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Après les propos de Tahar Ben Jelloun: Qui sont les électeurs du PJD?

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ELECTIONS MOROCCO
A voter casts his ballot at a polling station in Rabat, Morocco October 7, 2016. REUTERS/Youssef Boudlal | Youssef Boudlal / Reuters
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POLÉMIQUE - Les récents propos de Tahar Ben Jelloun, estimant que les Marocains qui ont voté pour le Parti justice et développement (PJD) ne sont "pas éduqués" ont créé la polémique. Ils posent aussi la question de savoir qui sont les électeurs du PJD. Faute de sondages sortis des urnes et de données précises, difficile de dresser le portrait précis de l'électeur PJD mais quelques spécialistes ont pu l'esquisser.

Le géographe David Goeury, enseignant-chercheur (Paris Sorbonne, lycée Descartes de Rabat) a analysé le vote pour le parti de la Lampe lors des législatives de 2011:
"On voit des caractéristiques communes dans les enquêtes sur l’électeur PJD, nous a expliqué avant le dernier scrutin ce spécialiste de la carte électorale marocaine: premièrement c’est un électeur qui a un niveau d’étude secondaire voir supérieur, qui a une intégration sociale plus importante que la moyenne des Marocains, c’est-à-dire qu'ils sont des salariés du public ou du privé, avec un niveau de revenus supérieurs à la médiane nationale. Ce sont souvent des individus qui ont aujourd’hui une quarantaine d’années et qui ont profité de la croissance économique marocaine des années 2000".

Des électeurs donc qui ont reçu une éducation. Et ont pu selon le chercheur, être influencés pendant leurs études: "Beaucoup des électeurs du PJD ont été sensibilisés aux idées du parti via le Mouvement unicité et réforme (MUR), mouvement de prédication très présent dans les universités marocaines et qui a su capter de jeunes étudiants, notamment quand il y a eu un recul important des syndicats, beaucoup plus proches de la gauche marocaine".

Une analyse qui fait écho à celle de Abdellah Tourabi, chercheur et chroniqueur politique marocain, interrogé par l'AFP à la veille du scrutin du 7 octobre: Dans les années 80, le discours de la gauche était "axé sur l'égalité sociale et la lutte contre l'absolutisme, était attractif, mais il a cessé de l'être. La gauche n'arrive plus à séduire sa clientèle historique et sa cible principale, c'est à dire les classes moyennes urbaines", décryptait le politologue. Et de souligner qu'"une autre force a pris la place aujourd'hui: le PJD".

David Goeury précise que "le profil de l’électeur PJD est un profil extrêmement minoritaire. Si on peut parler d’un électorat PJD, c’est du fait d’une abstention massive. Finalement le PJD, du fait de ses réseaux est un des rares partis à arriver à mobiliser des électeurs urbains. Sa victoire dans les circonscription urbaine est avant tout liée à la très forte abstention".

Pour avoir une vision juste des opinions politiques des Marocains, il ne faut pas seulement regarder les suffrages exprimés mais relativiser et tenir compte du nombre d'électeur en âge de voter. Ainsi, en 2011, sur environ 20 millions d'électeurs en âge de voter, 15 millions étaient inscrits sur les listes électorales et seuls 6,3 millions se sont effectivement déplacés pour aller voter. Au final, le PJD avait légèrement dépassé le million de voix, le premier parti étant le vote blanc ou nul avec 1,3 millions de voix. Donc conclut le géographe, "en fait, il ne faut pas confondre l’opinion des Marocains avec le vote PJD parce que ce n’est que 5% des votants potentiels. Il faut se méfier des généralisations car en fait 95% des personnes en âge de voter au Maroc en 2011 ne se sont pas exprimées pour le PJD! »

"Le peuple marocain est plein de sagesse"

Les propos tenus par l'écrivain "goncourisé" lors d'une conférence à Paris fin novembre ont suscité la colère du PJD: "Ben Jelloun a menti lorsqu'il a dit que les Marocains faisaient partie des peuples les plus analphabètes au monde", a réagi Najib Boulif, ex-ministre délégué chargé du Transport, dans un long statut publié dimanche sur sa page Facebook, estimant qu'il s'agit là de "propos de regrettables venant d'une personne qui s'estime cultivée".

L'auteur de "La Nuit sacrée" revendique dans Le360 le droit à la critique: "un grand nombre d’inscrits ne se sont pas déplacés pour voter. Ceux qui ont voté et donné une majorité relative aux gens du PJD ont fait un choix de société qui correspond probablement à leur culture politique. Il est aussi normal que ce choix, même s’il est majoritaire, puisse être critiqué et signalé comme allant dans le sens, non du progrès, mais de la régression".

"Le peuple marocain est plein de sagesse et de dignité" dit-il en préambule de cette tribune publiée lundi où il répète que "pour qu’il y ait une vraie démocratie au Maroc, il faut d’abord qu’on permette l’émergence de l’individu en tant qu’entité unique et singulière" et conclut à la nécessité de "réformer l’éducation ou d’améliorer l’état de la santé publique et d’enseigner à nos enfants les valeurs fondamentales du système démocratique. Celui qui permet à une société d’entrer dans la modernité".

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