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Ces startups tunisiennes qui vont faire parler d'elles

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3 jeunes startups tunisiennes ont reçu, lundi 7 novembre, une subvention de 5000 dinars par la Yunus Social Business Tunisia (YSB Tunisia) à travers un don du PNUD, afin de pouvoir développer leurs projets d'entreprise sociale. Une autre se verra financée à travers un fond d'investissement créé par YSB Tunisia (en partenariat avec UGFS) et dédié au financement d'entreprises sociales en Tunisie.

Ces 4 projets sont: Né à Tunis (objets de décoration contemporains avec la collaboration d'artisans en mettant en avant leur savoir faire ancestral), Blue Fish (avec la création de Dar El Harka, un espace de travail à la Medina pour les artisans), Technovap (avec le projet Smart Wash de franchise de lavage biologique pour des micro-entrepreneurs de tout le territoire) et Nextgen (qui a développé le projet Spectrum qui vise à résoudre la problématique du manque de soutien thérapeutique spécifique nécessaire permettant aux enfants présentant un trouble de l’apprentissage).

L'occasion pour le HuffPost Tunisie de vous faire connaitre ces jeunes entrepreneurs sociaux qui rêvent de changer les choses.

Né à Tunis

Né à Tunis est une brand tunisienne lancée en 2005 et qui compte donc près de 12 ans d'existence: "Nous dessinons et créons meubles, éléments de décoration et luminaires, à partir de matériaux locaux et à l’aide de plusieurs professionnels de l’artisanat et de l’industrie tunisiens" affirme Chems Eddine Mechri, fondateur de Né à Tunisie.

Designer produit, Chems Eddine aime donner une nouvelle vie aux objets, mais à travers son projet, c'est aussi à l'artisanat tunisien qu'il souhaite donner un second souffle: "L’intérêt de notre projet est cette intention qui en émane, de revisiter les possibilités et les savoir-faire locaux et d’encourager l’usage de ressources locales afin de donner naissance à une nouvelle génération d’objets trendy, pratiques, responsables et écolo. Nous engageons une approche de co-design et d’écodesign".

né a tunis

En collaborant avec de petits artisans locaux, il leur permet d'apprendre de nouvelles techniques pour s'adapter à l'ère du temps tout en leur donnant une visibilité: "Nos collaborations avec petits industriels et artisans encouragent ces derniers et leur permettent de revoir leurs techniques et les profils de produits qu’ils réalisent. Et elles nous permettent à nous d’enrichir nos collections et notre expérience" affirme-t-il.

L'idée de monter sa startup lui est venue de sa formation en tant que designer produit: "j’ai toujours rêvé de me lancer dans la création d’objets. Je voyage énormément et je visite les villes et les villages de la Tunisie. Et en sillonnant nos terres, je me rends compte des richesses et des ressources disponibles que peu de gens valorisent".

"L’idée m’est venue alors d’essayer de capitaliser nos ressources et nos richesses et d’en faire un vrai facteur de dynamisation et de créativité qui va en engendrer une dynamique nouvelle de gestion" affirme-t-il.

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Revitaliser le savoir-faire local en l'alliant à la création et à la technologie, voilà où Chems Eddine veut amener son projet: "Il y a beaucoup à faire dans ce domaine créatif où il nous est possible de conjuguer la technologie, les savoirs et les savoir-faire modernes que nous avons acquis et notre patrimoine local".

Pourtant malgré plus de 10 ans d'existence, la subvention reçue par la Yunus Social Business Tunisia, est la première du genre: "Je n’ai jamais bénéficié d’une aide ou de subventions. Cette première après dix ans d’efforts personnels est un bon signe car elle prouve que des organismes et autres personnes croient en notre démarche. Grace à cette subvention, nous travaillerons sur la communication de notre travail pour les mois à venir et nous avancerons sur le lancement de notre nouvelle collection que nous avons commencé à dessiner il y a quelques mois" indique-t-il.

