas l'activité des VTC, les lois sont amenées à évoluer, selon Meryem Belqziz.

"Nous sommes toujours en discussion avec les autorités afin de faire évoluer les choses", explique-t-elle, rappelant notamment la nécessité du passage des secteurs des transports vers l'ère du numérique.

Uber sort d'ailleurs renforcé de l'expérience pop-up menée lors de la COP22, où la start-up de VTC a assuré le transport gratuit en voitures électriques et hybrides. "C'est une bonne publicité pour le Maroc", souligne-t-elle.

Donner le pouvoir aux chauffeurs

Et si certains chauffeurs de taxis font toujours la guerre à des entreprises comme Uber ou Careem, d'autres ont franchi le pas du VTC, selon notre interlocutrice.

"Certains chauffeurs de taxis, qui travaillaient de temps en temps pour Uber, travaillent aujourd'hui uniquement pour l'entreprise", assure-t-elle. "Lorsqu'on compare un chauffeur de taxi à un chauffeur Uber, il n'y a pas photo. Un chauffeur de taxi ne commence à gagner sa journée qu'après avoir passé 75% de sa journée à travailler pour le détenteur de l'agrément. Chez Uber, le chauffeur commence à gagner de l'argent à sa première course, en ayant une flexibilité du travail."

Si les chauffeurs Uber sont actuellement en grève en France pour demander "un meilleur partage de revenus", la branche marocaine de la start-up semble anticiper les problèmes avec ses chauffeurs-partenaires et pense déjà à leur assurer des garanties sociales.

"Nous sommes en train de mettre en place une assurance santé privée pour nos partenaires-chauffeurs, parce que c'est important pour ces gens-là de se sentir protégés en cas de problèmes de santé. Notre démarche va sans le sens de soutenir nos partenaires", conclut-elle.

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