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Abdellatif Ouahbi, nouveau "tonton flingueur" du Parti authenticité et modernité (PAM)?

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POLITIQUE - L’homme est à l’image de son parti: clivant. Il dispose de fans inconditionnels comme d’adversaires farouches. Depuis 48h, l’avocat et membre du Bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM) Abdellatif Ouahbi est au centre de l’actualité nationale après son interview accordée lundi au quotidien arabophone Akhbar Al Yaoum au sein de laquelle il s’est livré à une attaque en règle contre l'Etat major du PAM, et plus particulièrement son secrétaire général Ilyass El Omari.

Selon lui, le bureau politique du PAM, dont il est membre, aurait dû "présenter sa démission après avoir échoué aux dernière législatives". En creux, pour celui qui fut l’une des voix les plus emblématiques du PAM lors des cinq dernières années, son parti aurait pu ravir la première place lors des dernières élections législatives.

"Ouahbi est à contre-courant de la plupart des analyses politiques post-électorales, qui convergent toutes vers le fait que le PJD n’avait en face de lui aucun adversaire en position de lui ravir la première place", tranche d'entrée de jeu un observateur de la scène politique qui suit de près cette affaire.

Sa présence au sein du parti n'a jamais été normalisée

Comment cette sortie pour le moins inattendue, alors même que des tractations difficiles sont engagées pour la composition d’une coalition gouvernementale, est-elle perçue chez les les dirigeants du parti? Selon un cadre du parti du tracteur, "Ouahbi, qui ne fait pas partie des membres fondateurs du PAM, a été recruté du Parti de l'avant-garde démocratique et socialiste (PADS) pour les législatives, et a été présenté comme un avocat qui a pignon sur rue, et qui a une certaine légitimité en termes de représentation populaire, puisqu'il vient d'une famille connue à Agadir. Mais sa présence au sein du parti n'a jamais été normalisée. C'est quelqu'un qui adopte une démarche à géométrie variable".

Affaire dans l’affaire?

Pour l’heure, la direction du PAM n’a pas réagi officiellement à la sortie du "tonton flingueur" Ouahbi, lui préférant vraisemblablement la tactique de "l’affaire dans l’affaire", chère à Charles Pasqua pour allumer des contre-feux médiatiques. La presse nationale s’est, elle, fait l’écho aujourd’hui de la possibilité que Ouahbi soit en réalité un "agent dormant" du PJD, et qu’il chercherait en réalité à semer la division au sein du PAM.

En sa qualité d'avocat, Ouahbi cherche à entretenir de bonnes relations avec le ministre de tutelle Mustapha Ramid

"Il entretient des relations très particulières avec le journal de Taoufik Bouachrine (patron d'Akhbar Al Yaoum, ndlr), qui est proche de Mustapha Ramid. En sa qualité d'avocat, Ouahbi cherche à entretenir de bonnes relations avec le ministre de tutelle Mustapha Ramid", estime ce cadre du parti. Mais selon un autre ténor du PAM, proche de l'avocat, "cette théorie, pour séduisante qu’elle soit pour certains, ne résiste malheureusement pas à l’examen critique de l’action de Ouahbi au cours des dernières années, puisque ce dernier a été l’un des adversaires les plus farouches du PJD, et notamment de Mustapha Ramid".

Et si cette sortie inattendue était surtout motivée par des calculs politico-politiciens? C'est ce que croit savoir un membre du bureau politique du PAM: "Rien ne se fait gratuitement. Ouahbi est en train de voir le parlement 'se faire inonder' de jeunes parlementaires et de femmes. Et il se voit déjà éjecté du bureau politique. C'est un grand négociateur, quelqu'un qui sait se faire vendre. S'il a fait cette sortie, c'est surtout pour pouvoir négocier au mieux sa position et garder ses privilèges".

J'ai le droit de m'exprimer et de critiquer le PAM

Qu'en pense le principal intéressé? "Je n'ai pas besoin de passer par un journal pour faire passer des messages. Si j'ai des revendications, je les formulerai directement aux gens de mon parti. Cette sortie n'est ni tactique ni stratégique. J'ai le droit de m'exprimer et de critiquer le PAM", indique Abdellatif Ouahbi au HuffPost Maroc.

Selon nos informations, la question sera abordée lors d'une une session du Conseil national du PAM prévue le 26 novembre et qui s'annonce d'ores et déjà houleuse.

La sortie de Ouahbi n’est pas sans rappeler celle d’un autre dirigeant du PAM, Ali Belhaj, qui appelait il y a un peu plus d'une année à une refondation du parti et à un recentrage autour des "valeurs originelles" du PAM. Depuis, Belhaj est rentré dans le rang, après avoir été associé au nouveau leadership.

Le 18 octobre, le secrétaire général du Ilyas El Omari avait lui aussi pris de court les dirigeants du parti, en signant une sortie inattendue, près de deux semaines après la victoire du PJD aux élections. Dans une tribune publiée sur le journal en ligne arabophone Hespress, El Omari appelait, sur un ton pacifique, la classe politique marocaine à une "réconciliation historique et courageuse".

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