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Au Maroc, la décompensation ne sera pas pour 2017

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BOUSSAID
Au Maroc, la décompensation ne sera pas pour 2017 | DR
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DÉCOMPENSATION - Nous sommes le 20 juin 1981. Casablanca est en état de siège et la tension sociale est à son comble. La police anti-émeutes tire des balles réelles sur des manifestants venus protester, à l'appel des syndicats de l'Union marocaine du travail (UMT) et de la Confédération démocratique du travail (CDT), contre une augmentation drastique des prix de produits alimentaires de base. Bilan des émeutes: une centaine de morts selon les chiffres officiels, des centaines selon les associations civiles.

Quelques jours auparavant, le Maroc, frappé alors par une vague de sécheresse sans précédant, avait décidé brusquement de réduire ses subventions à certains produits de grande consommation, dont le blé, l'huile, le sucre et le beurre. Cette mesure, dictée alors par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, a fait que le prix de la farine, entre autres, a augmenté de 50%.

Les temps ont changé, mais le sujet reste sensible

Aujourd'hui, les temps ont changé, et une émeute n'est à l'évidence pas à l'ordre du jour, mais le Maroc semble tout à fait prudent sur l'épineux dossier de la décompensation. Certes, sous le gouvernement Benkirane, le pays a réussi en 2015 à décompenser entièrement les prix des carburants, décidés désormais par la loi de l'offre et la demande. Mais le même processus qui devait suivre de manière progressive il y a près d'un an pour le gaz butane, le sucre et le blé tendre, est toujours au point mort.

Car malgré une légère baisse de la dotation totale prévue pour 2017 au titre de la compensation, le sucre, la farine et le gaz butane seront toujours subventionnés par l'Etat.

"Aucune décision n'a été encore prise pour la décompensation de ces produits. Chaque année, des estimations sont faites pour décider du montant qui sera consacré à la compensation. Cela a été fait aussi pour l'année 2017", explique le ministre de l'Economie et des finances, Mohamed Boussaid, joint par le HuffPost Maroc.

"Le prochain gouvernement aura sur son bureau un important dossier à traiter qui est celui de la poursuite de la réforme de la caisse de compensation", ajoute le ministre.

Ouf de soulagement des professionnels de l'agroalimentaire

Selon le projet de loi des finances (PLF 2017), la compensation décidée pour l'année prochaine s'élève à 14,65 milliards de dirhams.

Dans le détail, cette enveloppe est destinée à soutenir les prix à la consommation du gaz butane, de la farine de blé tendre et du sucre, et d’autre part, à financer les mesures d’accompagnement y compris l’appui à l’Office national de l’électricité et de l’eau (ONEE), explique le rapport publié par le ministère de l’Economie et des finances.

En 2016, la Loi des finances avait prévu une budget total de 15,55 milliards de dirhams au titre de la compensation.

La Fédération nationale de l'agroalimentaire, qui était montée au créneau en juin dernier pour dénoncer le projet de décompensation du sucre, peut pousser un ouf de soulagement.

Une réforme lancée en 2012

La réforme de la compensation a été lancée en 2012 par un premier réajustement des prix à la pompe. La mise en œuvre du système d’indexation des prix qui s’en est suivie, entre septembre 2013 et novembre 2015, a été "le principal atout du sevrage progressif de la subvention des carburants, dont la décompensation définitive et totale a eu lieu au 1e janvier 2015".

Sur le plan budgétaire, cette décompensation a permis , selon le département de Boussaid cité par la MAP, de "freiner l’hémorragie budgétaire et par induction, l’hémorragie de la dette". Les marges dégagées à travers cette réforme ont permis, dans un premier temps, de ramener les dépenses aux seuils autorisés par la loi de finance et dans un second temps d’apurer tous les arriérés cumulés lors des années antérieures.

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