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Jean-Louis Chaussade, DG de Suez: "Nous avons des ambitions de développement au Maroc" (INTERVIEW)

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JEANLOUIS CHAUSSADE
Les ambitions de développement de Suez au Maroc (INTERVIEW) | Denis Felix/Suez
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ENVIRONNEMENT - Déjà bien implanté au Maroc, Suez ne cache pas ses nouvelles ambitions au royaume et plus largement en Afrique. Présent en ce moment à Marrakech pour la COP22, le patron du géant de la gestion de l'eau et des déchets Jean-Louis Chaussade a répondu aux questions du HuffPost Maroc. Celui qui érige la réhabilitation de la grande décharge de Meknès en exemple de son savoir-faire revient sur les leçons tirées et sur sa stratégie de développement pour les années à venir.

HuffPost Maroc: Qu'est-ce qu'un événement comme la COP22 représente pour Suez?

Jean-Louis Chaussade: C'est un lieu où nous rencontrons beaucoup de clients ou de partenaires potentiels. C'est aussi l'occasion de discuter, d'écouter les autres et de développer nos idées sur le recyclage, l'eau ou la réutilisation de certains matériaux par exemple.

Je suis venu ici pour exprimer mon attachement au Maroc, ainsi que le soutien de Suez à l'initiative Triple A défendue par le Maroc lors de la COP22. Je suis aussi venu dire que l'eau est un élément essentiel du réchauffement climatique. C'est l'une de ses manifestations les plus claires et il faut d'urgence régler les problèmes qui sont liés à l'eau.

Je suis enfin venu dire que l'économie circulaire, qui s'oppose à l'économie linéaire et qui consiste à faire plus avec moins, ainsi qu'à dé-corréler la croissance économique de la croissance de consommation des matières premières, est un élément clé de l'organisation industrielle et sociale du XXIe siècle, à laquelle Suez compte participer par son savoir-faire et ses technologies.

Vous avez choisi, en 2014, de réhabiliter la décharge de Meknès. Pourquoi avez-vous choisi cette décharge-là?

Nous avons répondu à un appel d'offres de la ville de Meknès qui cherchait à résoudre le problème de sa décharge sauvage, qui posait des problèmes olfactifs mais aussi des risques de contamination des nappes phréatiques. Par ailleurs, une communauté importante de chiffonniers travaillait sur cette décharge dans des conditions sanitaires difficiles. Suez a proposé des solutions qui soient à la fois conformes à notre éthique et aux attentes de la ville. C'est un partenariat public-privé qui a beaucoup d'avantages.

Quels ont été les bénéfices, pour la population, de la réhabilitation de cette décharge?

Nous avons transformé une décharge sauvage en un centre d'enfouissement et de valorisation des déchets. Nous avons accompagné la communauté des chiffonniers en les formant et en les équipant. Ils se sont constitués en coopérative et vivent désormais de leur métier dans des conditions sanitaires correctes.

Enfin, nous avons équipé le centre d'un système de captage du méthane, ce qui permet de réduire considérablement les émissions de gaz à effets de serre. Les déchets organiques produisent en effet au cours du temps du méthane, un gaz extrêmement puissant qui représente, au Maroc, entre 13% et 15% des émissions de gaz à effets de serre. Dans le cas particulier de Meknès, nous captons ce méthane et le brûlons dans des moteurs à gaz pour produire de l'électricité.

Quelles leçons tirez-vous de cette expérience?

Globalement, c'est une opération qui nous permet à la fois d'agir en faveur du climat, qui permet humainement d'offrir un avenir raisonnable à toute une communauté de chiffonniers, et d'assurer le traitement des déchets municipaux de la ville de Meknès dans des conditions sanitaires raisonnables.

C'est un projet à la fois sanitaire, technique, social et climato-responsable. Nous évitons l'émission de l'équivalent d'environ 100.000 tonnes de CO2 par an, et nous avons un objectif de 500.000 tonnes d'ici 2020 au Maroc.

Avez-vous d'autres ambitions au Maroc?

Nous sommes déjà très implantés au Maroc. Le chiffre d'affaires du groupe dans le royaume se situe à 710 millions d'euros et l'on emploie 8.000 personnes. C'est un pays dans lequel nous sommes très impliqués, donc oui, nous avons des ambitions de développement car nous avons encore des choses à faire au Maroc.

Nous répondrons aux appels d'offres lancés par le gouvernement marocain, et je pense que Meknès est un excellent exemple de la coopération que l'on peut mener avec les municipalités pour trouver des solutions qui permettent de protéger la santé des populations et de développer une activité industrielle avec des gens qui sont fiers de faire leur métier, tout en contribuant à la réduction des gaz à effet de serre.

Des projets sont en cours. Si nous avons l'opportunité d'en faire plus, nous nous positionnerons sur ces projets. Je pense que la question va se poser à Casablanca et à Tanger, villes où nous sommes d'ailleurs déjà présents, que ce soit dans la gestion de l'eau ou des déchets.

Vous ne cachez pas non plus vos ambitions dans le reste du continent africain...

Nous prospectons en effet depuis le Maroc dans des pays d'Afrique subsaharienne, et nous utilisons pour cela nos équipes marocaines pour développer des partenariats. Madame Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM mais également membre du conseil d'administration de Suez, nous apporte sa vision et ses conseils qui sont précieux, notamment pour le développement de nos activités au Maroc et à partir du Maroc.

Pour nous, le Maroc est un très bon hub pour aller vers le Sud. Nous avons toujours été présents sur le continent africain à travers des opérations "one shot", notamment des projets d'infrastructures, comme des usines d'eau potable et d'eaux résiduaires. La question, maintenant, c'est de trouver des contrats qui nous permettent vraiment de nous y installer dans la durée. C'est sur quoi nous travaillons.

En matière de traitement des eaux usées au Maroc, quelle est votre stratégie pour les années à venir?

Le Maroc est un pays confronté au stress hydrique. La question de ses ressources en eau est donc essentielle. Utiliser les eaux résiduaires traitées pour les recycler, soit dans l'agriculture, soit dans l'industrie, est un vrai sujet.

Des projets sont en discussion avec le gouvernement marocain et les autorités de Casablanca notamment, pour réfléchir aux possibilités de réutilisation des eaux résiduaires traitées de la ville pour un usage agricole, urbain (voirie, jardins) ou industriel. Nous nous penchons également sur les problématiques de dessalement, de même que sur l'optimisation des ressources en eau. Nous oeuvrons au Maroc avec une stratégie logique globale, à travers laquelle nous essayons de répondre aux attentes du gouvernement marocain en termes d'optimisation des ressources.

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