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Mohamed Maradji, photographe des trois rois (PHOTOS)

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MARADJI
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PORTRAIT - Nous sommes à Rabat, en novembre 1955. Le sultan Sidi Mohammed Ben Youssef, vêtu d'une djellaba grise, revient tout juste de deux ans d'exil en Corse et à Madagascar. Une foule immense, composée de dizaines de milliers de femmes, hommes et enfants, l'attend à l'extérieur. Parmi eux, un jeune orphelin de 15 ans, photographe en devenir, qui a décidé de suivre les moindres gestes de Mohammed V, à la recherche du cliché parfait.

60 ans après, le poids de l'âge se fait sentir, mais sa vocation, elle, n'a pas changé. Mohamed Maradji, aujourd'hui âgé de 78 ans, a photographié plusieurs décennies durant Hassan II et Mohammed VI. Lundi 7 novembre, il a été reçu par le monarque à Dakar, pour lui présenter son dernier livre "Les trois monarques, l’histoire par la photographie", qui regroupe mille de ses clichés historiques.

maradji

1 dirham la photo

Le photographe, né à Casablanca en 1939, fait ses débuts avec l'indépendance du Maroc, en 1956. Âgé alors de 16 ans, il commence en tant que photographe ambulant dans les rues de la métropole. Il vend alors ses clichés un dirham l'unité.

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Jeune et ambitieux, il commence à suivre de sa propre initiative le défunt souverain dans ses déplacements au Maroc et lui propose ses premières photos en noir et blanc.

En mars 1959, Mohamed Maradji part à Paris pour faire un stage de six mois à Keystone, une agence photo renommée de l'époque. De retour au Maroc, il s'installe à son propre compte à Casablanca, "livrant lui-même ses clichés aux journaux en vélo", comme le raconte le livre paru en 2009 "Maradji : 50 ans de photographies: témoin de son époque".

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Il collabore alors comme pigiste avec plusieurs journaux, avant de créer en 1961, à Casablanca, la première agence marocaine de photo de presse (APPM).

De Jean-Paul Sartre à Charles Aznavour

"Maradji dès lors ne signe pas que des photos d'événements politiques ou sociaux, de majestés et d'excellences. Il collectionne aussi les portraits de vedettes de la scène ou de l'écriture". Edith Piaf, Charles Aznavour, Oum Keltoum ou encore Jean-Paul Sartre sont passés derrière son objectif.

En 1966, il a été le premier photographe autorisé à faire des photos en couleurs de Hassan II. "Lors de la réception au palais royal à Casablanca, j'ai eu l'audace de prendre l'initiative de demander au roi si je pouvais lui faire des portraits en couleurs", raconte Mohamed Maradji sur sa page Facebook.

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Accompagné de son frère le prince Moulay Abdellah, Hassan II n'a pas hésité à accepter. "Je ne peux pas lui refuser. Il est ambitieux", aurait dit le monarque à son frère, selon les propos rapportés par le photographe.

Son parcours de self-made-man lui vaut aujourd'hui le respect. Ce "ould chaâb"(fils du peuple) est devenu une icône du reportage photographique au Maroc.

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"C'est un personnage qui occupe l'espace, qui parle fort et qui est extravagant. Il est souvent de bonne humeur et a une attitude très paternaliste envers les journalistes débutants", nous confie un confrère qui eu l'occasion de le rencontrer fin 2014.

Mohamed Maradji est une véritable mémoire vivante et ses nombreux appareils photo, merveilleuses "boîtes à souvenirs", sont protégés comme s'ils étaient membres de sa propre famille.

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Au cours de sa carrière, il a été plusieurs fois primé pour ses expositions. Il a été décoré par de nombreux chefs d’État dont Hassan II et le roi Mohammed VI. Il a également eu le privilège de photographier neuf présidents américains dont John Kennedy et dix présidents français dont le général de Gaulle.

Du haut de ses 60 ans de carrière photographique, l’artiste poursuit aujourd’hui encore son activité. Son nouvel ouvrage intitulé "Les trois monarques, l'histoire par la photographie" doit paraître fin 2016.

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