Les combats reprennent à Alep, l'évacuation des civils "suspendue"

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Les combats reprennent à Alep, l'évacuation des civils "suspendue" | Reuters
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ALEP - De violents bombardements du régime ont repris mercredi 14 décembre à Alep, la deuxième ville de Syrie, où les espoirs d'une évacuation rapide de milliers de civils affamés et assiégés dans le réduit rebelle ont été douchés. Sept civils ont notamment été tués dans ces affrontements.

"Profitant de la trêve, des rebelles se sont regroupés à l'aube et ont essayé de franchir les positions des troupes syriennes dans le nord-ouest d'Alep", a indiqué l'armée russe dans un communiqué. Une information confirmée par l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) quelques minutes plus tard: "Il y a eu ce matin au moins 14 obus tirés par les troupes du régime sur le carré tenu par les rebelles et ce, pour la première fois depuis mardi soir", a indiqué l'organisation.

Avant la reprise des bombardements, des milliers de civils attendaient d'être évacués des zones rebelles. Dans le quartier al-Machad, une foule de civils, portant des affaires, s'était massée dans les rues depuis 5 heures du matin afin de pouvoir sortir. Parmi eux, des enfants pauvrement vêtus grelottaient de froid car la température avoisine les 4 degrés en journée et moins 3 la nuit. Beaucoup d'habitants avaient passé la nuit sur les trottoirs, faute d'abris, par un temps glacial et sous la pluie.

Damas impose de nouvelles conditions

Tôt le matin, une vingtaine de bus prévus pour l'évacuation était stationnés dans le secteur gouvernemental du quartier de Salaheddine. Mais ils sont restés vides. L'accord d'évacuation censé entrer en vigueur a été "suspendu", selon les belligérants.

D'après les rebelles, le régime et ses alliés notamment iraniens ont "imposé de nouvelles conditions" à l'accord. Damas avait exprimé son désaccord sur le nombre élevé de personnes devant être évacuées.

"Ils ont voulu lier cet accord à d'autres dossiers, notamment les localités de Foua et de Kefraya", deux localités pro-régime assiégées par les rebelles dans la province d'Idleb dans le nord-ouest", a précisé un responsable du groupe rebelle Noureddine al-Zinki, Yasser al-Youssef.

"L'opposition continuera à combattre"

Dans la dernière poche rebelle d'Alep, notamment dans le quartier d'al-Machad, une foule de civils était massée dans les rues depuis 5 heures, dans l'attente de leur évacuation. Beaucoup avaient passé la nuit sur les trottoirs en raison du manque d'abris. Ils sont désormais la cible des bombardements de l'aviation syrienne.

L'accord d'évacuation avait été annoncé mardi 13 par des groupes rebelles et confirmé par la Russie et la Turquie, parrains respectifs du régime de Bachar al-Assad et de l'opposition, après le tollé international suscité par les atrocités qui auraient été commises contre les civils dans les quartiers repris par l'armée.

Face à cette situation, François Hollande s'est prononcé en faveur d'une évacuation "sous le contrôle d'observateurs internationaux et avec la présence des organisations humanitaires." "Le Président de la République a souligné l'urgence humanitaire dans laquelle se trouvent les populations prises au piège à Alep", a poursuivi la présidence française à l'issue d'un conseil de défense et de sécurité nationale réuni autour du chef de l'Etat.

"Alep est dans une situation d'urgence absolue: environ 100.000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km carrés", a déclaré la présidente de Médecins du Monde, Françoise Sivignon, appelant à sauver les civils de cet "enfer".

La Turquie accuse le régime

Les Affaires étrangères turques avait parlé "d'un cessez-le-feu" à Alep et d'un "consensus" pour que les civils suivis par des groupes d'opposition soient évacués en direction d'Idleb. Le vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek avait fait savoir sur Twitter que la Turquie allait "installer un camp de tentes pour accueillir jusqu'à 80.000 réfugiés syriens fuyant Alep", sans plus de détails.

Mais alors que l'évacuation n'est plus à l'ordre du jour, la Turquie accuse le régime syrien et les groupes armés qui lui sont affiliés d'empêcher la mise en oeuvre du cessez-le-feu censé permettre le départ des civils et des rebelles d'Alep-est.

"Nous voyons maintenant que le régime syrien et d'autres groupes qui le soutiennent tentent d'empêcher" la mise en oeuvre du cessez-le-feu, a déclaré à la presse le ministre des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé qu'il allait appeler son homologue russe pour tenter de sauver la trêve. "Nous demeurons donc prudents", a-t-il expliqué, affirmant que ce cessez-le-feu était le "dernier espoir" pour le peuple "innocent" d'Alep.

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