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Les dix scandales qui ont secoué le Maroc en 2016

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RÉTROSPECTIVE - L'année 2016 touche à sa fin. Parmi le flot d'événements qui ont marqué ces douze derniers mois, plusieurs scandales ont éclaté et provoqué de vives réactions, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la rue. Agressions sexuelles, crises diplomatiques, drames humains... Retour sur dix affaires qui ont secoué le royaume et qui risquent, pour certaines, de faire encore parler d'elles en 2017.

  • Dix mois sans VoIP
    Janvier 2016. Les Marocains découvrent avec stupeur que les appels passés via WhatsApp, Skype ou Messenger sont bloqués. Après quelques jours d'espoir que la VoIP (voix sur IP) revienne, l'Agence nationale de régulation des télécommunications se fend d'un communiqué expliquant que "ces services ne peuvent être fournis que par les exploitants détenteurs de licences de télécommunications", dont ne font pas partie les applications Internet. Boycott des pages Facebook des opérateurs téléphoniques, plaintes déposées, messages de supplication au roi... Les citoyens s'insurgent, mais rien n'y fait. Il faut attendre le début du mois de novembre (à quelques jours de l'ouverture de la COP22 à Marrakech) pour que la VoIP soit finalement débloquée de manière définitive. Soupir de soulagement.
  • Ban Ki-moon vs. le Maroc
    Mars 2016. Le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, se rend dans les camps de Tindouf en Algérie d'où il qualifie le Sahara de territoire "occupé" par le Maroc. Le gouvernement marocain répond dans la foulée, outré par les "dérapages verbaux" et les "propos outrageux" du SG de l'ONU. Une semaine après, des milliers de personnes (trois millions selon la MAP) descendent dans les rues de Rabat, drapeaux à la main, pour protester contre Ban Ki-moon - rebaptisé "Pokémon" par certains - et le Maroc décide d'expulser une partie des membres de la MINURSO, la mission de l'ONU au Sahara. Ces derniers reviennent finalement en juillet après d'intenses négociations. Une sortie de crise bien venue alors que le roi et Ban Ki-moon devaient se retrouver à Marrakech en novembre pour la COP22.
  • Deux homosexuels lynchés à Béni Mellal
    Mars 2016. Une vidéo insoutenable circule sur les réseaux sociaux. On y voit deux hommes, nus, frappés jusqu'au sang par un groupe de jeunes hommes à Béni Mellal. Suite à l'indignation générale suscitée par la violence de l'agression sur ces deux homosexuels, plusieurs ONG et membres de la société civile demandent la punition des agresseurs. La justice en décide autrement. L'un des deux homosexuels écope de quatre mois de prison ferme, et l'autre de quatre mois avec sursis, en vertu de l'article 489 du code pénal qui punit les "actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe". Devant le tollé suscité par cette décision, la justice finit par innocenter et libérer les deux hommes un mois plus tard.
  • L'affaire des déchets italiens
    Juillet 2016. C'est une polémique dont le Maroc se serait bien passée, à quelques mois de l'organisation de la COP22. Celle de l'importation de 2.500 tonnes de déchets en provenance d'Italie. Certains affirment que la cargaison provient des décharges napolitaines qui renferment des déchets toxiques et où sévit la mafia. "Le Maroc n'est pas la poubelle de l'Europe!", s'insurgent les internautes, qui dénoncent l'opacité autour de l'origine de ces déchets. Une pétition est lancée, pointant du doigt les conséquences néfastes de la combustion de ces déchets pour l'homme et les sols. L'affaire prend une tournure diplomatique. La ministre déléguée chargée de l'Environnement Hakima El Haité et son homologue italien finissent par rassurer tout le monde, expliquant que les déchets ne sont pas nocifs et ne proviennent pas des décharges contestées.
  • L'affaire des terrains de l'Etat
    Juillet 2016. L'acquisition de terrains de l'Etat à des prix dérisoires provoque la colère de l'opinion publique. Selon Lakome2 et Hespress, le wali de la région de Rabat et plusieurs conseillers du roi et ministres auraient acheté des parcelles d'un quartier huppé de la capitale à très bas coût. Devant la colère de nombreux membres de la société civile, les ministères de l'Intérieur et de l'Economie publient un communiqué expliquant que ces parcelles font partie d'un lotissement destiné aux fonctionnaires et commis de l'Etat, dont les prix sont fixés par un décret de 1995. Le communiqué accuse également, sans le nommer, un parti politique de participer à une "campagne de diffamation", à quelques semaines des élections législatives.
