Les listes électorales, nouvelle arme de la guerre psychologique entre PJD et RNI

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BENKI
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ÉLECTIONS - Depuis quelques jours, des appels à l'inscription sur les listes électorales sont lancés. Portés par des partis politiques, ils sont relayés par des militants et des sympathisants, qui appellent avec emphase à s'inscrire sur les listes électorales.

En temps normal, s'inscrire en décembre sur les listes électorales, c'est un peu comme se vacciner contre la grippe en juin: un acte superflu, qui pourrait attendre un contexte plus propice. Aucun scrutin n'étant a priori prévu pour 2017, le ministère de l'Intérieur n'a que peu communiqué sur l'ouverture de l'inscription sur les listes électorales jusqu'au 31 décembre, et l'information est passée sous les radars des médias.

Sauf que les partis politiques s'y sont fortement investis. Qu'il s'agisse des jeunesses du Parti de la justice et du développement (PJD) ou du Rassemblement national des indépendants (RNI), les formations politiques semblent prêter une grande importance à ce que leurs sympathisants ou leurs électeurs potentiels intègrent les listes électorales avant le 31 décembre.

Les prétextes invoqués par les partis politiques sont quasiment similaires: "conscientisation du corps électoral" pour le RNI, "volonté de promouvoir la participation politique" pour le PJD. Mais dans un contexte de blocage politique, ces appels ont pris une signification différente. Alors que la possibilité de la dissolution de la Chambre des représentants et de la tenue d'élections anticipées n'est pas exclue, nombre d'observateurs de la scène politique y ont vu un signal.

Pour un parlementaire d'un parti de la majorité en cours de formation, contacté par le HuffPost Maroc, il ne s'agit ni plus ni moins d'une guerre psychologique entre le PJD et le RNI: "Le différend entre les deux partis politiques bloque, jusqu'à présent, la formation du nouveau gouvernement. Les deux partis savent qu'au bout du chemin, si cela n'est pas réglé, il y aura probablement dissolution de la première chambre et tenue de nouvelles élections".

"Ces appels visent en premier lieu à montrer à l'adversaire qu'il n'y aura pas de compromis, et qu'il vaut mieux se préparer à de nouvelles élections", estime notre interlocuteur, qui ajoute que "de toute façon, si des élections anticipées se tiennent, le ministère de l'Intérieur prolongera probablement les délais d'inscription sur les listes électorales".

Pour une autre source parlementaire que nous avons contacté "il est peu plausible que de nouvelles élections se tiennent, vu le coût faramineux que cela occasionnera".

Majorité jusqu'à présent introuvable

Depuis qu'il a été reconduit par le roi à la tête du gouvernement, suite aux élections législatives du 7 octobre, à l'issue desquelles le PJD est arrivé premier, Abdelilah Benkirane mène d'intenses tractations en vue de constituer une majorité. S'il est assuré d'avoir à ses côtés le Parti du progrès et du socialisme (PPS), l'Istiqlal et l'Union socialiste des forces populaires (USFP), Benkirane n'a pas encore trouvé de terrain d'entente avec le RNI, présidé depuis peu par le ministre de l'Agriculture et homme d'affaires Aziz Akhannouch.

Les deux hommes politiques n'hésitent pas à se livrer une guerre par médias interposés, chacun rejetant sur l'autre la responsabilité du blocage des négociations. Alors que le PJD veut que l'Istiqlal fasse partie de la prochaine coalition, le RNI demande à ce que le parti dirigé par Hamid Chabat soit écarté de la majorité, et opterait plutôt pour une reconduction de la coalition sortante.

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