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Assassinat de Mohamed Zouari: Le journaliste israélien ainsi que le défunt ont-t-ils enfreint la loi tunisienne?

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ZOUARI
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La vidéo du journaliste israélien menant son enquête sur l'affaire de l'assassinat de Mohamed Zouari, tué jeudi devant sa maison à Sfax, a soulevé la polémique en Tunisie.

Les interrogations sont multiples, entre le Hamas qui condamne l'assassinat d'un de ses lieutenants et pointe de doigt la main des services secrets israéliens, le Mossad, Israël qui réfute cette allégation, et la vidéo d'un journaliste israélien, filmant en toute liberté en Tunisie, tout ceci atteste d'une affaire d'Etat intrigante.

Au-delà du volet politique, sur le plan légal, plusieurs éclairages sont nécessaires afin de déceler les dessous de cette affaire.

Le journaliste israélien avait-il le droit de franchir la frontière tunisienne?

Alors que certains crient au scandale quant à la liberté d'action dont jouissait le journaliste israélien, sachant qu'Israël est une entité non reconnue officiellement par l'Etat tunisien, l'avocat Oussema Helal livre au HuffPost Tunisie son explication: "Ce journaliste n'a pas franchi le territoire tunisien via son passeport israélien. Il faut savoir que ce passeport ne permet pas l'entrée en Tunisie donc les israéliens qui y accèdent jouissent en fait d'une double nationalité, ils présentent leur passeport de l'Etat reconnu par la Tunisie. C'est le cas aussi des Israéliens qui viennent à Djerba pour le pèlerinage de la Ghriba, tous ont un double passeport", a-il expliqué.

Selon la radio Mosaïque FM, le reporter est rentré sur le territoire tunisien à travers un passeport Allemand en sa qualité d'écrivain.

Est-il possible pour les autorités tunisiennes de savoir si ce journaliste israélien a une double nationalité?

"Non, ces personnes passent facilement les frontières avec leur double passeport, l'Etat tunisien ne peut le savoir que si la personne en question est fichée", a expliqué Fadoua Braham, avocate au HuffPost Tunisie.

Le journaliste israélien avait-il après le droit de filmer sans autorisation de la part du ministère de l'Intérieur?

"Aucune personne tunisienne ou étrangère n'a le droit de filmer sans obtenir au préalable une autorisation du ministère de l'Intérieur, encore plus si elle compte filmer des lieux sensibles comme ledit ministère. Rappelons-nous de l'affaire du membre de l'ONG tunisienne I Watch arrêté pour avoir filmé des véhicules des forces de sécurité à la Kasbah d'où le flou qui règne dans cette affaire", précise Oussema Helal.

Ce dernier estime, toutefois, que la procédure d'autorisation est en soi un obstacle à la liberté de la presse. "L'état normal des choses est que la République tunisienne favorise la libre circulation de l'information et ne fait point d'entrave à la liberté de la presse des journalistes qui sont venus légalement en Tunisie".

Et d'ajouter: "Le problème n'est pas l'entrée de ce journaliste en Tunisie. Au regard du droit international Israël a commis une agression contre l'État tunisien si c'est bien elle qui qui a commandité l'assassinat de Zouari car ceci est une atteinte à la souveraineté nationale et peut même constituer un acte de guerre".

Mohamed Zouari avait-il le droit d'aider la branche armée du Hamas à développer ses drones?

Alors que le défunt Mohamed Zouari est élevé au rang d'un martyr par certains, une question s'impose, au-delà de la sensibilité de la question palestinienne et la solidarité des Tunisiens envers la lutte d'un peuple sous l'occupation, ce dernier a-t-il le droit de collaborer avec une faction armée étrangère, en l'occurrence la Brigade Izz al-Din al-Qassam, branche armée du Hamas?

"Le code pénal, dans ses volets consacrés à l'attentats contre la sureté extérieure et intérieure de l'Etat est clair, avec tout un dispositif qui énonce qu'aucun Tunisien ne doit travailler pour le compte d'une puissance ou intelligence étrangère qu'elle soit 'amie' ou 'ennemie', reconnue ou pas, et ce, sous peine de sanctions très lourdes pouvant atteindre la peine de mort. Soutenir la cause palestinienne est noble mais ceci ne doit pas entraver l'intérêt national comme le dicte la loi", a renchéri l'avocat.

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