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Les oulémas du Maroc veulent déconstruire le discours jihadiste

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ABADI
Ahmed Abbadi, le secrétaire général de la Rabita Mohammedia des oulémas | DR
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EXTRÉMISME - Déconstruire le discours de haine et de violence des extrémistes musulmans. C'est l'objectif principal d'une série d'études rendue publique mardi, par la Rabita Mohammedia des oulémas, l'une des principale organisations d'oulémas au Maroc.

Ces "cahiers scientifiques", mis en ligne sur le site web de la ligue, proposent des définitions de plusieurs "concepts centraux à caractère religieux auxquels se réfèrent les groupes extrémistes", dont Daech, comme le jihad, la guerre sainte ou encore la jizia (un impôt qui était appliqué aux non-musulmans).

Ces concepts sont déformés par les partisans de l'extrémisme et du terrorisme pour bâtir leurs discours de haine et justifier les campagnes de violence menées au nom de l'islam.

Une "approche intégrée"

Pour y remédier, la ligue veut rapprocher ces concepts du grand public et clarifier la véritable position de l'islam à leur égard.

"Il est nécessaire de comprendre et d'analyser le discours de l'Etat islamique, qui instrumentalise le coran et la sunna, et s'articule autour des idéaux de l'unité du califat. (...) Ainsi nous pourrons mieux déconstruire ce discours", a expliqué le secrétaire général de la ligue, Ahmed Abbadi, à l'AFP.

Pour le responsable, une "approche intégrée, avec un travail sécuritaire à l'école et dans les médias" est nécessaire.

Pour un islam tolérant

La religion fait partie des piliers de la diplomatie marocaine en Afrique et dans le monde. Ces dernières années, le pays prône un islam moderne et tolérant à travers notamment la formation d'imams et d'oulémas du continent.

En juin dernier, le roi Mohammed VI avait présidé, à la mosquée Al Qaraouiyine à Fès, la cérémonie d’installation des membres du Conseil supérieur de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains. Une fondation destinée à "unifier et coordonner les efforts des oulémas musulmans au Maroc et dans les autres États africains" afin de "faire connaître les valeurs de l'islam tolérant".

"À ce jour, seul le Maroc offre un modèle de formation à l'islam dit du juste milieu, considéré comme alternatif à l'approche puriste et dogmatique prônée par des groupes jihadistes et quelques centres d'influence au Moyen-Orient", estimait le ministre du Tourisme Lahcen Haddad, dans une tribune publiée le même mois chez Le HuffPost.

Dans sa promotion d'un "islam du juste milieu", le Maroc a su nouer des liens religieux avec les pays d’Afrique de l'Ouest. Une collaboration qui vise à créer un bloc face à ceux qui font la promotion d’une lecture radicale de l’islam.

Sur le plan sécuritaire, les autorités marocaines annoncent régulièrement le démantèlement de cellules liées à Daech. Plusieurs recruteurs présumés pour le groupe extrémiste ont également été arrêtés ces derniers mois.

"Une réfutation personnelle du totalitarisme religieux"

En mars 2006, soit trois ans après les attentats de Casablanca qui ont fait 41 morts et une centaine de blessés, l'essayiste et romancier marocain Fouad Laroui sortait un livre intitulé "De l'islamisme, une réfutation personnelle du totalitarisme religieux".

Avec cet ouvrage, paru aux éditions Robert Laffont, l'auteur a voulu "détourner les jeunes de la tentation islamiste ou jihadiste et débarrasser le coran de toute lecture totalitariste". L'essai déconstruit de l'intérieur le discours intégriste et plaide en faveur d'une conception apaisée et individuelle de la foi.

"Chaque jour, des jeunes gens meurent ou assassinent au nom de l'islam. Des religieux bornés poussent une génération entière au néant par une lecture pauvre et perverse du coran. Ce totalitarisme religieux est l'exact contraire de la foi. C'est une construction qui semble solide mais qui, en fait, ne repose sur rien. Le coran n'est pas un livre politique, il ne traite pas des problèmes d'aujourd'hui, il n'interdit pas d'utiliser sa raison", lit-on dans la préface du livre.

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