Laurent Lamothe, ancien Premier ministre d'Haïti: "Aucune raison pour que le Maroc ne retourne pas à l'UA"

Publication: Mis à jour:
LAMOTHE
Haiti's Prime Minister Laurent Lamothe looks on at a Salesforce.com Dreamforce event in San Francisco, California November 19, 2013. Lamothe attended to listen to the keynote address of Salesforce CEO Marc Benioff. REUTERS/Robert Galbraith (UNITED STATES - Tags: SCIENCE TECHNOLOGY POLITICS HEADSHOT BUSINESS) | Robert Galbraith / Reuters
Imprimer

UNION AFRICAINE – Première république noire proclamée indépendante en 1804, Haïti, située en pleine mer des Caraïbes, revendique depuis 2012 un statut de "membre à part entière" dans l’Union africaine (UA). Mais en mai dernier, l'organisation a expliqué que le pays, dont la population est pourtant largement d’ascendance africaine, ne peut y être admis parce que géographiquement, il ne se trouve pas sur le continent.

La demande d'adhésion en question s’était faite sous la conduite du Premier ministre de l’époque, Laurent Salvador Lamothe (2012-2014), fervent défenseur de l'africanité de son pays jusqu’à aujourd’hui. C’est également sous son gouvernement que Haïti a officiellement retiré sa reconnaissance de la RASD en 2013. Qu’est-ce qui avait motivé la prise de cette décision? Comment la demande de réintégration du Maroc à l’UA est-elle perçue en Haïti? Laurent Lamothe, actuellement à Tanger pour participer au forum international Medays, répond à nos questions.

HuffPost Maroc: Que pensez-vous de la demande de retour du Maroc à l'UA présentée en septembre dernier ?

Laurent Lamothe: Je pense que c'est une demande noble et justifiée. Quelles seraient les raisons de ne pas accepter le Maroc à l'Union africaine? Pour moi, il n'y en a aucune, si ce n'est des questions idéologiques qui à mes yeux n'ont souvent pas de sens.

L'Union africaine aurait tout intérêt à accepter un pays comme le Maroc pour ses avancées technologiques, son savoir-faire dans plusieurs domaines. Le Maroc a beaucoup a beaucoup contribué à l'Union africaine. Si l'UA accepte le retour du Maroc, ce sera un partenariat gagnant-gagnant que ce soit au niveau politique, technique et idéologique même.

Aujourd'hui, il faut qu'on soit d'accord sur le fait que le Maroc est un pays en plein expansion. Je sais qu'il faut avoir une majorité des chefs d'Etat pour accepter le retour du Maroc. Sa majesté le roi fait un excellent travail de lobbying à travers les pays d'Afrique pour l'expliquer et pour que les pays comprennent que c'est la marche à suivre. Haïti l'a fait d'ailleurs quand on a cessé la reconnaissance du front Polisario le 7 octobre 2013.

Justement, vous étiez Premier ministre à l'époque. Qu'est-ce qui a fait que vous avez pris cette décision?

C'est une décision qui est allée dans le sens de la logique. Le Maroc a montré sa solidarité au lendemain du séisme et encore une fois après l'ouragan Matthew. Nous avons un consulat honoraire ici, nous avons de bonnes relations, les choses bougent.

Pour nous, c'était tout à fait normal de prendre cette décision. Une décision prise non sans peine parce que nous avons eu énormément de pression de partout, des pays et chefs d'Etat amis du front Polisario. Je ne vais pas vous les citer, mais il y en a plusieurs qui sont intervenus, mais nous avons tenu bon. On a insisté sur le fait que c'était une décision souveraine et que Haïti avait le droit d'aller comme bon lui semble dans ses relations internationales.

C'était l'une de mes meilleures décisions prises en 31 mois (ndlr, passés à la tête du gouvernement haïtien). Je ne le regrette pas et je suis très fier de l'avoir prise dans l'intérêt d'Haïti et des relations haïtiano-marocaines.

lamothe

Laurent Lamothe recevant le Grand Prix des Medays, mercredi 7 décembre à Tanger.

Jean-Jacques Dessalines (premier empereur d'Haïti de 1804 à 1806), Alexandre Pétion (président d'Haïti de 1807 à 1818) et d'autres ont tous des origines africaines. L'un des plus grands joueurs de l'histoire du tennis d'Haïti, Ronald Agenor, est né à Rabat. Il est donc moitié marocain, moitié haïtien. C'est un grand homme d'Haiti aujourd'hui. Il a été 22e au classement mondial, a battu Agassi. C'est quelqu'un dont chaque haïtien est fier et il est moitié marocain.

Je pense donc qu'il va falloir continuer le lobbying, continuer à convaincre, à expliquer et à chercher la compréhension des chefs d'Etat, parce qu'avant tout, il nous faut une majorité. C'est nécessaire pour modifier le statut de l'UA et l'adhésion d'Haïti.

On souhaite que ça se fasse et que la présidence de l'UA prenne ça en charge pour s'assurer que toutes les conditions soient remplies. C'est dans l'intérêt aussi de l'UA d'avoir un pays comme Haïti, comme un pays modèle, puisque c'est la première république noire à avoir eu son indépendance.

Haïti se considère aujourd'hui beaucoup plus africain que plusieurs pays africains. Pour nous, il n'y a aucune justification pour que Haïti ne fasse pas partie de l'Union africaine. Nous avons beaucoup d'espoir d'y accéder. Cela va prendre du temps, on en est conscients, mais nous avons la détermination d'y arriver. Aujourd'hui, même en tant que simple citoyen, ma voix est toujours engagée pour le retour d'Haïti dans sa grande famille africaine.

Quels liens entretenez-vous aujourd'hui avec le Maroc?

Aujourd'hui, Haïti a d'excellentes relations avec le Maroc. Nous avons un consul honoraire au Maroc, le Maroc supporte Haïti dans son agriculture, surtout dans les domaines des engrais et des fertilisants. Il nous aide aussi à améliorer notre capital humain puisque nous avons des étudiants qui se forment ici au Maroc.

Nous suivons également avec beaucoup d'intérêt les pistes d'investissement dans le secteur privé dans les deux pays. Il y a énormément de potentiel entre le Maroc et Haïti, les deux pays se respectent mutuellement et nous souhaitons que ces relations continuent à s'améliorer et se renforcer dans les prochaines années.

LIRE AUSSI: