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La météorologie, grande oubliée de la politique environnementale du Maroc

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ENVIRONNEMENT - Au moment où le Maroc souhaite se positionner comme l'un des chefs de file en matière de développement durable et de protection de l'environnement, l'institution de référence chargée de recueillir des données météorologiques et climatiques, de manière à permettre au royaume de se prémunir contre les changements climatiques, souffre de plusieurs déficiences.

Créé en 1961, le service de la météorologie nationale a une longue histoire derrière lui. En 1964, le service de la météorologie organise une conférence nationale sur la météorologie, suite à laquelle il s'attribue la responsabilité de tous les réseaux de collecte de données météorologiques.

En 1983, la météorologie nationale devient une direction dépendant de l'administration de l'Air au ministère des Transports. "L'année 1990 voit son transfert, en tant que direction centrale, au ministère des Travaux publics, de la formation professionnelle et de la formation des cadres, et ce afin de le libérer d'une empreinte trop forte des activités aéronautiques, et de lui permettre de remplir sa mission réelle: répondre aux besoins de tous les secteurs socio-économiques et aux préoccupations des instances nationales et internationales concernant, plus particulièrement, les ressources en eau, la sécheresse, la désertification, la pollution", notait Saad Benarafa, président de l'Association nationale de climatologie (Anaclim) dans un article consacré au sujet. Cette transformation marquait "le passage de l'activité météorologique de l'état de simple auxiliaire du transport aérien à celui de service national contribuant à tous les aspects du développement économique et à la sécurité du pays", poursuivait Saad Benarafa.

Le statut de SEGMA inadapté

Néanmoins, "au vu de l’importance du secteur et de la taille atteinte par la Direction de la météorologie nationale (DMN), il a été relevé que le cadre institutionnel et juridique est devenu dépassé." C'est sur ce constat sans appel que s'ouvre la partie consacrée à la Direction de la météorologie nationale dans le rapport annuel de 2014 de la Cour des comptes.

Car "en effet, le statut de SEGMA (Service de l'Etat géré de manière autonome) n’est plus adapté pour le développement de la direction et ne permet pas de répondre avec l’efficacité voulue aux attentes croissantes des acteurs économiques et institutionnels, ainsi qu’à celles des citoyens dans les domaines de la météorologie et du climat, et de ce fait là, il ne permet pas d’améliorer son niveau professionnel et scientifique", note la Cour des comptes.

Celle-ci estime que "cette situation handicape le développement d’une vision globale et intégrée du secteur", et constitue l’une des raisons qui retarde "la concrétisation d’un contrat-programme, fixant les orientations stratégiques et des plans d’actions clairs touchant, non seulement, le métier de la prévision météorologique, mais également les aspects liés aux enjeux de la lutte contre le changement climatique, et l'appui à la gestion des risques naturels, sanitaires, environnementaux et technologiques qui constituent des menaces pour notre pays."

Faiblesse de la recherche

D'un autre côté, "la part de la recherche au niveau de la DMN est faible, et ne permet pas de remplir sa mission en matière des études et recherches atmosphériques, de météorologie et de climatologie théoriques, expérimentales et appliquées, ainsi qu’en matière des études et recherches connexes en rapport avec sa mission", note la Cour des comptes, qui constate également que la "DMN n’a pas pu nouer des relations de coopération et de collaboration avec des entités de recherches, tel le centre national de recherche scientifique et technique, et les universités; et ce en vue de promouvoir la recherche nationale."

Une base de données climatologiques incomplète

"Les données climatologiques constituent un patrimoine national. Ce qui invite à conserver la mémoire du climat en assurant la disponibilité d'une base de données climatologiques actualisée et fiable", note la Cour des comptes, qui constate que "la base des données climatologiques informatisées n’est pas encore complète. En effet, les données anciennes sont toujours conservées sur papier en attente de leur numérisation. De même, la DMN ne dispose pas d’un système performant de gestion de l’archive des documents climatologiques, sachant qu’elle a passé quatre marchés de saisie des données climatologiques entre 2010 et 2014 pour un montant de 1.798.929,12 dirhams."

Un réseau climatologique mal réparti

Parmi les anomalies relevées par les magistrats de la Cour des comptes, le fait que "le réseau climatologique est peu dense et mal réparti, ce qui ne permet pas de réaliser des études climatologiques fiables, et fait que la part de la recherche fondamentale reste insuffisante pour garder une veille technologique à l’échelle internationale."

Un manque de travaux sectoriels qui impacte l'agriculture

"En dépit de son savoir-faire reconnu, la DMN souffre encore d’un retard au niveau de la météorologie sectorielle", estime la Cour des comptes, qui rappelle qu'à "l’exception du soutien apporté à la navigation aérienne, la DMN n’a pas su développer suffisamment les outils et techniques appropriés pour faire face aux besoins des secteurs économiques, notamment l’agriculture, dont les opérateurs ne cessent d’exprimer leur besoin de l’assistance de la DMN."

Et malgré le fait que "la DMN dispose de stations synoptiques à vocation agricole" qui lui permettent, "en plus de l’observation des paramètres classiques, de fournir des paramètres spécifiques à l’agriculture (température à diverses profondeurs du sol, etc.)", les magistrats de la Cour des comptes constatent qu'il y a "une quasi-absence de relations de partenariat effectif, au niveau national et local, entre les agriculteurs (individus et organisations professionnelles) et la DMN. Cette dernière n’a pas développé des produits adaptés aux besoins des agriculteurs (détermination des moments opportuns pour les traitements phytosanitaires, travaux agricoles, etc.)"

Des bulletins météo incomplets

Concernant les bulletins météorologiques, la Cour des comptes note qu'"aucun indicateur ne permet de rendre compte du contenu de l’information transmise. A titre d’exemple, les notions de température ressenties qui constituent un élément d’importance pour le grand public, ainsi que les éléments sur la bio-météo (risque pollen, qualité de l’air...) ne sont pas communiqués dans les bulletins de la direction."

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