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Exclusif: Les détails du plan de restructuration du RNI

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AKHANNOUCH
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PARTIS POLITIQUES - Au moment où le ministre de l'Agriculture Aziz Akhannouch a repris le flambeau du Rassemblement national des indépendants (RNI), il a hérité d'un dossier dont il a fait mention dimanche 27 novembre, lors d'une rencontre à Tanger: celui de la restructuration du parti.

C'est un chantier à maintes reprises évoqué au sein du RNI, mené par à-coups puis soudain laissé en jachère. C'est aussi un chantier qui a fait l'objet d'un document de diagnostic élaboré durant la pré-campagne électorale. Distribué aux membres du bureau politique du parti, le document a été débattu et discuté, et le bureau politique du parti a abouti à un consensus: le RNI doit être restructuré.

Après la démission de Salaheddine Mezouar et l'arrivée de Aziz Akhannouch, ce dernier a décidé de prioriser ce chantier. Les défis qui l'attendent sont nombreux: la structuration régionale, la construction des organisations parallèles, la consécration de la transparence en interne et la mise en place d'une base de données, ou encore l'optimisation des recrutements.

Ce qui a longtemps bloqué Salaheddine Mezouar, c'est qu'il était l'otage de son manque de fonds propres

Akhannouch pourra-t-il mener à bien la réforme du RNI? "Il le peut. C'est une personne qui sait insuffler une dynamique, qui dispose d'une légitimité, de la confiance des membres du parti ainsi que d'une grande marge de manoeuvre", dixit une source au sein du RNI. Mais ce qui plaide surtout en faveur de Aziz Akhannouch, c'est le fait qu'il "dispose des moyens et des ressources financières nécessaires. Ce qui a longtemps bloqué Salaheddine Mezouar, c'est qu'il était l'otage de son manque de fonds propres, et donc l'otage des notables du parti. Pour mener une politique ou des actions, il était dépendant des dons et des financements qu'apportaient les notables. Là, cette problématique ne se posera plus, et la dépendance vis-à-vis des notabilités et des barons du parti n'aura plus lieu d'être avec Aziz Akhannouch", estime notre interlocuteur.

Fonctionnement archaïque des coordinations régionales

Le diagnostic, élaboré en amont des élections, arrive à plusieurs conclusions. La première, c'est que le parti n'est pas assez institutionnalisé. "Nous sommes dans un fonctionnement où les coordinateurs régionaux travaillent de manière assez archaïque, puisqu'ils n'ont pas de bases de données", confie une source au RNI.

"Nous avons des membres qui militent depuis des années au sein du parti mais qui ne disposent pas d'une carte d'adhérent. Cela pose problème puisqu'on ne peut pas les contacter, il n'y a que les coordinateurs régionaux qui les connaissent".

Ce qui pose, d'abord, un problème de communication: "Ces militants ne sont pas accessibles et le président ne peut pas s'adresser à eux par mail, par SMS, ou en les appelant directement. Le seul canal de communication que le président a, c'est le coordinateur local. Quand il se déplace dans une région donnée, le président du parti est dépendant du coordinateur, pour pouvoir accéder à ses troupes".

Cette opacité autour des adhérents et des militants du parti pose un autre problème, de nature financière cette fois: "Imaginons qu'à Rabat-Agdal, nous ayons 1.000 militants. Seuls 100 d'entre eux possèdent leurs cartes, ce qui constitue un énorme manque à gagner en termes d'acquittements de frais d'adhésion."

Absence d'organisations parallèles

L'autre problème relevé dans le document est l'absence d'organisations parallèles, tel que les jeunesses ou l'organisation féminine. Alors que le nom du jeune parlementaire RNI Badr Tahiri était évoqué --et continue d'être évoqué-- par la presse, qui croit savoir qu'il est pressenti pour prendre la tête des jeunesses du parti, c'est un membre du bureau politique du RNI, Younes Abchir en l'occurrence, qui a été chargé de constituer la chabiba du parti... il y a cinq ans de cela. "Mais elle n'est toujours pas sortie des tiroirs du bureau politique", constate notre source.

"Les organisations parallèles jouent à la fois un rôle de dynamo pour le parti, mais contribuent aussi, fortement, à l'encadrement et à la formation", estime notre interlocuteur, pour qui leur absence "est fortement préjudiciable pour le parti".

Formation des cadres et renforcement des capacités des militants

Une autre problématique posée dans le document est celle de "la formation des cadres, du renforcement de leurs capacités. Ce sont des choses qui ne sont pas institutionnalisées au sein du parti. Il y a des régions qui s'y attellent, tandis que d'autres ne le font pas. Au niveau central en revanche, il y a une politique de formation et de renforcement des capacités des militants et des cadres", révèle notre interlocuteur.

Les cadres du RNI n'ont pas d'apport significatif à la construction du parti et à la réflexion à l'intérieur de celui-ci

Car si le RNI est souvent considéré comme un vivier de cadres et de compétences, "il ne les met pas à profit. C'est le fait qu'ils aient dirigé des administrations qui fait que beaucoup de collaborateurs ministériels soient RNIstes. Idem pour nombre de directeurs centraux d'administrations, et même des secrétaires généraux de ministères, qui sont membre du parti", selon notre interlocuteur, qui rapporte que l'un des constats auquel arrive le diagnostic, c'est que ces cadres "n'ont pas d'apport significatif à la construction du parti et à la réflexion à l'intérieur de celui-ci. Ce sont des gens qui s'identifient au RNI, mais qui n'apportent rien au parti. Ils mettent leur expertise au profit de leur ministère ou de leur administration, mais pas au profit du RNI".

Selon notre interlocuteur, le problème est, en réalité, plus profond: "Le RNI est un parti électoraliste, construit autour de notabilités. Une fois les élections gagnées, on nomme des ministres qui travaillent avec des cadres du RNI, mais jamais le parti ne tire bénéfice de la réflexion et l'intelligence collective que peuvent avoir ces cadres".

Optimisation des recrutements et communication

Autre problème relevé dans le document de diagnostic, celui du recrutement, qu'il faudra optimiser. "Le problème qui se pose chez nous, comme au sein d'autres formations politiques, c'est qu'une fois que l'on recrute un militant, il ne sait pas ce qu'il va faire. Il n'y a pas de structures internes où il va pouvoir agir et proposer", rapporte notre interlocuteur. L'idée proposée, c'est que soit mise en place "une stratégie d'accompagnement des nouveaux adhérents, qui seront nombreux à intégrer le parti après la nomination de Aziz Akhannouch. Déjà, nous avons beaucoup de cadres et de jeunes diplômés qui adhèrent aujourd'hui".

Le RNI est enferré dans une sorte de pudeur

Puis vient la communication du parti. "C'est là où le bât blesse", se désole notre source, pour qui "nombre de partis ne font rien mais communiquent beaucoup, ce qui leur permet d'avoir une présence, tandis que le RNI, qui a des résultats tangibles et concrets, que ce soit au niveau des villes et des régions qu'il dirige, ou des départements ministériels qu'il a à sa charge, ne communique pas, estimant que son travail parle de lui-même". Pour lui, le RNI est "enferré dans une sorte de pudeur qui lui fait considérer que communiquer équivaut à s'exposer et à déranger, alors que la communication est tout à fait normale".

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