Si la nouvelle vie qu'il essaye de donner à l'artisanat tunisien commence à avoir de plus en plus d'échos, il est parfois difficile de trouver un écho auprès de l'administration tunisienne: "L’Office de l’Artisanat encourage l’export et la prospection de nouveaux marchés. Il y a forcément des opportunités à saisir, mais il faut que ce soit nous qui allions vers les administrations. Et souvent on n’a pas le temps et l’énergie. Nous sommes des créatifs, nous travaillons dans nos ateliers et sur le terrain" regrette Chems.

Pour Chems, les conditions de travail sont parfois difficiles en Tunisie, c'est ce qui pousse, selon lui, certains à choisir l'étranger: "C’est difficile. Nous sommes livrés à nous mêmes. Plusieurs amis designers travaillent à l’étranger, d’autres se contentent d’un salaire dans une entreprise ou dans la fonction publique".

Le facteur "risque" est trop élevé, surtout en l'absence d'appui: "La plupart ne veulent pas prendre des risques, car les aléas du marché font peur. Comme j’ai dit les structures d’appui sont nombreuses, mais rares sont ceux qui en bénéficient réellement. Les procédures à lancer, les lois qui réglementent et le non accès à l’information entravent cette volonté d’y accéder et les rendent, finalement, inopérantes" concède t-il.

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Optimiste de nature, Chems, préfère voir les choses côté jardin: "Se rendre compte des potentialités pour l’économie et pour la société que nous représentons pousserait –je l’espère- les officiels à venir vers nous et à engager des moyens et des mécanismes fluides qui nous aident à mieux nous développer" affirme t-il avant d'ajouter: "La création et le design représentent une des économies créatives les plus lucratives. Pour le moment, ce n’est pas encore le cas en Tunisie. Mais nous restons très optimistes".

"J’encourage les jeunes à se lancer. Il y a beaucoup à construire dans ce sens et nous avons besoin qu’une vraie dynamique voie le jour. Actuellement je suis en train de réaliser qu’en mieux organisant et développant notre activité de designers, plusieurs opportunités seront là." conclut-il

Bluefish

Bluefish est une boite de consultants lancée par Leila Ben Gacem et qui conçoit des projets pour la relance du patrimoine grâce à une meilleure dynamique socio-économique. Par le terme patrimoine cela peut "signifier n'importe quoi, de l'artisanat aux bâtiments historiques en passant par la musique traditionnelle" affirme Leila au HuffPost Tunisie.

"À travers Bluefish , j'essaie de comprendre ce qui menace la préservation du patrimoine, puis je conçois un projet prenant en compte les facteurs écosystémiques, les parties prenantes et les bénéficiaires pour convertir la menace en opportunités socio-économiques qui améliorent la durabilité de ce patrimoine" indique Leila.

Si Blue Fish n'a pas d'employés, Leila s'entoure d'un réseau "de jeunes talentueux qui travaillent chez Blue Fish en tant que pigistes en fonction du financement reçu et des besoins des projet" indique-t-elle.

Si le patrimoine tunisien est de plus en plus délaissé par les autorités, Leila pense que "que nous sous-estimons le potentiel du patrimoine et de la culture dans la création d'emplois et l'économie partagée".

C'est ce qui l'a laissé tenter l'aventure: "J'ai travaillé pour les multinationales pendant plus de 10 ans avant de lancer Blue Fish; qui est une expérience mieux qu'un MBA. J'ai démissionné de la multinationale (dans laquelle elle travaillait) et j'ai décidé que la modélisation des affaires, la stratégie et le développement devraient être mieux utilisés pour des secteurs plus significatifs qui améliorent la vie des gens".

De là l'idée s'installe et se développe: "J'aime la diversité culturelle; Je pense que le monde devient tout à fait semblable; et je pense que le monde est plus beau si chaque culture est différente mais ouverte aux autres" affirme t-elle.

