Gudmundur Arnar Gudmundsson, en compétition au FIFM: "Le degré d'hospitalité à Marrakech est très élevé"

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GUDMUNDUR ARNAR GUDMUNDSSON
FIFM
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CINÉMA - Cette année, sept des quatorze films en compétition au Festival international du film de Marrakech (FIFM) sont des premières ou deuxièmes oeuvres. Parmi ces jeunes réalisateurs, le metteur en scène islandais
Gudmundur Arnar Gudmundsson. Avec son film "Heartstone", qu'il a déjà présenté dans des festivals internationaux comme ceux de Toronto ou Venise, le jeune réalisateur signe une première oeuvre bouleversante sur l'adolescence et le passage à l'âge adulte.

Un film qui suit deux meilleurs amis, Thor et Christian, dans un petit village de pêcheur loin de tout en Islande. Alors que Thor commence à vivre ses premiers émois amoureux, Christian lui se découvre des sentiments pour son meilleurs ami. Un film ovationné pendant de longs instants par le public à la fin de sa projection.

Nous avons interrogé Gudmundur Arnar Gudmundsson sur son expérience en tant que réalisateur en compétition, l'origine de ce scénario ou encore ses impressions sur le festival de Marrakech.

HuffPost Maroc: Qu'avez vous pensé de l'accueil qu'a suscité ce film auprès des festivaliers?

Gudmundur Arnar Gudmundsson: Je suis très heureux, nous avons eu une très bonne projection, les gens ont semblé beaucoup apprécié le film, l'accueil du public était vraiment très bon.

Vous avez reçu des retours de la part du public?

Les gens ont chaleureusement applaudi pendant la projection, et pendant la journée et l'après-midi beaucoup de personnes nous ont félicités pour le film. Dans tous les festivals, si les gens s'ennuient pendant un film, ils partent. Donc quand ils restent pendant toute la projection vous êtes contents (Rires). Et quand ils applaudissent vous êtes encore plus contents.

Dans quelle état d'esprit êtes-vous pendant une projection?

C'est très stressant comme expérience. D'un côté j'essaie de regarder le film et l'apprécier mais de l'autre c'est stressant de se demander si le public l'aime aussi. Et si je vois quelqu'un bouger ou entends quelqu'un tousser je regarde autour de moi et me demande ce qui se passe, c'est un mélange d'émotions. Finalement, j'ai fait le film que je voulais faire, et j'étais très concentré sur cette idée. J'essaie de ne pas trop penser à l'opinion du public mais quand vous présentez ce film vous espérez que le spectateur aura le même intérêt que vous-même pour l'oeuvre.

Connaissiez-vous ce festival avant de présenter "Heartstone" ici?

J'en avais entendu parlé, je savais que c'était un bon festival et important dans la région et on m'a aussi dit que nous serions extrêmement bien traités, que ce sont de très bons hôtes. Un de mes producteurs a produit un film qui a été présenté ici, un film de Billie August (membre du jury 2016) et il m'a dit qu'il l'avait beaucoup apprécié, sachant qu'il a déjà participé à beaucoup de festivals. Pour que Billie August aime un festival cela veut dire beaucoup!

Billie August qui est membre du jury d'ailleurs...

Oui tout à fait. Je ne le connais pas personnellement mais j'ai vu ses films. Béla Tarr, Suzanne Clément aussi sont des gens qui m'inspirent énormément depuis très longtemps.

Vous êtes un fan de Béla Tarr?

J'adore Béla Tarr, j'espère vraiment qu'il se remettra à la réalisation. Selon lui, il a dit tout ce qu'il avait à dire, donc j'espère qu'il trouvera de nouvelles choses à raconter. Je pense que ses films sont merveilleux.

Qu'est ce qui différencie le festival de Marrakech des autres festivals auxquels vous avez participé?

Le degré d'hospitalité à Marrakech est extrêmement élevé. Les gens sont très gentils, vous vous sentez apprécié. Souvent, vous allez à des festivals et ça peut vous épuiser car vous voyagez beaucoup mais ici vous sentez au contraire un boost d'énergie, grâce à l'hospitalité. J'ai beaucoup d'amis qui sont venus à Marrakech et m'ont dit que c'était une superbe ville et étaient très excités pour moi.

