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Bachar al-Assad remet la main sur la "Syrie utile"

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SYRIA
A member of the government military police stands guard as men, who were evacuated from the eastern districts of Aleppo, are being prepared to begin their military service at a police centre in Aleppo, Syria December 11, 2016. REUTERS/Omar Sanadiki | Omar Sanadiki / Reuters
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SYRIE - La prise inéluctable d'Alep marque un moment décisif dans la guerre en Syrie car elle conforte le régime victorieux dans sa volonté de reconquérir le pays tandis que les rebelles auront du mal à se relever.

"Alep est le vrai tournant de la guerre", affirme le géographe français et expert de la Syrie Fabrice Balanche, qui compare son impact à celui, décisif, de la bataille de Stalingrad en Russie sur le cours de la seconde Guerre mondiale. Pour lui, le président Bachar al-Assad a besoin de cette victoire car "sans Alep, il était un demi-président".

Il lui était "difficile de présider aux destinées de la Syrie sans tenir la seconde ville du pays. Avec sa victoire, il peut se présenter comme le président de toute la Syrie", ajoute ce chercheur au Washington Institute.

Et la ville est déjà quasiment tombée, le régime contrôlant 85% des quartiers que tenaient les rebelles avant le 15 novembre. Moscou exige le départ de tous les insurgés, assiégés avec des dizaines de milliers de civils dans les dernières poches sous leur contrôle. Le contrecoup va être considérable pour les rebelles car "ils vont perdre leur légitimité", d'après Fabrice Balanche. "Le mythe d'une rébellion modérée à Alep capable de représenter une alternative politique et militaire, c'est fini".

D'Alep à Damas

La communauté internationale semble d'ailleurs avoir intégré la chute d'Alep, tout comme la reconquête par le régime d'une "Syrie utile", l'Ouest du pays, d'Alep à Damas en passant par la province centrale de Homs et la région côtière de Lattaquié. Un terme utilisé par le régime pour qualifier les bastions qui regroupent les principales ressources économiques et structurelles du pays. Le reste étant en grande partie du désert.

Le président syrien peut désormais se targuer de contrôler les trois principales villes du pays, Damas Homs et Alep, et les richesses qui vont avec. Il va également pouvoir prouver qu'il est "en position de rouvrir l'axe reliant la frontière jordanienne, dans le sud, à quasiment la frontière turque, dans le nord", souligne Yezid Sayigh, analyste du Moyen-Orient.

"La partition de la Syrie se profile", mettait en garde récemment le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, tandis que de nombreux diplomates et experts estiment qu'après Alep, Moscou et Damas concentreront leurs efforts sur la province d'Idleb, au nord-ouest, encore contrôlée par la rébellion, et notamment par le groupe Fateh al-Cham, ex-branche syrienne d'Al-Qaïda.

"Il y a un partage de facto de la Syrie: les Russes à l'Ouest et les Occidentaux de la coalition antijihadiste à l'Est", relève sous couvert d'anonymat un diplomate européen, pour qui Moscou a tout intérêt à laisser les Occidentaux s'occuper du "bourbier", les zones contrôlées par l'organisation Etat islamique.

Quelles prochaines étapes pour le régime?

Pour Joshua Landis, directeur du Centre d'études pour le Moyen-Orient, de l'Université d'Oklahoma, "la victoire d'Alep aura un effet boule de neige". Une fois que les groupes anti-régime "auront compris que les jours de la rébellion sont comptés, ils seront plus enclins à négocier les moyens de se rendre", dit-il.

Pour les experts, l'armée a deux options, l'est ou l'ouest. Pour Fabrice Balanche, la priorité du régime c'est al-Bab, une place forte de l'EI, au nord-est d'Alep mais qui est convoitée par les forces turques et leurs alliés rebelles. "Il n'est pas question de laisser la ville aux Turcs, car elle est trop proche d'Alep et cela ouvrirait la voie aux rebelles vers Raqa", la capitale de facto de l'EI, plus à l'est.

Autre possibilité, faire mouvement vers l'ouest pour faire pression sur la province rebelle d'Idleb au nord-ouest. "La fin de la rébellion à Alep va libérer environ 30.000 hommes pour lancer des offensives", souligne Fabrice Balanche.

Cependant, même s'ils sont en position de force comme jamais depuis le début du conflit en 2011, Damas et ses alliés n'ont pas gagné la guerre, répètent dirigeants et diplomates européen, pour qui "on ne peut pas parler de victoire au prix de 300.000 morts et de millions de réfugiés". "Quelle paix si c'est la paix des cimetières?", lance Jean-Marc Ayrault.

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