A travers Blue Fish, le projet "Dar El Harka" -lauréat d'une subvention de la part de la Yunus Social Business Tunisia et du PNUD- veut être un espace de revitalisation de la Médina de Tunis. "Dar El Harka va être un espace de co-travail pour des projets culturels et urbains dans la Médina pour l'aider à se développer et s'épanouir".

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"Ce sera un lieu où la jeunesse créative pourrait libérer son potentiel, contribuer au renouveau urbain, collaborer avec les artisans pour préserver l'artisanat local, concevoir des événements Medina, concevoir la réutilisation de l'espace urbain et collaborer à l'exécution des projets conçus." affirme Leila

Parmi les premières activités, un "journal de la Médina" a vu le jour: "Blue Fish collabore aujourd'hui avec un réseau d'ONG pour la réalisation du journal de la Médina, un projet de journalisme communautaire; un espèce de 'MedinaPedia' ".

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Si Leila bouge pour faire revivre la Médina, elle ne trouve pas toujours de soutien dans les politiques publiques: "Je pense que le rôle du gouvernement devrait changer après la révolution, de 'commandement et de contrôle' à devenir un 'catalyseur' qui soutient la société civile dans la création d'un système plus efficace. Aujourd'hui, ils ne savent pas comment faire la transition" indique-t-elle.

Entourée de "ses amis de combat", Leila estime que " le principal problème avec notre gouvernement aujourd'hui, c'est que personne n'est évalué sur leur rendement; La société civile devrait aider à redéfinir le rôle du gouvernement en tant que 'partenaire' dans le développement socio-économique et pas seulement avoir un rôle de 'contrôleur' ".

Pour Leila, l'entrepreneuriat social, qui se démocratise de plus en plus en Tunisie, pourrait être une solution: "Je pense que notre écosystème social-entrepreneurial national se développe magnifiquement, c'est un petit réseau de partisans et d'activistes du secteur mais qui grandit et communique bien ensemble"

"Certains pourraient prétendre que toute entreprise qui crée un salaire est une entreprise sociale, mais les entrepreneurs sociaux ce n'est pas seulement l'embauche, ils changent les écosystèmes, travaillant en arrière-plan pour pousser le pays aux changements nécessaires dans leur secteur. Et donc nous avons besoin de beaucoup d'entre eux!" affirme Leila

Smart Wash Tecnovap Tunisie

Smart Wash Tecnovap Tunisie est un intégrateur de solutions de nettoyage et de désinfection par le biais du système vapeur qui existe depuis plus de 5 ans.

"Nous sommes aussi une structure d’accompagnement et de création de projet de nettoyage vert pour des jeunes entrepreneurs qui souhaite rejoindre le monde de entrepreneuriat et des Green Business" affirme au HuffPost Tunisie Foued El Houki son fondateur.

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L'idée de lancer cette startup a reposé sur un constat: Comment peut-on nettoyer et désinfecter en faisant attention à ne pas détériorer l'environnement qui nous entoure?

Ainsi "nous nous sommes dirigés vers la vapeur qui avait à nos yeux toutes les qualités requises pour être la réelle solution de nettoyage à long terme, tout en préservant l’environnement et en faisant de l’économie d'eau, une bataille de tous les jours notamment dans nos pays dits du sud, qui comme tout le monde le sait vivent pour la plupart une situation de stress hydrique".

De là, l'objectif était double pour Foued: "d'une part trouver une technologie eco-responsable et d'autre part avoir un impact social évident pour essayer d'imaginer une configuration de business où tout le monde pourrait trouver sa place en tant qu'acteur direct et indirect, d'où notre idée de mettre en place la première plateforme de nettoyage vapeur ouverte à tout les entrepreneurs".

