Les institutions religieuses, rempart à la radicalisation?

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MOSQUE HASSAN II
Moroccan women walk past the Hassan II mosque in Casablanca February 24, 2011. The minaret of the mosque is the highest in the world, standing at 210 metres (689 feet). REUTERS/Pascal Rossignol (MOROCCO - Tags: RELIGION IMAGES OF THE DAY) | Pascal Rossignol / Reuters
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EXTRÉMISME - La réponse de l’islam face au terrorisme et la radicalisation était au coeur de la troisième édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique qui s’est tenu les 5 et 6 décembre au Sénégal. Placée sous le thème "L'Afrique face à ses défis sécuritaires", la réunion a rassemblé des représentants de plusieurs pays, dont le Maroc qui a mis en avant ses initiatives en matière de lutte contre l’extrémisme religieux.

Face à la radicalisation, Macky Sall, le président sénégalais, a souligné l’importance de l’éducation, de la formation, de l’emploi, mais aussi "de la formation spirituelle". "Il n'y a pas de doute que l'extrémisme n’a aucune place en islam" a-t-il précisé, ajoutant que l’islam est la religion du juste milieu et que la lutte contre la radicalisation est l’affaire de tous: chefs coutumiers, familles, parents...

Le rôle des institutions religieuses était aussi au centre de la conférence "Quelle réponse doctrinale à l’extrémisme violent?". La Rabita Mohammadia des Oulémas a été présentée comme un succès par Elmostafa Rezrazi, directeur de l’observatoire marocain sur l’extrémisme. Avec ses 21 unités de recherche et ses 320 chercheurs, l’institution religieuse installée à Rabat participe, a expliqué l'expert marocain, au travail de fond qui doit être mené sur la littérature fondamentale créée par les courants djihadistes.

Déconstruire le discours
 extrémiste

"L’islam, pas plus que les autres religions, ne pousse à la violence", expliquait le 3 décembre lors d’un colloque à l’Université Internationale de Rabat (UIR), Asma Lamrabet, directrice du Centre d’études féminines en islam à la Rabita des Oulémas: "la violence n’est pas inhérente aux textes sacrés mais à la lecture que l’on en fait".
Pour ce médecin biologiste, on ne peut donc pas se contenter de dire "cela n’a rien à voir avec l’islam" et il faut reconnaître qu’il existe une "interprétation théologique idéologique d’une littérature normative islamique médiévale qui alimente le discours radical".

"On reprend le lexique de la tradition et on le dévoie, on l’instrumentalisme dans un objectif de violence, d’extrémisme et de radicalisme" explique-t-elle au HuffPost Maroc, en donnant l’exemple de la Hijra, l’exil, concept qu’on décontextualise: "Les tenants de l’idéologie extrémiste l’utilisent pour dire que c’est une obligation".
Pour Asma Lamrabet, "le lexique est dans notre tradition musulmane, c’est à ce niveau là qu’il faut travailler. Il y a eu un laisser aller, une pensée qui s’est sclérosée au fil des siècles. Si on ne commence pas avec la base, on ne pourra rien régler". Pour reprendre l’exemple de la hijra, "il faut la remettre dans son contexte". Même chose pour le jihad "qui est un effort sur soi".

Inscrire l’islam dans les valeurs de notre temps.

Ce travail en amont pour déconstruire et contrecarrer le discours radical se fait sur le long terme. Autre difficulté soulevée par la directrice du Centre d’études féminines en islam: "la majorité des institutions religieuses ont peur de la réforme car c’est pour eux l’occidentalisation, l’ouverture vers la liberté des moeurs, le risque de perdre son identité... Cette peur fait qu’on préfère rester dans le statu quo". "Le texte est là, il faut juste en faire une étude historique, anthropologique, sociale et théologique pour remettre les choses à leur place", insiste Asma Lamrabet.

Rachid Saadi plaide lui aussi pour ce "travail de réforme de la pensée islamique": "il faut aller sur une déconstruction du corpus scripturaire de l’islam, un travail de triage, de reconfiguration" expliquait ce professeur au centre régional des métiers d’éducation et de formation à Oujda, en marge du colloque sur les "Radicalités religieuses en Afrique" qui s’est tenu fin novembre à la bibliothèque nationale à Rabat.

Un travail nécessaire et complexe face à la "cohérence conceptuelle de l’Etat islamique" car souligne-t-il, "Daech a un visage inhumain mais une lecture cohérente de l’islam". Les institutions religieuses ont donc un rôle essentiel, conclut-il. Elles doivent "s’engager de manière stratégique sur le projet de la réforme de l’Islam" afin "d’inscrire l’islam dans les valeurs de notre temps".

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