Jusqu'où peuvent aller les relations maroco-nigérianes?

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MOHAMMED VI NIGERIA
Le roi Mohammed VI et le vice-président nigérian, M. Yemi Osinbajo | MAP
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DIPLOMATIE - Depuis hier, jeudi 1er décembre, le roi Mohammed VI est en visite officielle au Nigéria, la première du genre depuis son intronisation. Objectif: développer des relations avec ce pays de manière à pousser les responsables nigérians à mettre en balance leurs intérêts entre le Maroc et d'autres pays.

En nommant Moha Ouali Tagma à la tête de son ambassade au Nigeria, le Maroc place une pièce maîtresse de sa diplomatie à Abuja. Ancien directeur des Affaires africaines au ministère des Affaires étrangères, ex-ambassadeur du royaume à Dakar, Moha Ouali Tagma est l'un des artisans de la nouvelle stratégie du Maroc en Afrique, et cumule une expérience de 35 années dans la diplomatie.

Des relations anciennes

Le Maroc fait partie des premiers pays à avoir reconnu et établi les relations diplomatiques avec le Nigeria. Dès l’année 1960, année de l’indépendance du Nigeria, le Maroc a ouvert une ambassade à Lagos, qui était la capitale de l’époque "et les relations entre les deux pays furent marquées au sceau de la solidarité, du rapprochement et de l’engagement commun en faveur du droit à l’émancipation, au développement à la paix et au respect de l’intégrité territoriale", rappelait Mustapha Cherkaoui, ancien ambassadeur du royaume au Nigéria, lors d'un colloque de l'Institut royal des études stratégiques (IRES) sur les relations maroco-nigérianes.

Lorsque le Nigéria a reconnu, en 1984, la RASD proclamée par le Polisario, le Maroc n'a pas rompu ses relations diplomatiques avec ce pays qui, à l'époque, était dirigé par Muhammadu Buhari. À la tête du Nigeria entre 1983 et 1985 à la suite d'un coup d'État, trente ans plus tard, Buhari a été élu président en mai 2015 avec 53,9% des voix.

Potentiel de la coopération maroco-nigériane

Cela étant dit, les relations maroco-nigérianes sont loin de leur potentiel. Pays le plus peuplé d’Afrique, premier producteur pétrolier du continent, la place du Nigéria en Afrique fait qu'il ne peut être écarté de la stratégie africaine du Maroc, notamment en raison de son poids au sein de l'Union africaine (UA).

Il y a quelques mois, l'ancien ambassadeur du Maroc au Nigéria Mustapha Bouh avait rencontré Aminu Tambuwal, gouverneur de l'Etat de Sokoto, l'un des 36 Etats de la république fédérale du Nigeria, afin de renforcer la coopération entre le Maroc et le Sokoto, et a adressé une invitation à Aminu Tambuwal ainsi qu'au sultan de Sokoto Muhammad Saad Abubakar, considéré comme la première autorité religieuse du pays, pour qu'ils visitent le royaume.

Fondé en 1803 par cheikh Usman dan Fodio avec l’appui du sultan et des oulémas du Maroc, "il y a lieu de rappeler que, lors de l’avénement de l’empire chérifien d’une part, et les califats de Sokoto et de Borno d’autre part, les deux pays avaient des frontières communes à une certaine époque", note Mustapha Cherkaoui. Réactivant ses liens avec le Sokoto, le Maroc joue la carte de la coopération économique et religieuse.

Un volet non-négligeable des relations maroco-nigérianes est celui de la coopération religieuse. Car "l’islam s’est introduit au Nigéria par le Maroc et les oulémas marocains", rappelle Mustapha Cherkaoui, qui relève qu'"on retrouve encore la même écriture arabe qui est utilisée au Maroc et la lecture du Coran est celle en cours ici, Al Warch en l'occurrence". Face à Boko Haram, les autorités nigérianes se rendent compte que la réponse ne devrait pas être que sécuritaire, mais également religieuse.

"La nomination d’un conseiller pour les affaires religieuses près l’ambassade du royaume du Maroc à Abuja s’impose plus que jamais compte tenu de l’importance de la communauté musulmane au Nigéria, parmi laquelle les membres de la Tariqa Tijani", qui "occupe une place importante au Nigéria puisque le nombre des Tijanis est estimé à environ 30 millions d’adeptes", note Mustapha Cherkaoui, qui relève qu'il "ne faut pas non plus oublier la Tariqa Qadiria qui n’est pas négligeable, et dont les appels aux autorités nigérianes pour qu’elles changent leur position vis-à-vis du Maroc, ont été souvent lancés".

Du religieux à l'économique

Les relations économique entre les deux pays, si elles se portent relativement bien, doivent être développées. Pour les exportations marocaines en Afrique subsaharienne, le Nigéria n'arrive qu'en quatrième position, avec 8,4%, tandis qu'en matière d'importations marocaines en provenance des pays de l’Afrique subsaharienne, le Nigéria occupe la deuxième position des fournisseurs du Maroc, avec 14%, selon les chiffres du ministère de l'Economie et des finances.

Il faut dire que la diplomatie économique du royaume, loin de jouer un rôle de supplétif à sa diplomatie politique ou religieuse, opère des rapprochements vis-à-vis des pays avec lesquels le royaume n'entretient que des relations distantes, voire tendues, en faisant de la coopération économique une base à partir de laquelle construire une normalisation diplomatique.

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