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Les femmes, cette minorité (pas) comme les autres

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WOMAN VIOLENCE
Javiera Paz González, seventeen-year-old amateur boxer from the School of Carlos "Látigo" Uribe, holds in her hands a sign saying "No to violence" on the International Day of Non-Violence Against Women in Osorno, Chile on 24 November 2016. (Photo by Fernando Lavoz/NurPhoto via Getty Images) | NurPhoto via Getty Images
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"En France, un homme noir meurt sous les coups d'un homme blanc tous les trois jours". Choquant, non?

Dieu merci ce n'est pas le cas. Personne n'oserait imaginer une telle barbarie dans notre beau pays. En revanche, en France, une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les trois jours*. Et ça c'est la réalité. Pourtant personne ne semble vraiment s'en offusquer.

Au concours de la minorité la plus malmenée, les femmes gagnent haut la main. En plus d'être considérées comme des sous hommes par certains, elles peuvent cumuler les discriminations en étant elles aussi noires, juives, musulmanes, roms ou encore homosexuelles. Mais là où l'ironie atteint son apogée c'est qu'elles ne sont même pas une vraie minorité : 52 % de la population mondiale ! Les femmes sont donc la seule minorité majoritaire. Notre monde ne tourne pas rond.

Pour preuve, Trump a été élu. Trump pour qui les femmes doivent être attrapées par "la chatte" ! Le pire, c'est que des femmes ont voté pour lui. Pauvres Simone ! Hé oui, la connerie et le désespoir ne sont pas réservés qu'aux hommes... Il existe hélas des femmes misogynes. Est-ce simplement de la résignation, de l'ignorance ou de la peur ? Peur de ne pas être aimées des hommes, peur d'être traitées de « Féministes ».

C'est-à-dire d'aigries, de castratrices, de mal-baisées. Bref, d'hystériques anti-mec. Voilà une définition du féminisme longtemps véhiculée par la société patriarcale, les médias, mes potes et moi-même. Je l'avoue. Jusqu'au jour où j'ai grandi et où j'ai réalisé que bon nombre de mes problèmes venaient du simple fait que j'étais une fille. Lors de l'écriture de mon spectacle, mon inquiétude s'est confirmée en m'intéressant de plus près à la condition des femmes dans le monde. J'ai alors découvert des chiffres, des images et des lois innommables, qui remueraient les tripes de n'importe quelle personne dotée d'un cœur et d'un cerveau.

Neuf pays pratiquent aujourd'hui la mort des femmes par lapidation : le Nigéria, l'Arabie Saoudite, le Soudan, l'Afghanistan, le Pakistan, les Emirats arabes Unis, le Yémen, l'Iran et le Népal. En Inde, il y aurait chaque jour une femme victime d''attaque à l'acide soit 365 femmes défigurées par an.

Dans le monde, il y a eu en 2016 des milliers de petites filles non scolarisées, mariées de force ou qui n'ont pas été soignées simplement parce que ce sont des femmes. Sans compter l'esclavage sexuel, notamment des femmes Yésidies par l'EI.

Mais la France n'est pas en reste. Dans le pays des droits de l'homme 216 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles chaque année, 84 000 sont violées et 53 000 subissent des mutilations sexuelles. Oui oui, en France. Une femme sur 5 est victimes de viol**. Toutes ces violences semblant sorties tout droit d'un épisode de Game of Thrones sont bien réelles. Et toujours d'actualité.

Mais les violences ne sont pas seulement physiques, elles sont aussi psychologiques, que ce soit dans les publicités, les relations conjugales ou encore le monde du travail. Après le harcèlement et les inégalités salariales (les françaises gagnent en moyenne 23,5% de moins que les français***), place à la discrimination "positive".

Le lot de toute minorité me direz-vous. Combien de fois ai-je entendu dans mon métier qu'une équipe devait recruter "une fille". Comme il y a "l'arabe de service", il y a donc la "femme de service" ! Le pire c'est qu'on lui demande souvent d'écrire ou de jouer davantage "comme une fille". Euh... c'est-à-dire ? Plus bête ? Plus cucul ? Plus concon ? Plus conforme ?... Moins libre ?

Comme toute minorité la libération des femmes passe d'abord par la solidarité entre elles, tout en invitant les hommes à les comprendre, à prendre conscience, et à se battre avec elles. Car oui il est question de combat. Tout comme le racisme, l'antisémitisme ou l'homophobie, le sexisme est à combattre. Dans une quête de justice et de vivre ensemble. Plus que de féminisme il s'agit ici d'humanisme, où les hommes sont plus que jamais nécessaires.

C'est d'ailleurs amusant comme toutes les auteures-comédiennes de ma génération qui prennent la parole sont souvent qualifiées de féministes, tout simplement parce qu'elles osent s'exprimer ou écrire des rôles inhabituellement proposés aux femmes. J'ose croire qu'une prise de position est en train de s'affirmer... Et pour ceux qui en auraient marre de lire des articles sur la condition des femmes, je ne peux que vous comprendre. En 2016 être une femme devrait être un non sujet. Malheureusement c'est un sujet. C'est bien ça le problème. Mais mieux vaut être une femme sujet qu'une femme objet, non ?

* Source : site du Ministère de l'Intérieur français

** Source : site du Ministère des familles, de l'enfance et des droits des femmes.

*** Source : site de l'Observatoire des inégalités.

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