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Béla Tarr: "Au début, pour moi, le cinéma était juste un moyen de changer le monde"

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BLA TARR
Entretien avec Béla Tarr, président du jury du FIFM 2016 | FIFM
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FIFM - Depuis le début du festival international de Marrakech, le président Béla Tarr, s'est illustré comme étant un homme de peu de mots. Le réalisateur et scénariste hongrois, qui a raccroché la caméra depuis 2011, nous a reçu dans les jardins de la Mamounia, derrière ses éternelles lunettes de soleil. Le réalisateur notamment de "Damnation", "L'homme de Londres" et "Le cheval du Turin » (son dernier opus sorti en 2011) est revenu avec nous sur son style cinématographique si singulier, son école de cinéma à Sarajevo ou encore les raisons pour lesquelles il a choisi de devenir réalisateur.

« Un film était le moyen de répondre à mes questions"

"Vous finissez un film et vous avez de nouvelles questions et pour les nouvelles questions vous ne pouvez pas utiliser les vieilles réponses. C'est comme cela que petit à petit on développe une style ou un langage". C'est ainsi que Béla Tarr explique l'évolution d'un style qui en presque 40 ans de carrière a certes évolué mais petit à petit "il n'y a pas eu de changement ou de point de rupture" continue ce dernier.

Ces questions désormais ne trouveront plus leurs réponses dans ses films. Le réalisateur a annoncé en 2011 qu’il abandonnait son rôle de réalisateur: "le langage du cinéma et du style est complet et les questions principales ont reçu des réponses. Evidemment j'ai encore des interrogations, mais elles sont plus petites et elles ne sont pas essentielles. Je trouverai de nouveaux moyens d'y répondre, mais pas avec une caméra. Je ferai prochainement une exposition à Amsterdam qui sera très importante car elle se fera sur 1300 m2. Je réfléchis toujours à plein de choses mais pas dans le cinéma".

Un Béla Tarr devenu réalisateur presque par accident: "j'ai reçu mon premier 8 millimètres comme cadeau d'anniversaire de mon père quand j'avais 14 ans. Je n'y ai pas touché pendant au moins deux ans, je ne voulais pas être réalisateur, je pensais que le cinéma était juste un moyen de changer le monde et je peux utiliser ce truc pour cela (Rires)"

"Je suis toujours un réalisateur car la mise en scène est une drogue, vous ne pouvez pas arrêter".

En 2012, Béla Tarr fonde à Sarajevo une école de cinéma "la Sarajevo film academy". Une expérience éphémère car l’établissement fermera ses portes le 15 décembre, pour des raisons financières - "ce programme est trop couteux, nous devons quitter Sarajevo et trouver un nouvel endroit ».

« Ce n'est pas une école, même si nous faisions partie d'une université, corrige son fondateur, c'est surtout un laboratoire. Bien sûr vous avez des cours théoriques, j'ai contacté de très bons historiens du film pour enseigner à mes étudiants. Ils doivent connaitre l'histoire du cinéma, mais c'est surtout un endroit où les gens peuvent se rencontrer, c'est ça qui m'a plu".

Ceux avec qui il a travaillé aussi se font un nom. L'an dernier son ancien second assistant, László Nemes, a remporté l'oscar du meilleur film étranger aux oscars 2016 pour "Le fils de Saul". "Je suis content quand mes anciens collaborateurs trouvent le succès. Même si je n'aime pas les oscars je suis content qu'il l'ait obtenu."

"J'aime aller dans des endroits où on peut voir des réalisateurs inconnus"

Béla Tarr était depuis longtemps courtisé par le festival du film de Marrakech "ils m'ont plusieurs fois contacté pour participer au jury mais j'avais d'autres obligations, le festival se déroule en période scolaire et je devais trouver dix jours libres" explique le réalisateur.

Une expérience de jury auquel le réalisateur hongrois est cependant habitué: "J'ai été président et membre de jury de plusieurs festivals. Je le fais quand j'ai le temps. J'aime aller dans des endroits où on peut voir des réalisateurs inconnus, où vous n'avez pas de grands noms et vous n'avez pas beaucoup de pression des grosses compagnies de distribution".

Malgré les nombreuses demandes du festival et son école de cinéma, le réalisateur admet ne pas être un fin connaisseur du cinéma marocain ou arabe en général. "Honnêtement je n'y connais presque rien au cinéma arabe. J'ai invité la programmatrice du festival du film de Toronto, qui est libanaise, à mon école pour donner un cours sur le cinéma arabe. Je n'ai pas pu y assister car je devais me faire opérer. Maintenant mes élèves s'y connaissent plus que moi!".

Des élèves dont la diversité fait la fierté du réalisateur "nous avions des élèves qui venaient du Japon, de la Corée, de l'Inde, Colombie, Mexique, Etats-Unis, France, Portugal, ils travaillent tous ensemble, se respectent et se comprennent, c'est génial. Nous avons une jeunesse globale et plus ce nationalisme provincial de merde!"

Ainsi le réalisateur hongrois ne cache pas son animosité pour le président hongrois nationaliste Viktor Orban, "Orban est la honte de la Hongrie, Trump est la honte des Etats-Unis et Mme Le Pen est la honte de la France !".

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