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Donald Trump, l'acteur du changement, a triomphé en promettant l'immobilisme

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DONALD TRUMP
Donald Trump, l'acteur du changement, a triomphé en promettant l'immobilisme | shutterstock
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INTERNATIONAL - En y réfléchissant, on peut retrouver la genèse de la campagne victorieuse de Donald Trump qui surprend tant en ce jour de résultats. C'était à Washington, en 2011. Lors d'un forum où venaient s'exprimer des responsables politiques de droite, il a affirmé -sans l'ombre d'une preuve, mais avec un mépris certain lié aux origines ethniques de l'intéressé- que Barack Obama n'était pas Américain et que son élection à la présidence était donc illégitime.

En plantant sa graine de défiance et d'amertume, le milliardaire new-yorkais a créé un gigantesque "mouvement" composé d'électeurs très traditionnalistes sur les questions de société, Blancs pour la plupart. Hier, ceux-ci ont hurlé "Non!" à ce pays de plus en plus multiculturel, multiethnique et international.

Le développement de cette nouvelle Amérique multicolore va cependant se poursuivre. Les facteurs démographiques et technologiques rendent cela inévitable. Mais, dans l'intervalle, Donald Trump a gagné en promettant à ses partisans qu'il arrêterait la marche du progrès... et qu'il l'inverserait.

Le candidat républicain a fait campagne et triomphé en se faisant l'acteur du changement, mais un acteur qui promet de revenir en arrière. Il a fait preuve de populisme révolutionnaire, comme d'autres avant lui, mais lui a réussi là où eux avaient échoué.

C'était le message principal de sa campagne et la raison de sa victoire. Mais il y en avait bien d'autres, parmi lesquels:

Les faiblesses d'Hillary Clinton

Cette responsable politique de premier plan, au pouvoir depuis fort longtemps, était le symbole d'un système que la plupart des électeurs — et pas seulement ceux qui ont voté Trump — rejettent de plus en plus depuis quelques années.

Le fait que le même parti gagne rarement les élections trois fois de suite

Alan Lichtman, politologue à l'université privée American University, avait prévu la victoire de Donald Trump, en se basant sur l'analyse des précédentes élections. L'un de 13 facteurs à prendre en considération pour connaître le prochain président, c'est de savoir si le candidat vise un troisième mandat pour le parti au pouvoir. L'élection d'un tel candidat ne s'est produite que deux fois dans l'Histoire des Etats-Unis, et Mme Clinton n'a pas pu transformer l'essai.

La campagne transgressive du candidat

Avec toute la ruse d'un commercial et une absence totale de scrupules, le candidat républicain s'est approprié toutes les questions sensibles dans la société américaine: ethnicité, religion, inviolabilité de l'OTAN, alliance informelle passée avec le président russe, Vladimir Poutine. Ses discours extraordinairement xénophobes n'ont pas seulement été entendus par les Républicains de base. Leur démesure, leur côté résolument "politiquement incorrect", ont convaincu ses électeurs qu'il pensait ce qu'il disait. Nous allons voir à quel point ils avaient raison.

Les craintes de la population blanche dans le centre du pays

Les Etats-Unis se divisent de plus en plus en deux zones, séparées non seulement par leur culture et leurs habitudes politiques, mais sur des critères géographiques. Les régions côtières, qui profitent le plus directement des échanges commerciaux et culturels avec le reste du monde, et où se trouvent la plupart des grandes universités américaines, penchent majoritairement du côté des Démocrates. L'intérieur des terres, lui, vote de plus en plus à droite.

Les questions légitimes sur le rôle des Etats-Unis à l'international

Les Américains n'ont pas tiré que des bienfaits des accords commerciaux avec les autres pays. En outre, le taux d'immigration est au plus haut depuis un siècle, ce qui pèse sur la capacité de la société et du gouvernement américains à intégrer les nouveaux arrivants. Donald Trump était le candidat qui s'opposait aux "guerres imbéciles", et l'Amérique en a menées de bien stupides.

Poutine le troll

Les autorités sont persuadées que les alliés du président russe ont piraté les serveurs de la campagne d'Hillary Clinton. Les fuites incessantes de ces dernières semaines ont été désastreuses, et représentent une attaque inédite sur la souveraineté des Etats-Unis.

James Comey

En annonçant que le FBI examinait l'ordinateur portable d'Huma Abedin, le directeur de l'agence américaine a non seulement braqué les projecteurs sur l'une des plus proches conseillères d'Hillary Clinton, mais aussi sur son mari, Anthony Weiner. Cet accro au sexe est devenu l'ultime symbole de l'univers des Clinton.

Les médias traditionnels

En traitant Donald Trump comme une vulgaire machine à faire de l'audience dans les premiers mois de la campagne, les médias institutionnels lui ont fait économiser des centaines de millions de dollars pour faire passer son message. Ils ont également légitimé sa candidature, avant de l'attaquer (ce qui lui a permis d'ironiser sur ces élites qui l'avaient porté aux nues).

L'univers insulaire des mégadonnées

Les Démocrates n'ont pas arrêté de se consoler en consultant les mêmes analyses basées sur des mégadonnées qui ne reflétaient pas la réalité. Les petits génies de la campagne d'Hillary Clinton ont été incapables de prendre le pouls du pays.

La Cour suprême

Les réactionnaires et les partisans de Donald Trump s'intéressaient plus à cette institution que les Démocrates, et ces derniers risquent de le payer très cher. Les électeurs républicains veulent faire abroger la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse, qui date de 1973. Et ils ont voté massivement.

L'"authenticité"

Les mensonges et exagérations de Donald Trump sont incontestables. C'est pourtant ce tempérament inconséquent qui lui a permis d'apparaître comme le plus "sincère" des deux principaux candidats, ce qui ne se serait peut-être pas produit s'il avait été face à quelqu'un d'autre que Mme Clinton, dont les courriels piratés montrent qu'elle a fait preuve d'une prudence excessive.

L'incapacité d'Hillary Clinton à se définir comme autre chose que l'anti-Trump

Dans l'ensemble, la campagne timorée de la candidate démocrate s'est davantage efforcée d'attaquer la personnalité de son adversaire républicain que de proposer de nouvelles mesures dans différents domaines, économique notamment. L'objectif était de rendre l'idée d'une présidence de Donald Trump totalement inacceptable et illégitime. Mais les Américains n'aiment pas qu'on leur interdise de voter pour quelqu'un. S'ils voient un panneau "PEINTURE FRAÎCHE", ils auront plutôt envie d'y toucher.

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