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Le Maroc reviendra-t-il au sein de l'Union africaine en 2017?

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Le Maroc reviendra-t-il au sein de l'Union africaine en 2017? | DR
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UNION AFRICAINE - L'année 2017 sera-t-elle celle du retour du Maroc à l'Union africaine (UA)? Samedi soir, après quatre jours de débats à Tanger, le forum international Medays a clôturé ses travaux par l'adoption de la neuvième Déclaration de Tanger, appelant au retour "immédiat" du Maroc au sein de l'UA. Cette annonce fait suite à la récente controverse autour de la présidente de la commission de l'UA, Nkosazana Dlamini-Zuma.

Après 32 ans d'absence, le Maroc avait fait part, en juillet dernier, de sa volonté de retrouver sa place dans l'organisation africaine. La demande d'adhésion a été officiellement présentée en septembre dernier, à New York, à la présidente de la commission de l’UA.

Pour Brahim Fassi Fihri, président de l'Institut Amadeus, organisateur du forum, "le Maroc a eu raison de quitter l'Union africaine en 1984", mais "aujourd'hui, en 2016, la donne a changé et il est temps pour le royaume de retrouver sa famille panafricaine".

"La seule décision à prendre"

"Le Maroc est parti en 1984 pour préserver l'unité africaine après des violations flagrantes des textes législatifs qui régissent l'UA. Le Maroc s'est vu obliger de partir, à un moment où l'Afrique était tiraillée et au bord de l'éclatement. C'était la meilleure et la seule décision à prendre à l'époque", relève de son côté Mohammed Benhamou, directeur du Centre marocain des études stratégiques (CMES).

Le retrait du Maroc de l'UA, OUA à l'époque, s'était fait lors du 20e sommet de l’organisation, le 12 novembre 1984, à Addis-Abeba, après l'admission de la RASD. "Voilà, et je le déplore, l’heure de nous séparer. En attendant des jours plus sages, nous vous disons adieu et nous vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire", avait fait savoir le conseiller royal de l'époque Ahmed Reda Guedira, en lecture d'un message de Hassan II.

"Feu Hassan II était d'abord un juriste. Comment pouvait-on admettre, en violation des lois de l’UA, un pseudo-Etat qui n'avait même pas de territoire dans cette organisation? Pour des raisons politiques, il n'était plus possible pour le Maroc d’y rester. Il n'y avait plus aucune raison d'être autour de la table", souligne Jawad Kerdoudi, président de l'Institut marocain des relations internationales (IMRI).

Ce dernier en est convaincu: "Le Maroc sera membre à part entière de l'UA en 2017".

"Tôt ou tard" à l’UA

Même discours tenu du côté de l'ancien député PAMiste Mehdi Bensaid, ex-président de la commission des affaires étrangères à la Chambre des représentants. "Le Maroc reviendra tôt ou tard à l'UA malgré les tentatives d'obstruction médiocres de certains adversaires du Maroc. Le Maroc est dans son droit, on ne peut pas lui refuser de rentrer dans l'Union africaine, d'autant plus qu'il a la majorité nécessaire pour cela", estime-t-il.

"Je ne pense pas qu'il va y avoir de problème sur ce point. Maintenant, il risque d'y avoir une volonté de retarder cette arrivée pour démontrer que finalement, le Maroc n'est pas si bien au sein de l'Afrique et de l'UA. Je trouve cela dommage", confie-t-il au HuffPost Maroc.

"Le processus de son retour à l’UA doit être accéléré. C’est inévitable, nous en sommes tous conscients", a également affirmé l’ancien Premier ministre malien Moussa Mara (2014-2015) pendant son intervention au forum, qui tient toutefois à préciser que ses propos n’engagent "que sa personne".

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Moussa Mara, ancien Premier ministre malien, samedi 10 décembre à Tanger.

Pour lui, "un pays comme le Maroc a toute sa place dans le continent et dans l’UA. Il a toujours été à l'avant-garde au niveau du continent et a continué à travailler avec les autres pays africains malgré son départ de l’instance africaine. Il est temps qu’on comprenne que la solution n’est pas dans la division, mais dans l’unité".

"Tourner le dos au séparatisme"

"Ce qui se passe actuellement dans le sud soudanais (la région présente des signaux de 'génocide imminent' selon les experts de l’ONU qui évoquent un processus de 'nettoyage ethnique' dans ce pays en guerre depuis trois ans). Il faut tourner le dos au séparatisme", a-t-il ajouté.

Le retour du Maroc à l'UA doit être tranché dès janvier 2017 lors du prochain sommet de l'instance africaine, à Addis-Abeba. Fin novembre, le ministère des Affaires étrangères et de la coopération a diffusé un communiqué dans lequel il s'est montré extrêmement critique à l'égard de la présidente de la commission de l’UA, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma.

Selon le département de Salaheddine Mezouar, celle-ci "tente de contrarier la décision du Maroc de regagner sa place naturelle et légitime au sein de sa famille institutionnelle panafricaine".

"Après avoir retardé, de manière injustifiée, la diffusion de la demande du Maroc aux membres de l’UA, Mme Nkosazana Dlamini-Zuma poursuit son élan d’obstruction, en improvisant une nouvelle exigence procédurale, inédite et sans fondement ni dans les textes ni dans la pratique de l’organisation, et par laquelle elle rejetterait arbitrairement les lettres de soutien au Maroc émanant des ministères des Affaires étrangères des Etats membres de l’UA'', poursuit la même source.

"Quand on devient président de la commission de l'Union africaine, on oublie ses positions politiques et on essaie de protéger l'union de l'Afrique", fustige de son côté Mehdi Bensaid.

"Même si elle a un point de vue différent sur la question de Sahara, elle n'a pas à prendre position. Les Etats le peuvent, mais elle non. Et ça, elle n'arrive pas à le comprendre. C'est la même remarque que nous (les membres de la commission parlementaire) avions fait à Ban Ki-moon lors de ses déclarations au sein de l'ONU. Il y a certains diplomates qui prennent des positions politiques alors que ce n'est pas leur rôle. Le jeu que joue la présidente n'est pas compris et ne peut être toléré", a-t-il insisté.

Début décembre, la commission de l'UA a également publié un communiqué pour "apporter quelques précisions" sur le sujet. Selon elle, "la demande du Maroc passe par les processus et procédures internes de l'Union africaine, comme le prévoit l'acte constitutif" de l'instance. "Les décisions relatives à l'admission d'un membre à l'UA relèvent des Etats membres de l'UA et non du président de la commission", avait-elle souligné.

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