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Hakima Himmich: "Nous assistons à un désintérêt grandissant sur la question du sida"

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HIV
medical instrument for the test of blood | Zoonar RF via Getty Images
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SANTE - Trois photos d'objets que les moins de 30 ans n'ont jamais connu: une cassette audio, des patins à roulettes et un vieux téléphone fixe. Et ce slogan: "Les années 80 sont derrière nous, mais le sida lui est toujours là".

Les affiches du Sidaction Maroc 2017 rappellent la nécessité de ne pas baisser la garde contre une maladie dont on parle moins mais qui continue d'affecter près de 37 millions de personnes dans le monde.

Au Maroc, 24.000 personnes vivent avec le VIH, 13.000 ne sont pas dépistées et chaque année, 1.200 nouvelles personnes s'infectent, dont un tiers sont des jeunes de 15 à 24 ans. Un travail de sensibilisation, de prévention et de dépistage est donc toujours nécessaire.

Fer de lance de la mobilissation depuis le début de l'épidémie, l'ALCS, l'Association de lutte contre le sida, organise comme tous les deux ans le Sidaction Maroc. Il s'agit pendant tout le mois de décembre à la fois de récolter des fonds et d'informer. Sa présidente et fondatrice, Hakima Himmich, répond aux questions du HuffPost Maroc.

HuffPost Maroc: Qu'attendez-vous du Sidaction Maroc , organisé tous les deux ans?

Hakima Himmich: Le Sidaction Maroc est avant tout une opération de levée de fonds. L’ALCS a une large présence au Maroc et de multiples programmes de prévention, de dépistage et de prise en charge des personnes vivant avec le VIH qu’il est vital que nous puissions continuer. L’opération Sidaction Maroc nous permet de continuer ces programmes et la lutte contre le sida au Maroc, notre pérennité en dépend.

Au delà de cet aspect, la couverture médiatique dont nous bénéficions durant ce mois de décembre permet de sensibiliser le grand public à la problématique du VIH-Sida, qui véhicule encore beaucoup d’idées reçues. Le Sidaction nous permet de diffuser des messages de prévention et d’informer les Marocains sur les nouveautés en matière de VIH.

Par exemple, il est important que le public sache que la fin de l’épidémie n’est pas impossible. Grâce aux avancées techniques et scientifiques récentes, mettre fin à l’épidémie est pour la première fois envisageable, mais seulement si les moyens financiers sont mis en œuvre.

On a l’impression que la lutte contre le sida n’est plus un sujet "à la mode". Est-ce plus difficile aujourd’hui de vous faire entendre, de mobiliser?

Nous assistons effectivement à un désintérêt grandissant sur la question du sida, au niveau mondial. Le VIH qui avait été inscrit en 2000 comme l’un des objectifs du millénaire par l’ONU n’est aujourd’hui plus qu’un sous-objectif des objectifs onusiens de développement durable.

Le sida n’a plus la force médiatique qu’il avait lorsqu’il est apparu dans les années 80. Pourtant même si on en parle moins, l’épidémie continue à progresser. C’est pour cela que nous avons choisi comme thème de notre campagne du Sidaction Maroc "Les années 80 sont derrière nous, mais le sida lui, est toujours là".

En 2015, il y a eu 2 millions de nouvelles infections dans le monde, soit 5.600 nouvelles infections par jour. Au Maroc, 1.200 personnes ont été infectées par le virus et 900 personnes vivant avec le VIH sont décédées. La difficulté à mobiliser tant au niveau politique qu’au niveau des populations se ressent donc fortement.

Les financements stagnent ou s’amenuisent et les discours sur la prévention sont parfois mal entendus. Une étude réalisée en 2013 auprès des jeunes marocains de 15 à 24 ans a montré que la moitié des personnes interrogées n’avaient pas utilisé le préservatif lors de leur dernier rapport sexuel. Si nous continuons sur cette lancée, nous risquons de voir rebondir l’épidémie dans les années à venir, au moment où nous savons justement que nous pouvons en venir à bout.

Quels sont les messages que vous voulez faire passer dans le grand public à l’occasion de ce mois de mobilisation?

Notre message clé pour cette campagne, c’est d’expliquer au grand public que l’épidémie peut-être vaincue, mais seulement si l’on s’en donne les moyens. Cela veut dire mettre fin à la stigmatisation et la discrimination qui affecte encore aujourd’hui les personnes vivant avec le VIH, et qui a pour effet l’éloignement de la prévention et des soins.

Cela veut aussi dire qu'il faut agir et donner pour permettre aux actions de lutte contre le VIH au Maroc de continuer. La pérennité financière est une forte inquiétude pour l’ALCS car nous sommes un pays à revenus intermédiaires, or les financements internationaux s’amenuisent et ce qui reste ira naturellement aux pays les plus pauvres.

Si la mobilisation et les financements faiblissent aujourd’hui, nous risquons de perdre tous nos acquis et de voir l’épidémie rebondir au Maroc.

Pour donner au Sidaction Maroc

  • Sur le site www.alcs.ma ou dans toutes les agences bancaires sur le compte N° 2222
  • Par SMS au 9616
  • Par téléphone au 05 29 043 043