Ainsi, Smart Wash Tecnovap Tunisie développe "la première application du monde arabe et en Afrique à proposer aux utilisateurs et clients l'opportunité de pouvoir laver leur voiture, tapis, habits, linge, moquette... en étant mis en relation avec notre plus proche collaborateur par rapport au lieu où se trouve notre client" rapporte Foued.

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Ce projet intitulé "Click and Wash" se veut avoir un double objectif: "Cela permettra à de jeunes entrepreneur dans le cadre du nettoyage bio à la vapeur d'avoir la possibilité de rejoindre cette plateforme de mise en relation C TO B et d’accroître son chiffre d'affaire et donc de pérenniser son activité" tout en répondant à une demande d'un client de la façon la plus rapide possible.

Si Foued est optimiste, il n'en demeure pas mois que "l'entrepreneuriat social en Tunisie n'est pas un long fleuve tranquille mais c’est cela aussi qui rend le défi plus beau et qui nous pousse dans nos retranchements pour essayer de chercher les meilleures solutions".

"Le souci c'est que dans notre pays il y a énormément de possibilité de financement pour les startups comme la nôtre par contre il faudrait donner aux jeunes et autres plus d'informations concernant ces possibilités car comme nous avons pu le remarquer les trois quart des jeunes que nous recevons n'ont peu ou pas entendu parler de ces systèmes d'aide à la création et je pense que c'est vraiment là ou l'effort doit être concentré" estime Foued

Selon lui, si le développement des structures dédiées au social en Tunisie "est une bonne chose pour le développement et l'avenir", il n'empêche qu' "il ne faudrait pas que cela soit un effet de mode" estime t-il avant de conclure: "Le développement responsable est le combat de notre siècle pour permettre à tous d'avoir une réelle dignité et un projet environnemental car l'un et l'autre son étroitement liés".

Next Gen

Next Gen Corp est créé en 2013 par deux amis dont la principale activité est le développement du software et hardware médical. Alliant technologie et médecine, ces deux amis lancent en 2015 le projet "Spectrum" sous lequel elle distribue des tablettes et applications thérapeutiques pour enfants autistes et dyslexiques ainsi que des applications ludo-éducatives.

Avec plus d'une centaines d'applications développées dans ce sens cette startup tunisienne touche de plus en plus de monde. "L'idée nous est venue suite à la participation à un séminaire traitant d'autisme en 2014. Nous avons vu une grande demande de parents et de thérapeutes pour des outils technologiques qui aident et soutiennent le besoin en prise en charge des enfants" affirme au HuffPost Tunisie Ahmed Nabli, ergothérapeute et cofondateur de Next Gen.

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Pour lui, le projet a plusieurs aspects sociaux: "D'abord offrir un contenu thérapeutique adéquat et répondant aux vrais besoins utilisateurs afin de palier les problématiques liées aux situations de handicap mais aussi la création de contenu pédagogique conforme aux exigences du ministère de l'Éducation".

Si plusieurs fonds ont souhaité les aider à lancer le projet, c'est surtout le volet administratif qui a posé problème à Ahmed: "Pour le développement du projet les seules difficultés que nous avons rencontrés sont d'ordre administratif. Nous avons reçu un accord de financement en Avril 2016 et ce n'est qu'on Octobre 2016 que nous avons débloqué les fonds et cela est dû essentiellement à des procédures administratives non seulement compliquées mais lentes à traiter" indique-t-il.

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Si les entreprises sociales fleurissent en Tunisie, la raison se trouve selon lui dans leurs essences: "Une entreprise sociale est une entreprise intelligente car elle se base sur des facteurs socio-économiques et environnementaux qui touchent monsieur tout le monde".

Cette faculté à toucher tout un chacun est aussi pour Ahmed un gage de garantie de réussite de la plupart d'entre elles: "Traiter une problématique sociale c'est améliorer la qualité de vie des bénéficiaires, qui veut dire fidéliser les clients sur le long terme. Cette fidélisation offrira à l'entreprise une viabilité plus grande" conclut-il.

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