Ce qu'on reproche à la Loi de Finances 2017: Un expert commente

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La loi de finances 2017 a été approuvé samedi avec une majorité réconfortante, soit 122 voix pour. Une loi qui a suscité de nombreuses polémiques. Finalement, les avocats et les pharmaciens ont obtenu gain de cause, l’UGTT a tenu le bâton par le milieu, l’UTICA a cédé amèrement à la pression et la loi sur la levée du secret bancaire a été approuvée in extremis.

Le triomphe du consensus

Le gouvernement d’Union Nationale se félicite pour le triomphe du consensus et considère que cette loi de finances constitue une révolution fiscale surtout après la révision du barème de l’impôt et l’accord sur un système d’identifiant unique pour les fonctions libérales. Pour d’autres, la loi de finances a été déracinée de ses principaux fondamentaux et le gouvernement a renoncé à des mesures jugées draconiennes destinées à sauver les finances publiques d’un dérapage annoncé. D’autres voix s’élèvent pour dénoncer une loi de finances injuste.

Qui a gagné finalement la partie ? Le gouvernement ou les opposants à la LF?

Interrogé par HuffPost Tunisie Anis Wahabi, Expert Comptable a affirmé que "C’est une vraie défaite pour le gouvernement". "L'’Etat sort très affaibli, mais on remarque que tous les membres du gouvernement sont en train de communiquer pour embellir la situation en insistant sur le consensus et l'efficacité", commente-t-il.

Et d’ajouter: "Comme d'habitude, c’est le bon contribuable qui paye la facture. D'ailleurs, le ministère des Finances avance depuis des années l'argument selon lequel la pression fiscale va diminuer quand on généralisera l'imposition. Cet argument ne sera plus valable étant donné l'évolution sans fin des recettes de l'Etat. Le mois dernier nous a mis devant une vérité décevante: celui qui pleurniche le plus emporte les cadeaux. Et les cadeaux ne sont pas des moindres: l'immunité fiscale et la désolidarisation de l'intérêt national".

Retour à la case de départ. L’objectif de réduire les dépenses fonctionnelles, entre autres la masse salariale et de renflouer les recettes fiscales tombe quasiment à l’eau. Aujourd’hui le gouvernement devra faire face à un trou budgétaire de 6 milliards de dinars et colmater encore une fois les brèches par des mesures de rafistolage.

Un besoin de financement extérieur de 8,5 milliards de dinars

Lamia Zribi, la ministre des Finances n’a pas mâché ses mots et a affirmé que pour faire face à la hausse des dépenses et à la baisse des recettes fiscales, la Tunisie aura besoin de mobiliser des emprunts extérieurs de l’ordre de 8,5 milliards de dinars, soit environ un milliard de dollars de plus que les prévisions initiales prévues dans la première mouture de loi de finances. Rien que l’accord conclu avec l’UGTT coûtera au budget de l’Etat 418 millions de dollars pour la seule année 2017 sans parler des manques à gagner en matière fiscale après le rejet de la taxe sur les importations des médicaments et les timbres fiscaux pour les avocats.

La Tunisie comptera-t-elle sur les promesses des pourvoyeurs de fonds étrangers lors de la conférence Tunisie 2020 pour alimenter la caisse? Rappelons que le gouvernement a signé une convention conjointe avec la BEI pour une enveloppe de 2,5 milliards d’euros et qu’un accord de prêt a été signé avec la BAD pour un portefeuille de crédit allant de 1,5 à 2 milliards d’euros, soit un total de 4 milliards d’euros. Ces lignes de crédit viennent en appui à la ligne de financement convenue avec le FMI au titre du mécanisme élargi portant sur 2,9 milliards de dollars. Le gouvernement Chahed dispose-t-il encore d’un pouvoir de négoce pour trouver un accord avec le FMI et débloquer la première tranche du crédit?

"En ce qui concerne le FMI, il ne faut pas que ça soit le subterfuge de tous les problèmes. Les conditions données par le FMI n'ont rien à voir avec la politique fiscale ni la cible", d'après Anis Wahabi.

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