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François Hollande à la COP22 alors que l'élection de Trump fait craindre le pire pour le climat

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FRANOIS HOLLANDE  LA COP21
À la COP22, François Hollande appelle Donald Trump à "respecter les engagements qui ont été pris" par Washington sur le climat | Reuters
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CLIMAT - "Le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois pour rendre l'industrie américaine non-compétitive". Cette citation a été prononcée par Donald Trump sur son compte Twitter, le 6 novembre 2012. Quatre ans plus tard, presque jour pour jour, celui-ci est devenu le 45e président des Etats-Unis, après une élection que personne n'avait vu venir. Une citation loufoque, l'origine humaine du réchauffement climatique est un fait validé par la communauté scientifique.

Autre coïncidence du calendrier, l'élection d'un climatosceptique à la tête d'un des pays les plus pollueurs de la planète a lieu alors que se déroule depuis lundi 7 novembre COP22 et que l'Accord de Paris, visant à lutter contre le réchauffement climatique, a été ratifié vendredi 4 novembre.

Mais cet accord, réussite historique de la COP21, ayant permis pour la première fois à 195 pays de prendre une position commune sur le climat, a du plomb dans l'aile. Le candidat Donald Trump a notamment annoncé qu'il annulerait la participation des Etats-Unis à ce traité international. Des propos qui ont clairement inquiété le gouvernement français, Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et Ségolène Royal, ministre de l'écologie, en tête.

Quant au président français François Hollande, il a réagi en évoquant une période d'incertitude et en affirmant que les deux présidents allaient "travailler pour clarifier les positions" des deux pays, notamment sur l'accord de Paris.

A la tribune de la COP22 mardi 15 novembre, le président français a appelé Washington à "respecter les engagements qui ont été pris" dans le cadre de l'accord de Paris, soulignant qu'il ne s'agissait "pas simplement (de) leur devoir" mais de "leur intérêt", celui de la population et des entreprises américaines.

La France, a-t-il poursuivi, "mènera ce dialogue avec les Etats-Unis et leur nouveau président, dans l'ouverture, dans le respect mais avec exigence et détermination" et "au nom" de la centaine d'Etats qui ont déjà ratifié l'accord de Paris.

C'est la question que tout le monde se pose à la COP22: la présidence Trump remet-elle en question l'accord de Paris?

Dénoncer l'accord prendra quatre ans, sauf si...

Mais le président américain peut-il vraiment revenir sur la décision historique de Barack Obama? "Historique", l'accord de Paris est "irréversible en droit et en fait" mais aussi "dans les consciences", a carrément affirmé François Hollande.

Interrogé par RTL mercredi 9 novembre, la ministre française de l'Environnement Ségolène Royal estime de son côté qu'il "ne peut pas empêcher sa mise en oeuvre". Et de rappeler que 103 pays l'ont déjà ratifié. De plus, la procédure pour quitter l'accord est longue. Il faut trois ans avant de pouvoir dénoncer le traité, puis un an avant que cela soit effectif, selon l'article 28. Bref, s'il le fait le plus tôt possible, sa (première) présidence sera terminée d'ici là.

Reste une possibilité: que les Etats-Unis quittent carrément la Convention-cadre de l'ONU sur les changements climatiques. Adoptée en 1991, c'est, en gros, l'organisation qui gère les COP et les différents accords, dont celui de Kyoto et de Paris. En la quittant, le pays mettra automatiquement fin à sa participation à l'Accord de Paris en un an seulement. Une chose qu'aucun pays n'a encore fait.

En dehors de ces considérations techniques, la question de l'impact de cette élection sur l'Accord de Paris et, plus généralement, sur la lutte contre le réchauffement climatique se pose. Si les Etats-Unis démarrent la procédure pour partir, il y a un risque d'effet domino, avec d'autres pays choisissant de ne plus mettre tout leur poids dans la balance. En sachant qu'en l'état actuel, l'Accord de Paris n'est même pas suffisant pour enrayer le réchauffement climatique et qu'il faudrait de nouvelles et nombreuses initiatives pour y arriver.

