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Quand le roi Mohammed VI se prête au jeu des questions-réponses

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MOHAMMED VI
Quand le roi Mohammed VI se prête au jeu des questions-réponses | MAP
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INTERVIEWS - Récemment, le roi Mohammed VI a accordé une interview à des supports de presse malgaches. Depuis son intronisation, le souverain n'a accordé que quelques rares interviews à la presse, la dernière remontant à une dizaine d'années. Extraits choisis des interviews accordées par Mohammed VI à la presse

En 2001, le roi a accordé une interview au magazine Paris Match. "Les attentats du 11 septembre ont provoqué un choc dans l'opinion mondiale. Qu'avez-vous ressenti devant ces images d'apocalypse?", demande le journaliste.

Réponse du jeune Mohammed VI: "Plus j'y pense, plus j'éprouve horreur et répulsion. Au moment précis du drame, j'étais en visite d'Etat à Nouakchott, en Mauritanie. Il y avait une tempête de sable, je ne pouvais donc pas bouger de ma résidence. J'ai reçu un coup de fil me disant de regarder la télévision et, là, en direct, j'ai découvert ce qui se passait. Je n'aurais jamais pu imaginer que l'on puisse arriver à une telle négation de soi, de sa foi, de la vie. Se suicider pour tuer des milliers d'innocents, ça donne une toute autre dimension à cette tragédie".

"Ceux qui ont commis ces actes n'ont pas le droit de se dire musulmans. l'Islam, c'est la vie. Le suicide, c'est la négation, l'antithèse de l'Islam", martèle le roi.

Et le journaliste de rebondir: "craignez-vous que certains, dans le monde, fassent l'amalgame entre Islam et terrorisme?"

"Tous les Afghans ne sont pas Talibans, tous les Talibans ne sont pas Afghans, tous les Afghans ne sont pas islamistes, mais ils sont tous musulmans... C'est une réalité compliquée, mais il faut qu'en Occident on accepte de comprendre et de vivre cette complexité. S'il y a un risque d'amalgame, c'est d'abord par ignorance", répond le roi.

"Un travail de pédagogie réciproque pour privilégier le dialogue"

Dans la même interview, le journaliste rapporte qu'un "jeune Maghrébin de la banlieue parisienne disait l'autre jour: 'nous sommes assignés à résidence dans notre origine'." Et de demander au roi: "la communauté marocaine est importante en France. La sentez-vous troublée, inquiète?"

Réponse du roi: "Ce jeune homme aurait pu prononcer cette phrase il y a quelques mois ou quelques années, elle aurait eu la même intensité. C'est une phrase intemporelle, révélatrice du malaise de nombreux jeunes Maghrébins en France, dont je mesure l'inquiétude et le désarroi."

Pour Mohammed VI, "nous avons là un énorme travail de pédagogie réciproque pour privilégier le dialogue, rassurer ces jeunes et ces moins jeunes qui ne se reconnaissent plus dans le regard des autres. Ils y voient plus de suspicion que de compréhension, plus de rejet que de générosité. Il nous faut reconstruire et conforter ce fil qui doit privilégier le respect mutuel".

"Nous ne voulons pas que l'Europe nous assiste"

En juin 2000, en marge d'une visite officielle au Etats-unis, le roi a accordé une interview à Scott MacLeod, directeur de bureau de Time au Caire.

Quand ce dernier l'a questionné sur "comment l'Europe peut aider le Maroc", le souverain a répondu que "nous ne voulons pas que l'Europe nous assiste. Nous ne voulons pas que l'Europe nous donne des miettes. Tout ce que nous demandons. c'est que l'Europe traite avec nous en tant que partenaires. Aussi longtemps que le Maroc se sentira lésé, une nouvelle approche restera d'actualité. A chaque fois qu'un Etat du Nord de la Méditerranée regarde vers un pays des côtes du Sud, il y voit automatiquement une menace potentielle. Bien sûr, il y a eu des événements qui ont causé des tracas au Nord mais une certaine incompréhension a toujours dominé".

"Même un roi ne peut pas agir en solitaire"

Deux ans après son accession au trône, le souverain a donné une interview au quotidien français Le Figaro, réalisée par le directeur adjoint de la rédaction, Charles Lambroschini. "Êtes-vous au diapason des attentes de l’opinion marocaine?", le questionne ce dernier.

"C’est justement ce qui m’importe", répond le souverain. "Ce que je retiens, c’est le regard que l’immense majorité des Marocains portent sur mon action. Ce regard converge avec le mien pour constater que la tâche est à la fois immense et exaltante. Ensemble, nous voulons affiner l’espace démocratique le plus complet. Nous voulons aussi que cette démocratie soit celle du mieux-être. La démocratie d’un pays qui a fait le choix d’un rééquilibrage social fondé sur la croissance mais aussi sur le réalisme et l’équité. Cette vision, celle de la raison, est bien comprise par les Marocains. Eux savent où va le Maroc".

Dans la même interview, le journaliste demande au monarque quelle définition politique donne-t-il d'une monarchie qui ne se veut ni absolue ni parlementaire.

Réponse du roi: "il est impossible de comparer ce qui n’est pas comparable. On n’a pas arrêté, par exemple, de faire le parallèle entre ma personne et celle du roi Juan Carlos. Je le respecte et je l’aime beaucoup mais la monarchie espagnole n’a rien à voir avec la monarchie marocaine. Les Marocains n’ont jamais ressemblé à personne et ils ne demandent pas aux autres de leur ressembler. Les Marocains veulent une monarchie forte, démocratique et exécutive. Notre monarchie est constitutionnelle avec un texte fondamental datant de 1962 qui avait été élaboré en étroite concertation avec les formations politiques de l’époque. Mais, chez nous, le roi ne se contente pas de régner. Je règne et je travaille avec mon gouvernement dans un cadre constitutionnel clair qui définit la responsabilité de chacun. Il n’y a aucune ambiguïté et aucun complexe dans ce que je suis en train de vous dire. Depuis treize siècles que dure la monarchie marocaine, nous avons évolué dans ce cadre et les Marocains le veulent ainsi.

"Vous ne gouvernez pas seul toutefois", rebondit le journaliste.

Et le roi de répondre: "Dans le monde moderne, même un roi ne peut pas agir en solitaire. De plus, cela ne correspond ni à mon goût personnel ni à ma philosophie. Je travaille en équipe. Je m’entoure. J’ai des conseillers qui me donnent leurs avis en toute franchise. J’ai confiance en eux et ils ont confiance en moi. Cela dit, je ne m’appuie jamais sur le jugement d’une seule personne. J’ai peut-être tendance à demander un trop grand nombre d’avis. Mais je ne veux surtout pas faire l’erreur de fonder ma décision sur un point de vue unique, sur l’opinion d’une seule personne".

"Je suis le premier serviteur des Marocains"

Durant les premières années de son règne, le roi a accordé une interview au quotidien arabe Asharq Al-Awsat. À la question du journaliste, qui lui demandait s'il était "satisfait du bilan de la période écoulé" après "presque deux années (...) aux commandes", le souverain a répondu:"Satisfait, non. car s'agissant de mon pays, rien n'est jamais assez et rien n'est suffisamment bien fait. l'ambition qui m'anime et la volonté qui m'habite sont celles de faire mieux et de pouvoir donner davantage. En tant que roi, je suis le premier serviteur des Marocains. Mon père, que Dieu ait son âme, nous a appris, dès notre jeune âge, à nous mettre à la disposition de tous les Marocains, et Dieu, le tout puissant, va m'aider à assumer cette responsabilité au mieux des intérêts du Maroc."

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