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Lina El Arabi, jeune actrice au grand talent

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INTERVIEW - Elle a fait une entrée discrète mais remarquée par la critique en France cette année pour son rôle de jeune adolescente attirée par le jihad dans le téléfilm "Ne m'abandonne pas". Lina El Arabi est actuellement à l'affiche de "Noces", projeté dans la section "coup de coeur" du Festival international du film de Marrakech (FIFM). Un film dans lequel elle interprète une jeune belgo-pakistanaise qui vit en Belgique et à qui on impose un mariage traditionnel.

Étudiante de 21 ans en France, Lina El Arabi, dont la famille est originaire d'Oujda, fait doucement mais sûrement son chemin dans le milieu du cinéma. On la verra notamment au printemps 2017 dans "Eye on Juliet" du Canadien Kim Nguyen, tourné en partie au Maroc. Le HuffPost Maroc l'a rencontrée en marge du festival.

HuffPost Maroc: Qu'est-ce que cela vous fait d'être invitée cette année au FIFM?

Lina El Arabi: C'est le genre de chose que tu n'oses même pas espérer. Ça paraît inatteignable. En plus, ils ont vraiment mis les petits plats dans les grands pour nous annoncer ça. On était tellement contents! Et c'était la première fois que "Noces" était projeté dans une salle aussi grande, avec un public si nombreux. Je ne m'attendais pas à ce que les 1.500 places soient remplies. C'était drôle de voir les réactions du public. Beaucoup se sont reconnus dans certaines scènes, les gens applaudissaient pendant le film.

Vous vous êtes glissée dans la peau d'une ado attirée par le jihad en Syrie. Qu'avez-vous ressenti?

Je pars du principe que si tu juges le personnage que tu vas jouer, tu le perds. En tant qu'actrice, on n'est pas là pour juger. Que tu joues un meurtrier, un toxicomane ou quelqu'un qui va à l'encontre de tous tes principes, tu es obligée d'avoir un minimum d'empathie. La radicalisation, je l'ai prise vraiment comme le fait de rentrer dans un secte, pas comme quelque chose de complètement nouveau. C'était génial de jouer le rôle de Chama, parce que je me retrouvais dans certains traits de son caractère.

Vous avez dit que vous ne vouliez pas forcément faire votre carrière dans le cinéma, mais vous enchaînez les rôles principaux ces derniers temps...

A la base, je voulais faire du théâtre. J'ai pris des cours à Paris, c'est vraiment ça que j'aime, mais peut-être que je plais moins au théâtre car on me propose davantage de rôles au cinéma! Mais je reste très terre-à-terre, pragmatique: je ne veux pas me dire que je ne vais faire que ça de ma vie. Je sais que c'est difficile de percer. J'ai eu beaucoup de chance jusque-là. Mais quand tu tournes un film, tu ne sais pas quand sera le prochain. En fait, tu passes ton temps à passer des entretiens d'embauche. Faire du cinéma, ce n'est pas avoir un CDI. Tu repars toujours au combat pour décrocher un rôle.

D'ailleurs, d'où vient votre amour pour le cinéma?

Ma mère est très cinéphile. Grâce à elle, j'ai vu beaucoup de films. Mon père a commencé à en regarder depuis que je fais du cinéma. Je fais aussi partie d'une famille de musiciens et d'artistes en général qui m'ont ouvert l'esprit. Mais je pense que pour tous les acteurs, la raison pour laquelle ils se lancent dans ce métier n'est pas forcément familiale. Ça vient généralement d'un problème psychologique (rires). Soit ils ne s'aiment pas, soit au contraire ils s'aiment trop. Ou bien il y a un moment où on ne s'est pas sentis à sa place, et on veut être quelqu'un d'autre.

Avez-vous d'autres projets qui arrivent, ou des rôles que vous aimeriez jouer?

J'ai un court métrage que j'ai hâte de tourner en février. Sinon, je suis prête à jouer tous les rôles, du carreleur au pilote. J'ai envie de tout faire. Les rôles de Zahira dans "Noces", ou de Chama dans "Ne m'abandonne pas", étaient assez proches de moi. C'est un peu le problème quand on est d'origine arabe, les rôles qu'on nous propose sont souvent les mêmes. Mais jouer quelqu'un de différent de moi ne signifie pas forcément jouer une fille qui s'appelle Marie-Sophie. Elle peut s'appeler Marie-Sophie mais avoir le même caractère que moi, parler comme moi, ou avoir les mêmes principes. J'aimerais vraiment jouer un rôle aux antipodes de ce que je suis.

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