Des propositions de campagne pas très écologiques

Or, si le programme de Donald Trump possède de nombreuses lacunes, il a toutefois promis plusieurs choses concernant l'environnement. Mais qui ne vont pas dans le bon sens. Notamment, l'annulation des actions écologiques prises par Barack Obama, accusées d'être destructrices d'emploi, le fait de "sauver l'industrie du charbon" ou encore de ne plus participer financièrement au programme de l'ONU contre le réchauffement climatique.

Evidemment, l'élection de Donald Trump fut donc l'un des principaux sujets de discussion dans les couloirs de la COP22. Et les réactions des officiels, ONGs et autres "think tanks" oscillent entre effroi et optimisme forcé.

"L'élection de Trump est un désastre pour [l'Afrique]", a déclaré Geoffrey Kamese, de la version africaine de l'ONG Les amis de la Terre. "Le reste du monde ne doit pas vaciller et doit redoubler d'engagements pour s'attaquer aux dangers du réchauffement climatique", affirme-t-il dans un communiqué.

Sous le choc, la COP22 essaye de positiver

Pour Achim Steiner, directeur de l'institut Oxford Martin School, le résultat de l'élection "implique clairement un changement potentiel dans les politiques climatiques" américaines. Mais celui-ci estime que "l'économie mondiale a déjà commencé à se tourner vers un futur bas carbone" et que les Etats-Unis devront s'y plier, afin de ne pas se laisser distancer par les autres grands pays qui "investissent énormément dans les technologies bas carbone".

HIlda Heine, présidente des Îles Marshall, a elle espéré qu'après les "fanfaronnades sur le changement climatique" de Trump lors de la campagne électorale, il réaliserait, avec l'exercice du pouvoir, "que le changement climatique est une menace pour son peuple et pour des pays entiers qui partagent des mers avec les Etats-Unis, y compris le mien".

Dans une lettre adressée au nouveau président des Etats-Unis, Donald Tusk, président du Conseil européen, et Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, ont invité Trump à un sommet américano-européen afin de discuter des coopérations entre les deux entités".

Notamment sur les questions du réchauffement climatique, de l'Etat islamique, la crise ukrainienne, celle des migrants. Et de rappeler, comme une prophétie autoréalisatrice, que "le partenariat EU-US est vaste et profond", citant notamment "nos efforts communs pour améliorer la sécurité énergétique et d'aborder le changement climatique".

Eviter de noircir le tableau

Le candidat malheureux à la présidentielle Al Gore a lui déclaré qu'il était prêt à travailler avec Donald Trump et qu'il espérait que le nouveau président "travaillerait avec l'écrasante majorité d'entre nous qui croient que la crise climatique est la plus grande menace à laquelle nous devons faire face en tant que nation".

A l'unisson des autres délégations, l'équipe chinoise ne voulait pas noircir le tableau quatre jours après l'élection d'un président américain ayant qualifié le réchauffement de "canular". "Nous devons attendre de voir quelles mesures sur le climat prendront les Etats-Unis", a déclaré à la presse Gu Zihua, un membre de la délégation chinoise, tout en confirmant les engagements de Pékin.

"L'Arabie saoudite confirme ses objectifs nationaux" de limitation des émissions de gaz à effet de serre, a aussi déclaré à un groupe de journalistes un négociateur saoudien.

S'il y a fort à parier que l'élection présidentielle américaine n'aura pas d'impact direct sur la COP22 (qui est avant tout technique et ne devait pas accoucher de gigantesques mesures), les premiers mois du mandat Trump seront certainement déterminants pour la lutte contre le réchauffement climatique.

Reste à voir quelles seront les décisions prises par le nouveau président des Etats-Unis. Dans son programme, il précise que "toute future régulation devra passer un simple test: est-elle bonne pour les travailleurs américains?" Reste à voir, pour Trump, quelle est la définition de "bonne".

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