Les jeunes filles accusées d'homosexualité iront-elles en prison?

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Les jeunes filles accusées d'homosexualité iront-elles en prison? | william87 via Getty Images
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PROCÈS - Le verdict des deux jeunes filles accusées d'homosexualité à Marrakech est attendu ce vendredi matin. S. et H., 16 et 17 ans, risquent, selon l'article 489 du code pénal, de 6 mois à 3 ans de prison.

Les deux mineures ont été arrêtées le 17 octobre dernier, suite à la plainte de la mère de l'une d'elles. Leur procès, qui devait se tenir juste avant la COP22, avait été reporté et les accusées placées en liberté provisoire. L'audience a finalement eu lieu le 25 novembre dernier, à huis clos, en présence des deux familles. "Il n'y a pas de preuves" nous répétait avant le procès l'un des avocats, Rachid Elghourfi. Les premières informations parlaient de photos montrant les jeunes filles en train de s'embrasser ne sont pas selon lui dans le procès verbal. "Ce sont des enfants", ajoute-t-il.

A l'audience, les avocats ont notamment insisté sur les contradictions entre les déclarations des jeunes filles et de la mère et celles inscrites aux procès verbal. Ils ont par ailleurs défendu les libertés individuelles.

Cette affaire a suscité une forte mobilisation, à la fois au Maroc et à l'étranger. Juste après l'arrestation, 19 associations, de l'Association marocaine des droits humains (AMDH) au Mouvement alternatif des libertés individuelles (MALI) en passant par le Collectif Aswat de lutte contre les discriminations basées sur le genre et la sexualité, s'étaient unies pour réclamer à la fois la "libération immédiate et inconditionnelle des adolescentes" mais aussi "l’abrogation de l’article 489 du code pénal qui criminalise les rapports consentis entre personnes de même sexe".

Le communiqué commun détaille leurs arguments: "La criminalisation des personnes sur la base de leur orientation sexuelle va à l'encontre des engagements internationaux du Maroc en termes de droits humains. Elle s’oppose également à l'esprit de la constitution marocaine en ce qui concerne la protection de la vie privée des personnes, ainsi qu'avec les engagements du Maroc à "bannir et combattre toute discrimination à l'encontre de quiconque, en raison du sexe, de la couleur, des croyances, de la culture, de l’origine sociale ou régionale, de la langue, du handicap ou de quelque circonstance personnelle que ce soit".

Pétition et cartes postales

La mobilisation s’est faite aussi sur internet, via les réseaux sociaux mais aussi une pétition en ligne. Elle demande aux ministres de la Justice et de l’Intérieur, de "relâcher ces jeunes femmes", "de libérer tous les autres prisonniers condamnés uniquement à cause de leur orientation sexuelle, de supprimer l'article 489 du code pénal marocain et de garantir et de protéger les libertés fondamentales ainsi que le droit à la vie privée". A la veille du verdict, plus de 100.000 personnes l’ont signée. Nidal Azhary de l’Union féministe libre ajoute que l'association a reçu des centaines de cartes postales, envoyées du monde entier pour soutenir les deux Marocaines.

Selon l'article 489 visé, "est puni de l'emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe".

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