C'est une société très libérale que j'ai trouvé ici à Marrakech, la culture est très ouverte. Mais je ne sais pas si c'est le cas partout dans le pays, je ne sais pas si l'homosexualité présentée dans mon film pourrait offenser qui que ce soit ailleurs. Mais finalement je pense que mon film n'est pas sur l'homosexualité mais sur l'amitié et que l'homosexualité en est un des thèmes.

heartstone

Ce qui frappe dans votre film, c'est que malgré le fait que l'histoire se déroule en Islande, il pourrait aussi bien se dérouler dans toute société conservatrice...

L'Islande est désormais très libérale sur la question de l'homosexualité, mais dans ma jeunesse, le pays était très conservateur. Quand j'avais 13 ou 14 ans j'ai grandi dans cette société où on enseignait que l'homosexualité était quelque chose de mauvais. Si quelqu'un faisait son coming-out, il devait automatiquement partir vivre dans la capitale car il n'avait plus sa place dans une petite ville, il ne trouverait pas la paix. Quand des jeunes adolescents commençaient à se révéler comme homosexuels c'était très difficile pour eux. Je pense que maintenant cela a beaucoup changé en Islande mais j'étais très affecté par tout cela donc mon propre état d'esprit vis-à-vis de l'homosexualité a pris beaucoup de temps à évoluer. Même si me pensais très libéral, intérieurement j'avais encore des préjudices à ce sujet. Ce n'est que depuis quelques années que je suis complètement tolérant envers cela. Mais c'est étrange de me dire que j'ai grandi dans cette société qui enseigne ces valeurs.

Comment avez vous choisi le sujet de ce film, qui est votre premier long métrage?

J'ai écrit ce scénario à mes tous débuts en tant que réalisateur. Je l'ai écrit car je cherchais un sujet mais je ne savais pas si j'avais des choses à raconter. Un soir j'ai eu un rêve sur cet ami qui a grandi avec moi dans mon village et qui s'est suicidé quand il avait 16 ans. En me réveillant, j'étais d'abord très content d'avoir revu mon ami et je me suis dis que j'allais écrire sur mon adolescence dans mon village.

J'ai alors commencé à écrire sur lui, moi, mes soeurs, ma famille, et la ville. Petit à petit, j'ai commencé à écrire une histoire. Je ne sais pas si cet ami était homosexuel, je ne pense pas d'ailleurs qu'il l'était mais je sais qu'il y avait au moins trois garçons dans ce village qui étaient homosexuels et ont tenté de se suicider. En grandissant, ils ont avoué que là était la raison de leur mal être.

Pour moi le fond de ce film est l'amitié entre ces deux garçons, l'un d'entre eux veut sortir avec une fille mais a des difficultés à cause de son immaturité alors que le second est plus mature mais se découvre des sentiments pour son ami. Ce n'est pas un film sur l'homosexualité mais cela fait partie du thème du film car le film en a plusieurs.

Vous avez tourné avec de jeunes acteurs. Est-ce plus compliqué de mettre en scène des adolescents?

Non, mes courts métrages mettaient en scène des acteurs très jeunes aussi donc c'est quelques chose que je sais faire, je trouvais même ça plus difficile de tourner avec des adultes car je pensais qu'ils devaient s'occuper d'eux même (Rires). Je me suis rendu compte que je négligeais mes acteurs adultes car je ne leur parlais pas assez. C'est amusant de travailler avec des enfants.

baldur einarsson et blaer hinriksson

Comment ressentez-vous le fait d'être en compétition avec des films issues d'endroit si différents et avec des sujets aussi variés?

Tout dépend finalement des goûts personnels du jury. Je ne pense pas à la compétition, certes je voudrais vraiment gagner mais je ne veux pas comparer les films car c'est si subjectif! Mais c'est comme ça que le cinéma marche.

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