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Avec Donald Trump et sans Fidel Castro, quel avenir pour le processus de réconciliation entre Cuba et les États-Unis?

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Avec Donald Trump et sans Fidel Castro, quel avenir pour le processus de réconciliation entre Cuba et les États-Unis? | Associated Press
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INTERNATIONAL - Avec Barack Obama sur le départ et Fidel Castro décédé, quel avenir pour le processus de réconciliation diplomatique initié en décembre 2014 entre les deux pays? D'ici peu, la réconciliation reposera entre les mains inexpérimentées de Donald Trump et de celles de Raul Castro, pour la première fois véritablement seul au pouvoir. Et l'un comme l'autre ne sont pas très prolixes sur la question.

Côté cubain, le risque semble modéré. Bien que largement influencé par son frère, dont il a toujours été dans l'ombre, Raul Castro en personne a acté le début de la réconciliation américaine avec Barack Obama. Les deux hommes se sont rencontrés à trois reprises depuis décembre 2014, et rien n'indique que la mort de Fidel Castro devrait remettre en question l'ouverture, en tout cas côté cubain. Lors des premiers rapprochements entre Etats-Unis et Cuba, l'ancien dirigeant avait gardé le silence, sans s'interposer ni se féliciter de la réconciliation amorcée.

De nombreux experts prédisent "le début d'une nouvelle ère" pour l'île. Au pouvoir depuis 2006, Raul Castro s'est plusieurs fois distingué de la ligne dure de son frère, notamment sur les questions économiques. Ses réformes, bien que trop lentes au goût de certains, ont ainsi permis la transformation d'entreprises publiques en coopératives privées ou la possibilité de travailler pour des prestataires privés. Une politique que n'a jamais commenté Fidel et qui laisse présager la poursuite d'une ouverture progressive mais certaine.



Trump, pro ou anti-rapprochement?

Côté américain en revanche, le flou reste complet. Plusieurs heures après l'annonce de la mort de Fidel Castro, Donald Trump, que l'on connaît virulent sur les réseaux sociaux, s'est contenté d'un laconique "Fidel Castro est mort!". Dans ce message, ni hommage ni joie, mais une simple constatation qui ne fait que jeter davantage de mystère sur les relations que souhaite entretenir le président élu avec l'île de la Caraïbe.

Bien avant de devenir le nouveau président-élu des Etats-Unis, Donald Trump, en tant qu'homme d'affaires à succès, avait déjà donné son avis sur la politique castriste. Dans un éditorial paru en 1999 dans le Miami Herald, le magnat de l'immobilier avait déclaré qu'un investissement de sa part sur l'île "subventionnerait directement l'oppression du peuple cubain."

Une position très critique qui s'est légèrement édulcorée au fil des années, notamment lors des campagnes pour l'investiture républicaine et l'élection présidentielle. Ainsi, en mars 2016, il déclarait à l'antenne de CNN qu'il poursuivrait certainement le processus de normalisation entre les deux pays, à certaines conditions. "Je veux de meilleurs accords que ceux que nous faisons actuellement", avait-il souligné, avant de préciser quelques mois plus tard que l'accord signé par Obama était "faible" et qu'il "n'apportait rien" ni aux Américains, ni aux Cubains.

Cette précision n'est pas sans importance. En septembre dernier, à quelques semaines du scrutin décisif, Donald Trump avait réaffirmé sa position et donné un bref aperçu de ce que pouvaient devenir les relations américano-cubaines.

"Toutes les concessions que Barack Obama a faites au régime de Castro l'ont été à travers des ordonnances présidentielles, ce qui signifie que le prochain président peut revenir dessus et je le ferai sauf si le régime de Castro répond à nos demandes, pas mes demandes, nos demandes", avait-il déclaré avant de préciser que ces demandes porteraient "sur les libertés religieuses et politiques pour le peuple cubain et la libération des prisonniers politiques".

Immigration, tourisme et... économie

Alors Donald Trump peut-il effacer, d'un coup de baguette magique, plusieurs années d'efforts diplomatiques? La réponse est oui, bien que les experts se divisent sur la rapidité d'un tel processus. En effet, si les décisions de Barack Obama ont été promulguées à travers des ordonnances présidentielles, elles sont quand même après coup actées par les départements concernés, à savoir le Trésor, les Transports et le Commerce.

"Les changements réglementaires faits par Obama peuvent être renversés assez rapidement", explique William LeoGrande, professeur à l'American University et co-auteur du libre "Back Channel to Cuba" sur le site ABC News. "Trump pourrait l'ordonner dès son premier jour, mais cela prendrait quelques semaines au département du Trésor pour réécrire les règles."

Premier secteur potentiellement concerné par un éventuel virage: le tourisme. En 1962, l'embargo américain interdisait tous voyages entre les Etats-Unis et Cuba. Cette politique, allégée dans un premier temps par Bill Clinton, est désormais presque caduque, depuis que Barack Obama a autorisé les voyageurs à se rendre d'un pays à l'autre sans autorisation spéciale. Donald Trump, tout comme George W. Bush l'avait fait en son temps, pourrait revenir sur cette décision, et annuler la simplification des voyages entre les deux pays.

La question de l'immigration, et la politique du "wet foot, dry foot" instaurée en 1995 pourrait elle aussi être balayée. Elle permet à tous les Cubains qui atteignent le sol américain par la mer de bénéficier d'un accès rapide à une résidence permanente. Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration son cheval de bataille, pourrait également se retrouver face à une question migratoire non plus mexicaine, mais cubaine.

Reste encore la question, cruciale, de l'économie. Sur ce sujet, l'homme d'affaire Donald Trump pourrait voir les choses sous un autre angle. Le territoire cubain ne lui est pas totalement inconnu, à en croire les accusations de violation de l'embargo qui ont surgi dans la presse pendant la campagne. Investir dans l'île encore vierge de Fidel Castro pourrait donc être une option intéressante, pour Trump, comme pour les investisseurs américains qui surveillent de près l'évolution de la situation.

Amis ou ennemis?

Donald Trump, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, a déclaré qu'il était pour l'instant opposé à la suppression de l'embargo financier et commercial imposé à l'île depuis 1962. Sa levée dépend du Congrès qui, contrôlé par les Républicains, y est également opposé.

Dans un communiqué mis en ligne dans la journée du 26 novembre, il a évoqué la mort "d'un dictateur brutal qui a oppressé son peuple pendant près de six décennies." Il a également déclaré que l'administration américaine "fera tout son possible pour s'assurer que le peuple cubain puisse finalement commencer son voyage vers la prospérité et la liberté."

De son côté, après la victoire de Donald Trump, Raul Castro avait félicité le président nouvellement élu, comme le veut l'usage. Toutefois, dès le lendemain, le gouvernement cubain avait annoncé dans la presse d'Etat la tenue, la semaine suivante d'exercices militaires "stratégiques" à l'échelle nationale visant à faire face à une éventuelle invasion, sans toutefois faire explicitement le lien avec l'élection de Donald Trump.

La position des deux dirigeants, qui ne se sont jamais rencontrés officiellement, reste donc incertaine, tout comme l'avenir du processus de réconciliation, qui devait marquer la fin de 50 ans de brouille internationale.

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