  • Le boxeur Hassan Saada dans la tourmente
    Août 2016. Alors que les caméras du monde entier sont rivées sur Rio pour les Jeux olympiques, un scandale secoue la délégation marocaine. Le boxeur Hassan Saada, 22 ans, est arrêté pour agression sexuelle présumée sur deux femmes de ménage du Village olympique, quelques heures avant la cérémonie d'ouverture des Jeux de Rio. Placé dans un premier temps en détention provisoire pour 15 jours, il est remis en liberté en attendant son procès mais ne peut quitter le Brésil. "Ils m’ont accusé à tort, que Dieu châtie ceux qui font du mal aux autres", écrit le pugiliste sur les réseaux sociaux, après son arrestation. Le début de son procès est prévu pour le 15 décembre.
  • Les amants du MUR
    Août 2016. C'est l'une des affaires qui aura fait couler le plus d'encre cette année, largement reprise par les médias internationaux. Celles des "amants du MUR", ou l'histoire d'un couple d'islamistes connus pour leurs prêches ultra conservateurs pris en flagrant délit d'adultère. Moulay Omar Benhammad, 63 ans, et Fatima Nejjar, 62 ans, deux dirigeants du Mouvement unicité et réforme (MUR), sont arrêtés par la police au petit matin dans une voiture, près d'une plage de la région de Casablanca. Ironie de l'histoire, Fatima Nejjar est connue pour avoir conseillé à des étudiantes de ne pas "céder au vice" ou d'éviter de rire avec des hommes car certains rires peuvent pousser à la fornication. Les deux tourtereaux écopent en novembre de deux mois de prison avec sursis.
  • Saad Lamjarred accusé de viol
    Octobre 2016. Coup de tonnerre dans le milieu musical. En déplacement à Paris où il doit donner un concert, Saad Lamjarred, qui enchaîne les tubes à succès et cartonne dans le monde arabe, est accusé d'agression sexuelle avec violence par une jeune femme. Le chanteur originaire de Rabat est arrêté par la police dans un grand hôtel de la capitale française. Placé en garde à vue, il est écroué dans la prison de Fleury-Mérogis en banlieue parisienne, et mis en examen pour "viol aggravé" et "violences volontaires aggravées". L'affaire fait grand bruit, alors que Saad Lamjarred était au sommet de sa gloire. Sur les réseaux sociaux, certains crient au complot et apportent leur soutien au chanteur. D'autres rappellent le nécessaire respect du travail de la justice et de la présumée victime. Alors qu'il est toujours derrière les barreaux en attendant une éventuelle confrontation avec cette dernière, ses avocats devraient faire une nouvelle demande de mise en liberté sous caution.
  • La mort tragique de Mohcine Fikri
    Octobre 2016. Tragédie à Al Hoceima. Mohcine Fikri, un vendeur de poissons d'une trentaine d'années, meurt broyé dans une benne à ordures après avoir voulu récupérer sa marchandise (une cargaison d'espadons) interdite à la vente et confisquée par la police. Sa mort suscite une vague d'indignations sur les réseaux sociaux, et de nombreuses manifestations sont organisées dans tout le royaume pour réclamer justice. Onze personnes sont arrêtées dans cette affaire, huit en détention préventive et trois en liberté provisoire. Mais la colère ne faiblit pas. Le 10 décembre, des milliers de Rifains sont de nouveau descendus dans les rues pour protester. La décision du juge d'instruction est attendue dans les jours qui viennent.
  • Le tuto maquillage qui ne passe pas
    Novembre 2016. Mais quelle mouche a donc piqué 2M? A l'occasion de la célébration de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, la deuxième chaîne suscite un tollé général en diffusant une vidéo qui apprend aux femmes battues à se maquiller pour cacher les traces de coups et blessures. Devant la colère des internautes, 2M tente de se rattraper en diffusant sur son compte Facebook un communiqué dans lequel elle présente ses excuses pour "ce manque de jugement": "La direction estime que cette rubrique est complètement inappropriée et comporte une erreur d’appréciation éditoriale compte tenu de la sensibilité et de la gravité du sujet de la violence faite aux femmes".