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Le président philippin admet avoir commis des meurtres quand il était maire

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RODRIGO DUTERTE
Le président philippin admet avoir commis des meurtres quand il était maire | ERIK DE CASTRO / REUTERS
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INTERNATIONAL - Le président des Philippines Rodrigo Duterte provoque de nouveau l'effroi de la communauté internationale. En cause, une récente déclaration dans laquelle il a affirmé avoir personnellement tué des criminels présumés à l'époque où il était maire de Davao, grande ville du sud de l'archipel réputée pour sa violence.

Il a fait ces commentaires lundi 12 décembre alors qu'il évoquait sa campagne contre la drogue qui a fait des milliers de morts depuis son entrée en fonction. Après avoir parlé des meurtres commis par des policiers, Rodrigo Duterte a expliqué qu'il avait agi de manière similaire lorsqu'il était maire de Davao, ville qu'il a gouvernée pendant le plus clair des 20 dernières années.

"À Davao, je le faisais personnellement, juste pour montrer aux gars (de la police) que si je peux le faire, pourquoi ne pourraient-ils pas le faire", a lancé Rodrigo Duterte. "J'allais dans Davao avec une moto et je patrouillais dans les rues, à la recherche de problèmes. Je cherchais vraiment l'affrontement pour pouvoir tuer". Des propos assumés et tenus en public.

Des propos qui ont provoqué la colère du Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad al Hussein, qui a qualifié ces actes de "meurtres" et a demandé l'ouverture d'une enquête "crédible et indépendante". Il a également réclamé des investigations sur "le nombre choquant de meurtres commis à travers le pays depuis que M. Duterte est président". Selon l'ONU, près de 6100 personnes ont été tuées depuis son entrée en fonctions le 30 juin 2016.

"Les auteurs doivent être traduits en justice, ce qui enverrait un message fort, que la violence, les meurtres et les atteintes aux droits de l'Homme ne seront pas tolérés par l'Etat et que nul n'est au-dessus de la loi" a-t-il ajouté.

Le porte-parole du président philippin, Ernesto Abella, a balayé ces commentaires, déclarant qu'il ne s'agissait que de son "opinion". "Encore une fois, laissez moi vous rappeler que cet incident évoqué par le président avait été couvert par les médias et qu'il s'agissait d'une opération de police légitime". Mais la fonction de maire ne lui octroyant pas un tel droit d'action au sein de la police, sa défense a été largement contestée par les observateurs internationaux et ses opposants.

La commission des Droits de l'Homme ouvre une enquête

L'organisme chargé de veiller aux droits de l'Homme aux Philippines a annoncé ce jeudi 22 décembre l'ouverture d'une enquête sur les aveux du président. Le président de la Commission des droits de l'Homme Jose Gascon a déclaré dans un communiqué qu'il avait mis en place une équipe pour enquêter sur ces déclarations.

"Les agences de maintien de l'ordre (...) devraient systématiquement enquêter sur les informations laissant entendre qu'un crime pourrait avoir été commis, afin de faire en sorte que les auteurs répondent de leurs actes si les preuves vont dans ce sens", a-t-il affirmé.

La commission a déjà enquêté sur des accusations selon lesquelles Rodrigo Duterte avait dirigé des escadrons de la mort ayant plus d'un millier de morts à leur actif à Davao, lorsqu'il en était le maire. Mais elle n'avait pas lancé de poursuites contre lui à la suite de son enquête. Elle a "remis en place une équipe pour une nouvelle enquête sur (les escadrons de la mort de Davao) et sur les nouvelles révélations et aveux publics qui pourraient éclairer notre enquête précédente", a ajouté Jose Gascon.

Un président populaire

Cependant, le sulfureux président philippin est pour l'instant loin d'être inquiété. Car c'est sa politique de répression municipale extrême qui lui a offert sa victoire à la présidentielle. Il a promis que 100.000 délinquants seraient assassinés et que les cadavres engraisseraient les poissons de la baie de Manille.

En cinq mois, la police a annoncé avoir tué 2086 personnes dans des opérations antidrogue. Plus de 3000 autres ont été abattues dans des circonstances inexpliquées, d'après les chiffres officiels. Les militants dénoncent la fin de l'Etat de droit, parlant de policiers et de tueurs à gages qui agissent en toute impunité.

Mais d'après le président, la police agit en légitime défense et de nombreux décès résultent de règlements de comptes entre bandes criminelles. Il a également assuré une sorte d'impunité aux policiers, en affirmant qu'il ne permettrait pas que des policiers reconnus coupables de meurtres dans le cadre de sa campagne antidrogue aillent en prison.

Les sondages montrent que les Philippins soutiennent très largement la croisade présidentielle, jugeant comme lui que c'est la seule façon d'empêcher l'archipel de devenir un narco-Etat.

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