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Un million de personnes sont assiégées en Syrie

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SYRIE
A rebel fighter stands with his weapon inside a damaged building in the northwestern Homs district of Al Waer January 18, 2015. REUTERS/Stringer (SYRIA - Tags: CIVIL UNREST CONFLICT SOCIETY) | Stringer . / Reuters
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NTERNATIONAL - Le chaos se poursuit mais la communauté internationale peine à réagir. Alors que depuis une semaine les forces syriennes et leur allié russe concentrent leurs attaques sur la partie est d'Alep, François Hollande a répété que l'on ne pouvait rester "impassible" face au siège d'Alep.

"Il ne faut pas rester impassible et la France s'exprime, alerte la communauté internationale et continuera de le faire", a déclaré le chef de l'Etat devant la presse, ce mardi 22 novembre. "Mais il y a aussi à avoir un dialogue franc, direct avec les soutiens du régime pour que nous puissions trouver une solution politique", a-t-il enchaîné sans mentionner explicitement la Russie. "Il faut aussi que nous regardions en face ce qui se passe en Syrie et notamment en ce moment même où je m'exprime, un million de personnes sont assiégées dans des conditions épouvantables avec des bombardements", a-t-il insisté.

La bataille de Massaken Hanano

Un message d'alerte alors que ce week-end, Damas a rejeté une proposition de l'ONU sur le plan humanitaire qui permettrait l'évacuation des malades et des blessés d'Alep-Est et l'entrée des aides et des médecins. Le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem avait jugé dimanche que la trêve "récompenserait les terroristes" et insisté sur une reconquête d'Alep-Est par le gouvernement.

Ce mardi, les combats se poursuivaient toujours entre les forces du régime et les insurgés sur plusieurs fronts dans les quartiers sous contrôle des rebelles, en particulier à Massaken Hanano, premier quartier dont les rebelles avaient pris possession en 2012, et en partie contrôlé désormais par les forces du gouvernement syrien.

Il s'agit également d'un quartier stratégique, souligne Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH. Sa prise permettrait au régime d'"avoir en ligne de mire plusieurs autres zones rebelles" et "d'être en mesure de séparer le nord d'Alep-Est du reste" des secteurs assiégés. Car il semble que ce soit là la technique adoptée par les forces du régime: isoler les différents quartiers rebelles jusqu'à les faire tomber.

La stratégie de "guerre totale"

Qualifiée de "stratégie de guerre totale" par le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, l'offensive menée par le régime de Bachar-el-Assad et son allié russe provoque de nouvelles crispations au sein de la communauté internationale. Cette forme de guerre, qui s'étend à la totalité des activités de la nation et non plus simplement aux activités militaires, vise à l'anéantissement total de l'adversaire.

Le patron des opérations humanitaires de l'ONU Stephen O'Brien a lui aussi dénoncé l'usage des sièges à Alep et ailleurs dans la guerre en Syrie, faisant état de près d'un millions de personnes assiégées à travers le pays. "C'est une tactique délibérée (...) une forme cruelle de punition collective", a-t-il souligné.

Elle est appliquée "de manière monstrueuse par la partie au conflit qui en premier lieu devrait défendre et protéger ses propres citoyens, même ceux qui ne sont pas d'accord avec leurs dirigeants", a-t-il affirmé, en référence au gouvernement syrien.

Les civils, premières victimes

Actuellement, près de 250.000 civils sont pris au piège à Alep-est. Et les survivants commencent peu à peu à envisager l'exode. "D'ici Noël (...) vous pourriez avoir 200.000 personnes fuyant vers la Turquie, ce qui serait une catastrophe humanitaire", a-t-il souligné.

Cette situation n'est pas sans rappeler celle de Daraya, berceau de la rébellion contre le gouvernement dans le sud-est du pays. Assiégée pendant quatre ans, la ville avait été reprise en août 2016 par les forces pro-gouvernementales. Pendant le siège, un seul convoi humanitaire avait réussi à y pénétrer.

Pour le régime, "la stratégie du siège consiste essentiellement à créer assez de souffrance et de misère pour que les civils se retournent contre leurs défenseurs", indique Emile Hokayem, de l'International Institute for Strategic Studie. Depuis le mois de juillet, les habitants de la zone sont privés de toute aide humanitaire, en raison des échecs successifs de trêve. Aucun accès n'a été donné non plus par le régime à un soutien médical alors qu' "il n'y a actuellement aucun hôpital en service", selon l'Organisation mondiale de la santé.

La pression est grande sur les épaules de la communauté internationale, qui a échoué plusieurs fois à proposer une sortie de crise en douceur. "Il y a eu un temps où on pouvait faire quelque chose pour Alep", juge Emile Hokayem. "Maintenant, c'est trop tard (...) les acteurs clés continuent de reporter les décisions difficiles jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'options qui vaillent".

"Rarement dans l'histoire de ces 50 dernières années, à l'exception peut-être du Rwanda, aura-t-on vu ce qu'on appelle la 'communauté internationale' assister en spectatrice impuissante à une crise humanitaire d'une telle ampleur", affirme Karim Bitar, de l'Institut des relations internationales et stratégiques. "La résignation l'a emporté, et Alep signe l'acte de décès de tout espoir de gouvernance collective", selon lui.

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