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Turquie: les dirigeants prokurdes arrêtés, neuf morts dans un attentat à Diyarbakir

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DIYARBAKIR
People gather near the explosion site on November 4, 2016 after a strong blast in the southeastern Turkish city of Diyarbakir.Eight people were killed, including two police, and over 100 wounded in a car bombing by Kurdish militants in the southeastern Turkish city of Diyarbakir, Prime Minister Binali Yildirim said on November 4, 2016, updating an earlier toll. The blast, which Yildirim said was carried out by the outlawed Kurdistan Workers Party (PKK), targeted a police headquarters hours after | ILYAS AKENGIN via Getty Images
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Les chefs du principal parti prokurde de Turquie ont été placés en détention préventive, quelques heures après leur arrestation par les autorités, qui semblent franchir une nouvelle étape dans les purges menées tous azimuts depuis le putsch avorté de juillet.

L'arrestation des coprésidents du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, et d'une dizaine d'autres députés de cette formation, a suscité des réactions indignées en Occident, dont les relations avec la Turquie sont déjà tendues en raison des atteintes aux libertés reprochées au pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan.

Peu après leur arrestation dans la nuit de jeudi à vendredi, un attentat à la voiture piégée a frappé dans la matinée un bâtiment de la police à Diyarbakir, "capitale" du sud-est turc à majorité kurde, faisant neuf morts, dont deux policiers et plus de cent blessés, selon un bilan de source officielle.

Il a été attribué par le Premier ministre Binali Yildirim au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée comme terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l'Union européenne.

L'attentat a ensuite été revendiqué par l'organisation Etat islamique (EI), par l'intermédiaire de l'agence Amaq, organe de propagande du groupe jihadiste, selon le centre de surveillance des mouvements terroristes SITE.

Le leader de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, avait appelé jeudi ses combattants à attaquer la Turquie pour se venger d'Ankara, très impliquée dans la lutte contre les terroristes en Irak et en Syrie.

La décision de placer les deux chefs du parti en détention préventive a été prise par un tribunal de Diyarbakir, dans le cadre d'une enquête "antiterroriste" liée au PKK, selon l'agence progouvernementale turque Anadolu.

Cinq autres députés du HDP ont également été placés en détention préventive à Diyarbakir et dans d'autres villes, selon la même source. Trois autres ont été relâchés sous contrôle judiciaire.

Le HDP, deuxième parti d'opposition en Turquie, a estimé dans un communiqué que les arrestations marquaient "la fin de la démocratie" dans le pays.

Les Etats-Unis sont "profondément troublés" par la détention des élus prokurdes, a écrit sur Twitter Tom Malinowski, chargé des droits de l'Homme au département d'Etat. La chef de la diplomatie de l'UE, Federica Mogherini, s'est dite "extrêmement inquiète". Berlin a annoncé avoir convoqué le chargé d'affaires turc, et le porte-parole de la chancelière Angela Merkel a jugé ces arrestations "hautement alarmantes". A Paris, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Romain Nadal a déclaré que l'arrestation des élus HDP suscitait "une vive préoccupation".

Des appels à manifester des communautés kurdes locales ont été lancés à Paris et à Cologne (Allemagne).

Dans un texte rédigé à la main lu par l'un de ses avocats, M. Demirtas s'est dit victime d'un "coup civil par le gouvernement et le palais".

Les mots "Nous allons à coup sûr gagner" qu'il a lancés en turc au moment de son arrestation ont été très partagés sur Twitter sous le hasthtag #MutlakaKazanacagiz .

"C'est un coup d'Etat contre le HDP, c'est un coup d'Etat contre le pluralisme, contre la diversité, contre l'égalité", a déclaré Garo Paylan, un député du HDP, lors d'une conférence de presse au quartier général stambouliote du parti.

- Réseaux sociaux au ralenti -

A Ankara, des dizaines de manifestants solidaires du HDP ont été dispersés par les forces de l'ordre à l'aide de gaz lacrymogènes, a constaté un photographe de l'AFP.

L'accès aux réseaux sociaux et à des applications de messagerie était fortement perturbé vendredi.

La plate-forme de surveillance TurkeyBlocks a indiqué avoir "détecté des restrictions d'accès à plusieurs réseaux sociaux dont Facebook, Twitter et YouTube".

Par ailleurs, selon le site spécialisé T24, l'autorité turque des télécommunications BTK est intervenue pour restreindre l'accès aux principaux services VPN comme Tor Project et Tunnel Bear. Aucune confirmation officielle n'était disponible dans l'immédiat.

Le week-end dernier, les deux maires de Diyarbakir ont été placés en détention et une douzaine de médias prokurdes ont été fermés par décret.

Ces mesures ont aggravé les tensions dans le sud-est du pays, ensanglanté par des combats quotidiens entre le PKK et les forces de sécurité depuis la rupture, à l'été 2015, d'un fragile cessez-le-feu, qui a sonné le glas du processus de paix pour mettre un terme à un conflit ayant fait plus de 40.000 morts depuis 1984.

Le président Erdogan considère que le HDP est étroitement lié au PKK et a fait savoir qu'il ne considérait plus cette formation comme un interlocuteur légitime.

En mai, le Parlement turc a voté la levée de l'immunité des députés menacés de poursuites judiciaires, une mesure contestée visant notamment les élus du HDP.

Sous l'impulsion de M. Demirtas, le HDP a élargi sa base électorale au-delà de la seule communauté kurde de Turquie (15 millions de personnes) et s'est transformé en un parti moderne, à la fibre sociale, ouvert aux femmes et à toutes les minorités.

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