Le Congrès, à majorité républicaine, défie Donald Trump et ouvre une enquête sur l'intervention de la Russie dans la présidentielle

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Le Congrès, à majorité républicaine, défie Donald Trump et ouvre une enquête sur l'intervention de la Russie dans la présidentielle | Reuters
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ÉTATS-UNIS - Le rapprochement que Donald Trump tente d'opérer avec la Russie avant de s'installer dans le Bureau ovale n'est pas du goût de grand monde. Y compris dans son propre camp, ce qui pourrait engendrer d'importantes tensions dès sa prise de fonctions.

Alors que le milliardaire new-yorkais n'a jamais vraiment caché ses affinités avec Vladimir Poutine ni son intention de rétablir des liens plus amicaux avec la Russie, ses déclarations des derniers jours et des rumeurs ont fait voir rouge de nombreux républicains.

Tout a commencé vendredi 9 décembre quand le Washington Post a rendu publiques les conclusions d'un rapport secret de la CIA assurant que la Russie avait mené des cyberattaques tout au long de la campagne électorale, non pas pour perturber l'élection mais dans le but précis d'aider Donald Trump à accéder à la Maison Blanche.

"C'est encore un prétexte"

Une information que le successeur de Barack Obama a immédiatement rejetée tout en mettant en doute les capacités de la Central Intelligence Agency. Un déballage publique de dédain envers une agence gouvernementale tel que l'on en voit rarement.

Interrogé par Fox News dès le lendemain des révélations du Washington Post, Donald Trump a estimé qu'elles étaient "ridicules" car les analystes qui les ont produites "sont les mêmes que ceux qui disaient que Saddam Hussein disposait d'armes de destruction massive". "C'est encore un prétexte. Je n'y crois pas. Ce sont les démocrates qui rendent ça public parce qu'ils ont subi une des plus grandes défaites de l'histoire politique du pays", a-t-il ajouté.

Trump a continué sur sa lancée en remettant en cause les conclusions de la direction du renseignement (DNI) -qui chapeaute les 17 agences américaines de renseignement- qui avait jugé en octobre que Moscou avait tenté "d'interférer dans le processus électoral américain". "Ils ne savent pas si c'est la Russie ou la Chine ou quelqu'un d'autre. Ça peut être quelqu'un assis sur son lit quelque part. Ils n'en ont aucune idée", a-t-il assuré encore une fois sur Fox News, reprenant cette image qu'il avait déjà utilisée pendant son premier débat face à Hillary Clinton.

Le Congrès lance une enquête

Rebelote ce lundi 12 décembre. Sur Twitter, cette fois. "A moins que vous n'attrapiez les 'hackers' la main dans le sac, il est très difficile de déterminer qui est à l'origine d'un piratage. Pourquoi cela n'a-t-il pas été évoqué avant l'élection ?", s'est-il insurgé sur le réseau social.

Un argumentaire qui n'a pas dissuadé le Congrès, pourtant à majorité républicaine, de décider lundi de lancer une enquête sur ces cyberattaques. Allant à l'encontre du futur président des États-Unis, les élus de la Chambre des représentants et du Sénat jugent crédibles les interférences de la Russie et veulent faire toute la lumière sur la situation.

L'enquête sera dirigée par les sénateurs Richard M. Burr et John McCain et pourrait s'étirer sur de longs mois, rapporte le New York Times. De quoi tendre sérieusement les relations entre le Congrès et la Maison Blanche dès les débuts de la présidence Trump.

"Toute intervention étrangère dans nos élections est entièrement inacceptable. Et toute intervention de la Russie est particulièrement problématique car, sous le président Poutine, la Russie a été un agresseur, constamment en train de saper les intérêts américains", a renchéri Paul Ryan, président de la Chambre des représentants.

Suspense autour de la nomination d'un ami de Poutine

Pour John McCain, le piratage par les renseignements russes "ne fait aucun doute". Le candidat républicain à la présidentielle de 2008 a jugé que les attaques envers le parti démocrate au cours de l'été "étaient une autre forme de guerre".

Le sénateur en a aussi profité pour critiquer une rumeur que beaucoup voient d'un très mauvais œil et qui s'inscrit de nouveau dans une tentative de rapprochement avec la Russie: la nomination de Rex Tillerson, patron du géant pétrolier ExxonMobil que Vladimir Poutine a décoré de "l'ordre de l'Amitié", à la tête de la diplomatie américaine.

"Cet homme est un voyou et un assassin, je ne vois pas comment on peut être l'ami d'un ancien agent du KGB", a grondé John McCain sur CNN. "Etre un ami de Vladimir Poutine n'est pas une caractéristique que je recherche chez un secrétaire d'Etat", a commenté son collègue Marco Rubio, candidat malheureux des primaires républicaines en 2016.

"Que je le choisisse ou non pour être chef de la diplomatie, Rex Tillerson -patron d'ExxonMobil- est un businessman de renommée mondiale. Affaire à suivre!", a commenté dimanche sur Twitter Donald Trump pour entretenir le suspense -comme il l'avait fait pour l'attribution des autres postes de son administration- en attendant l'annonce officielle qui sera faite mardi.

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