Physionomie du secteur bancaire en 2015: 5 banques financent 40% de l'économie tunisienne

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TUNISIA BANKS
Zoubeir Souissi / Reuters
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La Banque Centrale de Tunisie a publié son rapport annuel sur la supervision bancaire. Le rapport traite des réformes bancaires, de l’évolution du secteur bancaire et financier au cours de l’année 2015 et de l’évolution du processus de restructuration des trois banques publiques.

La restructuration du système bancaire et financier se poursuit. L’objectif étant d’améliorer la rentabilité, le ratio de liquidité et de solvabilité des banques de la place de manière à assainir leurs assises financières, faire face à leur fragilité financière et préparer les banques aux exigences de conformité avec les standards internationaux notamment les règles de Bâle 2 et Bâle 3.

La mise en place d’une exigence en fonds propres au titre du risque de marché d’ici mars 2017

Plusieurs réformes ont été engagées en 2015 dont principalement la refonte de la loi bancaire, le renforcement du dispositif prudentiel via la publication de la circulaire n°91-24 relative à la division, couverture des risques et suivi des engagements, le resserrement de la norme sur les parties liées et la publication de la circulaire aux banques et aux établissements financiers relative au système de notation des contreparties.

Ces principaux axes de réformes s’inscrivent dans le cadre de l’amélioration du taux de couverture des risques bancaires, de l’amélioration du ratio de solvabilité des banques de la place, la réduction du taux des créances classées et le renforcement du ratio de liquidité.

A noter que le nombre moyen des banques en situation de non-respect de la norme minimale de liquidité exigée est de 4 banques.

Depuis l’adoption de la loi bancaire en juin 2016, les textes d’applications de ladite loi tardent à voir le jour démontre le rapport.

La BCT poursuivra le processus de réformes et envisage entre autres la mise en place d’une exigence en fonds propres au titre du risque de marché d’ici mars 2017, la poursuite réformes préparant le passage et la convergence vers Bâle 2 et 3 mais aussi l’adoption des normes Bâle III relatives aux fonds propres règlementaires.

Restructuration des 3 banques publiques et l’augmentation de 14,5% de l’actionnariat de l’État

Hormis les réformes réglementaires, la restructuration des trois banques publiques à savoir la STB, la BNA et la BH -l’une des exigences prescrites par le FMI- a été entamée en 2015 après la fin du full audit.

Deux banques ont fait l’objet d’une recapitalisation. "Suite à la promulgation de la loi n° 2015-31 autorisant l’État à souscrire à l’augmentation de capital de la STB et de la BH, ces deux banques ont procédé à l’augmentation de leur capital pour des montants respectifs de 757 MD et 110 MD" rappelle le rapport de la BCT.

Suite à cette recapitalisation, la structure de l’actionnariat des banques a connu une augmentation remarquable de la part de l’État de 14,5 points de pourcentage.

Les trois banques publiques ont présenté un business plan (2016-2020). Des plans approuvés par l’institution d’émission et qui s’articulent autour: "de la redéfinition des orientations stratégiques; un plan de transformation institutionnelle et opérationnelle ayant trait au renforcement des modes de gouvernance et de contrôle, de l’organisation et de la refonte du système d’information; un plan de développement des ressources humaines; un plan d’affaires sur la période 2015-2020 basé sur des politiques de renforcement des fonds propres, de la liquidité, de résolution de la problématique des créances classées, de développement commercial ainsi que des plans d’investissement".

Ralentissement de l’activité bancaire en 2015

S’agissant de l’évolution quantitative du secteur bancaire, le rapport de la BCT souligne un ralentissement de l’évolution de la marge d’intérêts et du produit net bancaire en 2015 par rapport à leur niveau de 2014 et ce, suite au ralentissement de l’activité bancaire et l’importante augmentation de l’encours des créances classées.

L’industrie et le tourisme talon d’Achille du secteur bancaire

En effet et selon la même source, l’encours des créances classées a augmenté à un rythme plus accéléré que celui de 2014, soit 10,3% pour s’établir à 11580 MD à fin 2015. "2 banques publiques accaparent 44% de l’accroissement de l’encours des créances classées et 3 banques privées accaparent 40% de cet accroissement" indique le rapport.

Par secteur d’activité, les créances classées sont concentrées sur les secteurs industriel et touristique qui accaparent respectivement 27,8% et 20,2% de ces créances.

5 banques financent 40% de l’économie tunisienne

L’effort de financement de l’économie est accaparé à hauteur de 40% par 5 grandes banques et se répartit comme suit: 37% par les banques à capitaux étrangers; 33,8% par les banques publiques; 25,2% par les banques à capitaux privés tunisiens et 4% par les banques mixtes.

Les professionnels s’accaparent 69% des crédits bancaires, bien plus que les particuliers. Toujours selon le même rapport 91% des financements octroyés par les banques publiques ont bénéficié aux professionnels et les financements octroyés par les banques à capitaux privés tunisiens sont partagés à moitié entre les professionnels et les particuliers.

66,1% de la population dispose d’un compte bancaire

L’évolution de la structure des banques à fin 2015 montre que le nombre de banques et établissements financiers en Tunisie reste inchangé par rapport à fin 2014, soit 43 établissement dont 23 banques résidentes, 13 établissements financiers et 7 banques non résidentes.

Par ailleurs, l’analyse de la bancarisation en termes de comptes montre que 66,1% de la population dispose d’un compte bancaire soit presque 2 comptes bancaires pour 3 habitants. Le nombre de cartes bancaires émises à fin 2015 a atteint 3,1 millions de cartes contre 2,7 millions à fin 2014, soit une augmentation de 12,7%.

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