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Dioncounda Traoré, ancien Président du Mali: "Le Maroc a toujours eu une vocation africaine"

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DIONCOUNDA TRAORE
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UNION AFRICAINE - S'il a été président par interim du Mali pendant moins d'un an, entre 2012 et 2013, cela fait plus de 25 ans que Dioncounda Traoré enchaine les fonctions à haute responsabilité.Traoré, 74 ans, a été ministre de la Fonction publique, du travail et de la modernisation de l’administration, en 1992, ministre d'Etat, en 1993 et ministre des Affaires étrangères, des Maliens de l’extérieur et de l’Intégration africaine de 1994 à 1997, mais pas que. L'homme a également présidé l'Assemblée nationale de son pays de 2007 à 2014. De passage au Maroc, à l'occasion du forum Medays, Dioncounda Traoré a accepté de répondre à nos questions.

HuffPost Maroc: Que pensez-vous de la demande de retour du Maroc à l'Union africaine?

Dioncounda Traoré: Cette demande aurait dû venir il y a bien longtemps, le Maroc faisant partie des Etats africains fondateurs de l'Organisation de l'unité africaine (ndlr, l'OUA, prédécesseur de l'Union africaine). Avant cela, le Maroc a organisé une rencontre qui a abouti à la création de ce que l'on a appelé le Groupe de Casablanca. Groupe considéré comme le plus progressiste de ceux créés à l'époque en Afrique, et fait sous l'impulsion du roi Mohammed V.

Le Maroc a donc toujours eu une vocation africaine, même lorsqu'il a quitté l'Organisation de l'unité africaine.

Sa majesté le roi Hassan II a dit: "le Maroc est africain et demeurera africain". Je pense que c'est tout à fait naturel que le Maroc demande à retourner dans l'organisation continentale et qu'il revendique sa place en son sein. Je ne peux que me féliciter de cette demande et je pense que les choses vont bien se passer.

Le roi Mohammed VI a entamé récemment une nouvelle tournée en Afrique de l'Est, après avoir visité plusieurs pays du continent ces derniers mois. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle dynamique voulue par le royaume?

C'est tout à fait logique. Le Maroc est africain, c'est normal qu'un souverain marocain puisse aller dans des États africains pour tisser de nouvelles relations. Compte tenu du fait que le Maroc a quitté l'organisation africaine, il se devait de développer des relations bilatérales avec les différents Etats africains s'il ne voulait pas se couper de l'Afrique, ce qu'il ne voulait pas certainement.

Il fallait donc developper un autre type de diplomatie, aller en Afrique, rencontrer des chefs d'Etat africains et essayer de créer des liens de coopération de façon générale.

Enfin, cette accélération correspond tout à fait au fait que le Maroc a décidé de revenir dans l'Union africaine. Il fallait qu'il donne plus d'intensité à ses relations avec les différents Etats africains, parce qu'il a aussi besoin de soutiens dans cette démarche, et je vous assure qu'elle a beaucoup d'avenir.

Sur le plan de la coopération Sud-Sud, qu'est-ce que le Maroc peut apporter au Mali et à l'Afrique en général?

Énormément, parce que le Maroc a développé un savoir-faire universellement reconnu, il a des expertises multiformes avérées et une grande culture, dont il devrait faire bénéficier l'ensemble de l'Afrique.

Concernant mon pays, le Mali, le Maroc est présent dans tous les secteurs stratégiques, notamment bancaire. La Banque de développement du Mali (BDM) a été redressée par le Maroc. Le pays est également présent dans plusieurs autres banques maliennes.

Le Maroc a également une très grande expertise dans plusieurs autres domaines comme l'industrie et l'agriculture, où il a beaucoup à apporter. ll y a des compagnies marocaines qui existent ici (ndlr: au Mali) depuis près d'un siècle comme la société de phosphates (OCP).

Nous avons besoin d'engrais au Mali, car nous avons aussi notre Office du Niger qui est un grand espace agricole. Dans ce domaine là également, le Maroc et le Mali peuvent développer de vraies compétences. C'est vrai aussi pour les autres Etats africains, le Maroc s'implique partout pour apporter son expertise et aider ces pays à se développer.

La 9e édition du Forum MEDays 2016, initié par l'Institut Amadeus, a été clôturée samedi 10 décembre, après quatre jours de débats et de rencontres autour du thème: "De la fragmentation à la durabilité: révolutionner les paradigmes".

Au terme de cet événement, qui a rassemblé 120 intervenants et près de 3.000 participants, une 9e Déclaration de Tanger, appelant avec force au retour "immédiat" du Maroc au sein de l'Union africaine (UA), a été adoptée.

Un Grand Prix a également été remis au peuple haïtien, en signe de "solidarité envers une société qui a fait face à plusieurs catastrophes successives ces dernières années et qui cherche sa voie pour un développement durable".

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