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Qui est Bernard Cazeneuve, le nouveau premier ministre français?

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CAZENEUVE
French Interior Minister Bernard Cazeneuve leaves after a visit at the traditional Christkindelsmaerik (Christ Child market) in Strasbourg, France, November 26, 2016. REUTERS/Vincent Kessler | Vincent Kessler / Reuters
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REMANIEMENT - "Couteau suisse", "serpent Kaa", "Le Cardinal", "Le Professionnel"... les qualificatifs ne manquent pas pour désigner le nouveau premier ministre Bernard Cazeneuve."La nomination ce mardi 6 décembre de ce spécialiste des missions délicates et des remplacements au pied levé n'est qu'une demi-surprise": valeur sûre du quinquennat Hollande, il avait déjà succédé à Manuel Valls au ministère de l'Intérieur quand celui avait été nommé à Matignon.

L'ancien député-maire d'Evry étant parti faire campagne à la primaire de la gauche, François Hollande a opté pour le risque zéro en vue de le remplacer.

Même s'il ne cumulera les deux casquettes Matignon-Beauvau, la menace terroriste a, à l'évidence, primé dans la désignation du ministre de l'Intérieur sortant, remplacé par le hollandais Bruno Le Roux. "C'est le choix d'un premier ministre qui connaît très bien les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme qui sont les priorités de l'exécutif", souligne un proche du président. C'est aussi celui d'un responsable politique sans esbroufe, à la diction limpide et aux rares faux pas. Idéal pour expédier les affaires courantes d'ici le mois de mai prochain.

"La fermer et redresser la France"

Sa ligne, Bernard Cazeneuve la résumait d'une traite en 2014 alors qu'il débarquait place Beauvau: "Il faut la fermer et redresser la France, c'est-à-dire faire le job". Peu spectaculaire, cette attitude l'a pourtant immédiatement distingué de ses collègues forts en couacs.

Catalogué fabiusien, porte-parole effacé du candidat Hollande en 2012, en cinq ans, l'ancien maire de Cherbourg n'a cessé de progresser dans la hiérarchie gouvernementale au gré des crises. Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, son premier fait d'armes est une couleuvre taille anaconda: obtenir l'adoption par la majorité socialiste du Traité budgétaire européen que François Hollande s'était pourtant engagé à renégocier. Le vote est acquis mais marque aussi le début de la fronde. Cazeneuve "est matois, un peu comme le serpent du Livre de la jungle... Il vous enroule, vous susurre une douce mélopée à l'oreille", résume alors le frondeur Pascal Cherki.

Fort de ce bilan, il atterrit au Budget pour remplacer Jérôme Cahuzac dont l'affaire du compte en Suisse a fait trembler l'Elysée. La France découvre alors "le Cardinal", une élégance feutrée et une efficacité démontrée pour prendre en main les nouveaux dossiers qui lui échoient. Pour éteindre l'incendie Cahuzac, le gestionnaire redouble d'ardeur dans la lutte contre la fraude fiscale tout en tenant les cordons d'une bourse désespérément vide.

Bombardé au ministère de l'Intérieur après la dérouillée des municipales, c'est lui qui va devoir piloter la riposte anti-terroriste après les attentats de Charlie, du 13 novembre, de Nice... Un défi considérable dont il se sort avec les honneurs, en dépit des chausses-trappes posées par l'opposition qui salue aujourd'hui son "professionnalisme".

Un choix consensuel pour la fin du quinquennat

Car Bernard Cazeneuve, c'est aussi un choix politique consensuel au moment où le quinquennat touche à sa fin. Tandis que des personnalités plus à gauche ont été envisagées, comme Marisol Touraine (Santé) et Najat Vallaud-Belkacem (Education), l'ancien hôte de la place Beauvau a le mérite de faire (presque) l'unanimité, notamment à droite.

Idem chez les frondeurs et les macronistes qui ont salué sa nomination à Matignon où, il vrai, Manuel Valls ne s'est pas fait que des amis.

Seul le Front national a attaqué bille en tête celui que le parti d'extrême droite n'a cessé d'accuser de "laxisme" en matière de lutte anti-terroriste. Mais Bernard Cazeneuve a d'autres ennemis. Surnommé un temps le "député Cogema" en raison de sa proximité avec Areva, ses relations tendues avec les écologistes en font une cible privilégiée après la mort de Rémi Fraysse en octobre 2014. La responsabilité d'une grenade d'un gendarme lors d'une manifestation contre le barrage de Sivens engage alors celle du premier flic de France qui prend d'emblée la défense des forces de l'ordre. Attaqué par sa gauche, Bernard Cazeneuve manque de trébucher. Et pour la première fois, exprime des émotions.

"Je pense qu'au moment de la tragédie de Sivens, j'aurais dû être beaucoup plus dans l'expression de la tristesse que j'éprouvais. J'aurais dû dire l'émotion plus vite. Mais c'est une affaire de caractère", reconnaîtra-t-il plus tard.

Après Valls le sanguin, Cazeneuve l'animal à sang froid. Ironie du sort, celui qui devrait devenir le premier ministre le plus éphémère de la Ve République (sauf, qui sait, en cas de victoire de la gauche en 2017), avait prévu d'arrêter la politique à la fin du mandat du président de la République. Et n'avait jamais envisagé une telle promotion. "Moi premier ministre? C'est de la tarabistouille!", esquivait-il un an auparavant. Mais de nos jours, qui se risque encore à faire des pronostics?

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