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"ورشة ناس" un nouvel atelier à la Casbah crée un pont entre l'histoire et l'art

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CASBAH ALGIERS
De Agostini / Archivio J. Lange via Getty Images
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Son allure de belle femme en guenille, laisse penser que la Casbah se meurt, tombe dans l’oubli, en emportant son valeureux passé. Seulement, ceux qui y croient toujours, en des lendemains meilleurs, vous diront que la Citadelle est comme l’oiseau mythique qui renait de ses cendres.

Et parfois il suffit d’une simple visite des lieux, pour se rendre compte, que l’esprit de sa richesse culturelle et de son passé révolutionnaire, continue de hanter ses vieilles bâtisses.

Adossée à "Djamaa Lihoud", une maison pas comme les autres, s’apprête à livrer une nouvelle bataille, non pas avec les armes mais avec l’Art, celui d’une nouvelle génération avide de changement.

Arslan Naili, Nahla Naili et Selma Bouhired, frère et cousins, ont initié un projet d’atelier intitulé "ورشة ناس" l’"atelier N.A.S". Un espace de réflexion pour toutes expressions artistiques.

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Arslan Naili, jeune artiste désigner de 27 ans, explique que l’idée de faire de la maison familiale un écrin d’art à longtemps germé dans leurs esprits, pour enfin voir le jour, avec le soutien de toute la famille qui a vu en ce projet un bel hommage.

"Nous souhaitons accueillir dans cette maison familiale des personnes qui désirent concrétiser leurs projets artistiques, des artisans qui veulent animer des ateliers d’initiation ou encore des groupes de personnes pour des séances d’écriture collectives. Il n’y a pas de programme à suivre, nous voulons que les gens aient cette curiosité de venir vers nous, soumettre leurs idées et ensemble on fera en sorte de les murir" décrit Arslan.

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Un espace qui n’est pas une galerie mais un lieu où se concocte l’art, à condition que chaque projet mis sur pied dans cette maison aille à la rencontre d’un large public. "Inviter l’art à la rue est la base sur laquelle repose le projet. Le rendre accessible à tous de manière différente, que ce soit en soutenant des projets artistiques ou en organisant des évènements ponctuels", précise Arslan.


"ورشة ناس"…un patrimoine révolutionnaire

En franchissant le seuil de la porte, la maison est bien entretenue. Une "Skifa" surplombe l’entrée d’où l’on peut apercevoir le petit espace du rez-de-chaussée. Mais ce qui interpelle est la plaque commémorative apposée au mur, et qui indique que les lieux ne sont autres que le foyer d’Okhiti : le célèbre refuge de la zone autonome d’Alger de Mustapha et Fatiha Bouhired née Hattali, deux emblématiques acteurs de la bataille d’Alger.

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"Cette maison appartient à mes grands-parents, c’est un héritage à la fois matériel et immatériel. Ils en ont fait un refuge qui a abrité de nombreux maquisards", raconte Arslan, au cours d’une visite des lieux où chaque coin révèle un pan de l’histoire, notamment l’improbable cachette, qui a longtemps leurré l’armée française, et qui a fini par la démasquer lors de l’arrestation de Yacef Saâdi et Zohra Drif.

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Cette maison-témoin de la bataille d’Alger, existera aujourd’hui autrement, elle inspirera une nouvelle génération à écrire sa propre histoire.

Arslan s’est, donc, nourri de l’histoire de sa famille, son pays, et de son propre parcours pour façonner ce projet avec sa sœur et sa cousine. "Il y a d’une part cette volonté d’accompagner l’art dans sa promotion et sa diffusion à un large public mais également de rendre hommage à nos grands-parents en faisant revivre ce lieu chargé d’histoire pas seulement la maison mais aussi la Casbah".

"L’atelier N.A.S" est une nouvelle corde à son arc, qui vient enrichir son parcours artistique. Arslan est diplômé depuis 2014 de l’école des beaux-arts de Tipaza en design aménagement. Un art moderne qu’il déploie en joignant l’utile à l’esthétique.

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"Mon art à moi est le design que je pratique principalement à partir de matière récupérée. J’essaie de créer des œuvres qui soient esthétiques et moins lourdes économiquement. Ce modèle je l’ai exécuté en réalisant du mobilier avec des futs métalliques", souligne Arslan.

La photographie fait également partie de ses passions, il vient tout juste de participer à une exposition au bastion 23, durant laquelle il a présenté une série de photos de prisonnières portant des ardoises intitulée "Accusées, levez-vous !, Femme, je t'accuse! ".

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"Cette série de photos a été réalisée dans le cadre d’une résidence d’artistes, pour la réalisation d’œuvres qui dressent un réquisitoire contre la violence faite aux femmes. À travers cette série de photos j’accuse les femmes qui subissent des violences de rester dans leur silence", explique-t-il.

Un travail engagé dont les clichés ont franchi les frontières pour aller s’exposer aux Etats-Unis.

Aussi loin que ses pérégrinations ont pu l’emmener, notamment en Amérique où il a séjourné durant six mois, Arslan revient toujours, dans son pays, avec la ferme intention de donner du sien pour un meilleur avenir.

"ورشة ناس" ou le foyer d’Oukhiti, est désormais un lieu de mémoire au service de l’art. La Casbah ne peut que s’enorgueillir de voir à travers l’initiative de ces trois jeunes, que cette nouvelle génération, s’attelle à lui rendre sa survivance d’antan.

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