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Des militants écologistes dénoncent "le pillage du sable à des fins immobilières" dans l'Est du Maroc

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COP22 - Dans la cacophonie des conférences et autres manifestations qui se tiennent actuellement dans la zone verte du site de la COP22, qui accueille les activités de la société civile, un petit stand est occupé par trois associations toutes issues de la région de l'Oriental.

Le but derrière leur présence? "Nous sommes venus alerter les décideurs sur les dangers environnementaux qui menacent notre région", répond Sanae Naïmi, membre de l'association Beni Oukil pour l'environnement et le développement agricole.

Dans leur ligne de mire, "les ventes de terrains contenant des richesses naturelles à des entreprises privées, le trafic de sable du littoral de la région, mais aussi les explorations des gaz de schiste", fustige Mohamed Akkad, membre de l'association Choumou' Al Amal pour la solidarité et le développement.

Une justice d'abord avant la justice climatique

"Il est impensable de vendre des montagnes dans un pays de droit", dénonce le jeune militant associatif. Pour Mohamed Akkad, "la montagne de Dcheira est une richesse immatérielle témoin des gloires des populations locales. Il est inconcevable de vendre un site aussi chargé d'histoire comme si c'était un terrain agricole quelconque".

Car le jeune militant souhaite avant tout que le pays parvienne à instaurer une justice climatique. Un pas qui ne sera franchi, selon notre interlocuteur, que "si la justice marocaine décide de se pencher sérieusement sur les enjeux environnementaux". Akkad estime que, pour l'instant, la justice considère les questions écologiques comme des sujets secondaires, alors qu'elles sont censées être prioritaires en cette période de prise de conscience environnementale.

Et ce n'est pas tout, car le militant associatif dénonce également, photos à l'appui, le "pillage du sable du littoral de la région d'Essaidia à des fins immobilières".

"Nous aurions compris si ces gros camions transportant du sable servaient à équilibrer les quantités de sables entre les plages. Mais exploiter une richesse publique à des fins privées est inacceptable."

Celui qui milite depuis une dizaine d'années pour "la protection du littoral et la valorisation des ressources naturelles à travers des campagnes de sensibilisation récurrentes", assure qu'il est encore fréquent de voir du sable transporté de la plage d'Essaidia "en plein jour" afin de servir à la construction de projets immobiliers.

L'exploration du gaz de schiste, une industrie "qui tue"

Son voisin de bureau, au sein du stand attribué par la COP22, détaille "les différentes atteintes à l'environnement à travers l'exploration du gaz de schiste dans la région de l'Oriental".

"Il y a près de six mois, dans la région de Tendara, se situant sur les Hauts plateaux, deux compagnies, une anglaise et une américaine, ont entamé leur exploration", explique Mohamed Benata, ingénieur agronome et président de l'Espace de solidarité et de coopération de l'Oriental.

Pour le militant, "l'exploration du gaz de schiste est une industrie très dangereuse pour l'environnement. Ce processus utilise plus de 700 produits chimiques, dont 40 sont interdits par l'Organisation mondiale de la santé". Et pour cause, Mohamed Benata accuse les exploitants d'avoir recours à la fracturation hydraulique.

Cette méthode, qui nécessite l'utilisation de produits chimiques et de quantités astronomiques d'eau, met en danger la population, et à plusieurs niveaux, s'il s'avère qu'elle a été véritablement utilisée dans la région.

"La fracturation hydraulique provoque inévitablement des fuites de méthane, ce qui pollue les sols et les nappes phréatiques, et utilise trop d'eau alors que le Maroc vit une période de stress hydrique", dénonce Mohamed Benata. "On se demande pourquoi nos décideurs, qui souhaitent soudainement sauver la planète, investissent quand même dans ce type d'industrie", ironise-t-il.

En mai 2016, en réaction à la colère de la société civile suite au début des forages dans la région de l'Oriental, l'Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym) avait assuré dans un communiqué que la fracturation hydraulique n'est pas utilisée. "Il s'agit seulement de travaux liés au gaz conventionnel", avait indiqué l'office.

"Nous maintenons nos propos", lance le militant associatif, qui dit avoir des preuves: "L'entreprise Sound Energy a effectué deux forages à plus de 2.000 mètres, ce qui est a priori normal. Sauf qu'elle a ensuite procédé à un forage horizontal entre les deux puits, et c'est uniquement dans le but de lancer le processus de fracture hydraulique. Lorsqu'on effectue une exploitation de gaz conventionnelle, nul besoin d'effectuer des forages horizontaux."

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