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L'élection de Donald Trump est-elle profitable au Maroc?

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L'élection de Donald Trump est-elle profitable au Maroc? | Getty Images
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ETATS-UNIS - L'élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis a eu l'effet d'un tremblement de terre dans l'échiquier politique international.

Alors que les sondages donnaient largement gagnante la candidate démocrate Hillary Clinton, les chancelleries internationales doivent maintenant faire avec l'avènement du président Trump, et un nouveau programme de politique internationale.

A l'annonce des résultats, le roi Mohammed VI a félicité Donald Trump pour sa victoire qui "traduit la confiance et la considération dont il jouit auprès du peuple américain". L'ambassadeur des Etats-Unis au Maroc, Dwight L. Bush, a de son coté déclaré que "les relations entre les Etats-Unis et le Maroc resteront fortes".

Relations internationales, le grand mystère du programme de Donald Trump

Il faut dire que les relations internationales n'étaient pas une priorité pour Donald Trump au cours de sa campagne, axée surtout sur les problèmes internes des Etats-Unis, à l'exception de sujets phares comme le groupe Etat islamique et le Mexique.

Pour El Hassan Bouquatar, professeur en relations internationales à l'université Mohammed V de Rabat, "il faut attendre le 20 janvier, et voir qui seront ses grands collaborateurs, c'est à dire le secrétaire d'état, le ministre de la Défense et le conseiller spécial chargé de la sécurité qui a la coordination du dossier de politique étrangère, pour y voir plus clair".

Talal Belrhiti, ancien lobbyiste à Washington et expert en relations maroco-américaines, explique que la politique des Etats-Unis vis à vis du Maroc "va dépendre de l’équipe en charge des affaires étrangères qu’il va rassembler autour de lui. Aujourd’hui, la clé pour le Maroc est de conserver et renforcer sa position d’allié des Etats-Unis, notamment au niveau de la lutte contre le terrorisme".

Si le Maroc est loin d'avoir été une priorité pour Trump durant sa campagne, il y a cependant des constantes à ne pas ignorer pour le professeur Bouquantar. "Premièrement, il faut savoir qu'en général les républicains sont plus enclin à apprécier les choses en fonction des éléments géostratégiques. Il ne faut pas oublier aussi qu'en général, la politique étrangère américaine est déterminée par des constantes, le président ne peut pas d'un jour au lendemain revoir ou réorienter sa politique étrangère. Le Maroc grâce à sa stabilité ne va pas subir des changements notables".

Des aides financières bloquées?

Les aides américaines que reçoit le Maroc risquent-elles d'être revues à la baisse avec l'élection de Donald Trump? Là est la grande question pour le Maroc.

Le royaume est en effet bénéficiaire de l'assistance financière des Etats-Unis au niveau militaire mais également, entre autres, d'aides sociales. Parmi ces aides, il y a le Millenium Challenge, dont l'objectif est de réduire la pauvreté dans le monde à travers l'augmentation de la croissance économique durable dans une vingtaine de pays en voie de développement.

Pendant sa campagne, le candidat Trump avait promis de réduire les aides américaines à l'étranger, jugées trop coûteuses "pour un pays avec une dette interne de 19 trillions de dollars".

Encore une fois, entre le candidat Trump et le président Trump, il y a tout un monde.

Si le professeur Bouquatar considère qu'il faut éviter toute spéculation avant le 20 janvier, la limitation de ces aides risque de poser un problème majeur pour les Etats-Unis. "Comment peut-il imaginer un blocage alors qu'il n'a pas cessé de parler de la restauration de la grandeur des Etats-Unis?", s'interroge-t-il.

"Les Etats-Unis ont des traditions en tant que grande puissance, ils ne vont pas se permettre de bloquer ces aides, car au lieu de restaurer cette grandeur, cela va les affaiblir davantage. C'est une super puissance et on ne peut assumer ce rôle que par la projection de cette puissance, et parmi les instruments de cette projection, il y a les instruments financiers, l'assistance, les aides, etc... Toute suspension des aides parait incohérente dans l'état actuel des choses."

Une analyse partagée par Talal Belrhitit: "Donald Trump devrait rapidement réaliser qu'il sera très difficile de revenir sur les engagements internationaux des États-Unis. L'aide internationale américaine est un outil majeur de la politique étrangère du pays. Ainsi, toute initiative radicale entreprise par le président américain recevra une opposition farouche de la part des diplomates de carrière du Département d'Etat, du Pentagone et de la CIA, qui, eux, comprennent parfaitement l'intérêt de ces aides".

Une aide à relativiser

Pour Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales, les relations fortes entre le Maroc et le parti républicain mettraient le royaume à l'abri d'éventuelles restrictions au niveau des aides.

Le parti républicain "considère le Maroc comme un allié stratégique aussi bien dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord, ndlr) qu'en Afrique pour son esprit de tolérance vis-à-vis des autres religions, mais aussi pour son efficacité dans la lutte contre le terrorisme".

Selon lui, il faut également relativiser l'importance des aides qu'obtient le Maroc des Etats-Unis. "De toute façon, le Maroc ne reçoit pas énormément d'aides par rapport à ce qui est accordé à d'autres pays, comme Israël par exemple."

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