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Avant Bob Dylan en 2016, les autres grands absents des cérémonies de remise du prix Nobel

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PRIX NOBEL
Un photographe immortalise la chaise vide du Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, lors de la cérémonie officielle à Oslo le 10 décembre 2010. | Toby Melville/Reuters
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INTERNATIONAL - Il a "d'autres engagements". Bob Dylan ne sera pas en Suède ce samedi 10 décembre pour recevoir son Prix Nobel de littérature, qui lui a été attribué le 14 octobre. L'auteur-compositeur-interprète de "Blowin' in the Wind" a soufflé le chaud et le froid depuis plus de deux mois, restant d'abord silencieux avant d'accuser réception de son prix par voie de presse fin octobre, laissant entendre qu'il serait "absolument" ravi de faire le déplacement. "Pour autant que ce soit possible", s'empressait-il d'ajouter.

Deux semaines plus tard, le facétieux lauréat de 75 ans se décommande, irrévocablement. Il assure avoir d'autres choses à faire, même si aucun concert n'est annoncé ces jours-ci sur son site internet. Bob Dylan a néanmoins pris le temps d'envoyer un discours de remerciements qui sera lu au cours du banquet donné sous les ors de l'Hôtel de ville de Stockholm en présence de la famille royale. Et l'Américaine Patti Smith interprétera l'une de ses chansons, "A Hard Rain's A-Gonna Fall", lors de la cérémonie de remise des prix.

Comme Bob Dylan, plusieurs lauréats du Prix Nobel n'ont pas fait le déplacement pour recevoir leur distinction, pour des raisons plus ou moins personnelles. Le HuffPost revient sur les absences les plus remarquées.

Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix en 2010, emprisonné

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Le président du comité Nobel norvégien Thorbjørn Jagland, près de la chaise de Liu Xiaobo, sur laquelle sont posés son certificat de Nobel et sa médaille, le 10 décembre 2010.

En 2010, le dissident chinois Liu Xiaobo purge depuis deux ans une peine de 11 ans de prison en Chine lorsqu'il est désigné Prix Nobel de la paix "pour son combat constant et non-violent en faveur des droits fondamentaux de l'homme". Chez lui, l'écrivain est accusé de "subversion" pour avoir co-rédigé la Charte 08, un texte réclamant la démocratisation de la Chine. Il reste actuellement le seul Prix Nobel encore derrière les barreaux.

Le 10 décembre 2010 à Oslo, où est remis le Prix Nobel de la paix (contrairement aux autres Nobel, remis à Stockholm), le président du comité Thorbjørn Jagland appelle dans son discours à libérer le dissident. Il dépose symboliquement le certificat et la médaille destinés à Liu Xiaobo sur une chaise vide. Aucun membre de l'entourage de Liu Xiaobo n'a été autorisé à faire le voyage pour récupérer le prix en son nom, pour la deuxième fois seulement dans l'histoire du Nobel.

Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix 1991, forcée de rester en Birmanie

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Aung San Suu Kyi prononce son discours de remise de Nobel à l'Hôtel de ville d'Oslo, le 16 juin 2012.

La "Dame de Rangoun", farouche opposante à la dictature militaire en Birmanie, connaissait depuis près de 20 ans les résidences surveillées et les assignations à résidence lorsqu'elle reçut le Prix Nobel de la paix en 1991. Elle est autorisée à aller récupérer son prix à une condition: ne plus revenir en son pays et arrêter la politique. Elle n'en fit rien.

Le 10 décembre, ses deux fils ont donc voyagé jusqu'à Oslo pour recevoir le Nobel à sa place. Comme le montre la vidéo ci-dessus, c'est son aîné, Alexander Aris, qui s'est adressé à l'audience pour accepter ce prix "au nom de tous les hommes, les femmes et les enfants qui continuent à sacrifier leur bien-être, leur liberté et leur vie à la poursuite d'une Birmanie démocratique".

Plus de 20 ans plus tard, le 16 juin 2012, Aung San Suu Kyi s'est rendue à l'Hôtel de ville d'Oslo pour donner enfin son discours de lauréate, à l'occasion de son premier voyage en Europe depuis 24 ans. Elle est alors élue au Parlement birman (elle est désormais ministre des Affaires étrangères du pays).

Doris Lessing, Prix Nobel de littérature en 2007, affaiblie

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"Ils ont pensé, là-bas, les Suédois: celle-là a dépassé la date de péremption, et elle n'en a plus pour longtemps. Allez, on peut le lui donner!" C'est avec ces mots plein d'humour que l'écrivaine Doris Lessing a accueilli, le 11 octobre 2007, l'annonce de son Prix Nobel de littérature. L'auteur du Carnet d'or et figure du féminisme, alors âgée de 88 ans, était trop affaiblie pour se rendre en Suède mais a enregistré une vidéo diffusée lors de la cérémonie.

Le Prix Nobel de littérature en 2005 Harold Pinter, victime d'une grave infection, n'avait pas pu, lui non plus, se rendre à Stockholm pour raisons de santé. La romancière autrichienne Elfriede Jelinek, distinguée du même prix l'année précédente, avait quant à elle évoqué une raison plus surprenante: "Je ne pourrai pas me rendre en Suède à cause de ma phobie sociale. Je ne supporte pas les foules", avait-elle expliqué, comme le rapporte La Croix.

Andrei Sakharov, Prix Nobel de la paix en 1975, interdit d'aller à Oslo

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Physicien nucléaire, Andrei Sakharov devient militant des droits de l'homme en URSS dès les années 1960, lorsqu'il dénonce, en pleine guerre froide, la course infernale à l'armement et une "URSS surmilitarisée entre les mains d'une bureaucratie officielle d'État".

Andrei Sakharov reçoit le Prix Nobel de la paix en 1975 pour son "opposition à l'abus de pouvoir et son travail pour les droits humains". Mais les autorités soviétiques lui refusent l'autorisation de voyager jusqu'à Oslo. C'est sa femme, Elena Bonner, qui fera le déplacement pour recevoir le prix et lire un message de la part de son mari. Le couple sera assigné à résidence pendant cinq ans à partir de 1980, et Andrei Sakharov déchu de ses distinctions honorifiques obtenues en tant que père de la bombe H.

Hermann Hesse, Prix Nobel de littérature en 1946, refusait le "tapage"

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Un an après la fin de la Seconde guerre mondiale, l'écrivain reçoit un Prix Nobel pour "ses écrits inspirés qui, gagnant en audace et en finesse, montrent l'exemple des idéaux humanistes classiques et des hautes qualités de style". Il est notamment récompensé pour son roman Le jeu des perles de verre.

Âgé de 69 ans, l'auteur ne se rend pas à Stockholm pour récupérer son prix, ayant "toujours détesté qu'on fasse du tapage autour de sa personne", explique le site de sa fondation. Il laisse au ministre plénipotentiaire suisse (représentant la Suisse en Suède) le soin d'aller récupérer son prix auprès du roi Gustave V et de lire un texte d'à peine deux pages en son nom. "Que le diable emporte cette maudite affaire", écrit-il dans une lettre à sa femme. Évoquant publiquement des problèmes de santé et la destruction de son œuvre depuis 1933 en Allemagne, l'homme craignait en fait "de recevoir un flot de télégrammes et de lettres".

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