Le ministre de l'Intérieur revient en détail sur l'assassinat de Mohamed Zouari

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Le ministre de l'Intérieur, Hédi Majdoub, a tenu, lundi 19 décembre 2016, une conférence de presse pour revenir sur les circonstances de l’assassinat de Mohamed Zouari, devant son domicile à Sfax, le 15 décembre dernier. Le ministre a fait le point sur les derniers avancements de l’enquête :

Qui est Mohamed Zouari?

Né en 1967, Mohamed Zouari possède une double nationalité, tunisienne et belge, et marié à une Syrienne.

D’après les données du ministère de l’Intérieur, Zouari a intégré le mouvement islamiste en 1988. Il a fait, par la suite, l’objet de poursuite judiciaire suite à ses activités politiques et son appartenance à la mouvance islamique.

Ce dernier s’est enfui, en 1991, au Soudan en passant par la Libye avant de s'installer en Syrie pour terminer ses études universitaires.

En 2011, il est revenu en Tunisie après avoir bénéficié de l'amnistie générale.

Passionné par les drones, le défunt a, par ailleurs, fondé le club aéronautique du Sud.

Aucune information sur une éventuelle adhésion de Zouari avec Hamas n’est parvenue au ministère de l’Intérieur.

Le dernier déplacement de Zouari fut en Turquie dans le cadre de son travail avec une société privée.

Retour sur les circonstances du crime

Le ministre de l’Intérieur a indiqué que deux voitures suspectes ont été trouvées non loin de la scène du crime. Elles ont été louées par deux Tunisiens, l’un de Tunis et l’autre de Zaghouan. Il a indiqué que deux armes à feu et deux silencieux ont été trouvés dans une valise et tachées par un liquide dans le but d’effacer les traces.

Les voitures ont été louées, deux jours avant le crime, au profit d’une jeune femme, ayant effectué un reportage journalistique avec Mohamed Zouari, 24 heures avant qu'il ne soit tué, a précisé le ministre. Cette dernière a été recrutée et chargée par une boîte de production de documentaires malaisienne, de suivre de près Mohamed Zouari dans le but d'effectuer un reportage, sur l'aviation et sur ses activités professionnelles.

L'histoire de cette jeune femme avec la boîte de production remonte au mois de juin. Cette dernière, en surfant sur le net, a trouvé une offre d’emploi pour une société étrangère. Après avoir envoyé son CV, elle a été contactée par l’entreprise en question pour effectuer un entretien à Vienne. Elle a été informée que ladite société opère dans la production de films documentaires en faveur d’une chaîne de télévision malaisienne, destinée aux pays arabes dont la Tunisie.

Le 6 septembre 2016, la femme est partie à Vienne où elle a été informée que la société envisage de faire un film documentaire sur l'aviation et l'aéronautique. Elle a été appelée par ses employeurs afin de rencontrer Mohamed Zouari, pour réaliser ce reportage en lui proposant la rémunération de 100 euros par jour. A l'issue du reportage, elle reçoit une prime de 2000 euros.

Le 12 décembre dernier, soit trois jours avant le crime, la jeune femme tunisienne est de nouveau contactée par les deux étrangers, afin de fournir deux voitures, dont une avec porte coulissante.

Les commanditaires ont ordonné à la jeune femme de laisser les voitures à Sfax et de quitter le territoire tunisien.

Le jour de l’assassinat, elle se trouvait à Budapest. Contactée par le ministère de l'Intérieur afin de la convaincre de retourner à la Tunisie pour sa sécurité, la jeune femme est revenu au pays le lendemain.

Le ministre de l'Intérieur a fait savoir qu’une autre voiture contenant des téléphones portables et des puces d’un opérateur tunisien a été trouvée et appartenant à une troisième personne. Les puces trouvées portent le nom d’un Tunisien résidant en Slovénie.

Deux plans envisagés pour assassiner Zouari

Le ministre a indiqué qu’un deuxième plan a été mis en place pour assassiner Mohamed Zouari. Il a indiqué que deux Tunisiens ont fait connaissance, via le même site internet utilisé par la jeune femme, avec les commanditaires qui se sont fait passés comme directeurs d’une agence de média.

Ils leur ont demandé de trouver un local à louer pour l’agence à Sfax et d’acheter deux voitures suivant des critères bien déterminés.

Mais l’un deux s'est rétracté, après avoir eu des doutes sur la nature de la demande qui lui a été faite. Ce plan a donc échoué.

Le ministre a souligné que les personnes recrutées ne se connaissent pas et toutes les communications ont été élaborées via Whatsapp et Viber.

Dix personnes impliquées dans l’affaire ont été arrêtées, précise M. Majdoub, en ajoutant que son ministère possède tous les éléments nécessaires pour identifier les deux commanditaires clés.

L’affaire du journaliste israélien

Le ministre de l’Intérieur a noté que le journaliste israélien travaillant pour la 10eme chaîne israélienne, ne figure pas parmi les journalistes étrangers agréés en Tunisie et qu’il n’a pas demandé d’autorisation auprès des services officiels.

Le journaliste en question porte la nationalité allemande, a-t-il précisé, en indiquant qu’il s’est présenté avec son passeport allemand à l’aéroport Tunis-Carthage, en tant qu’écrivain.

Arrivé à Tunis le samedi 17 décembre en provenance de Rome, il s’est directement rendu à Sfax à bord d’une voiture conduite par une Tunisienne. Six personnes en relation avec cette affaire ont été arrêtées, a noté le ministre.

Le journaliste en question a interviewé les citoyens en anglais et s’est fait passé tantôt par un journaliste de la BBC puis pour un journaliste de la chaîne allemande ZDF, a-t-il précisé.

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