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Les pièges laissés par Daech à Mossoul pour freiner l'avancée de ses adversaires

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MOSUL
People stand on rubble after Peshmerga fighters recaptured from Islamic state militant the Fadiliya village in Nawaran, north of Mosul, Iraq, October 27, 2016. REUTERS/Ari Jalal | Ari Jalal / Reuters
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INTERNATIONAL - L'armée irakienne ne s'"attendait pas" à une résistance aussi "féroce". Les responsables du CTS, les forces d'élite du contre-terrorisme qui tentent de reprendre Mossoul au groupe Etat islamique, donnent le ton. Vendredi 4 novembre, leurs hommes ont été contraints de se replier partiellement par les jihadistes.

Entrées vendredi 4 novembre dans les rues d'Al-Karama, un quartier de l'est du principal bastion du groupe Etat islamique en Irak, les forces irakiennes ont essuyé leurs tirs ininterrompus. "Très nombreux", les jihadistes font aussi tout pour les ralentir avec des pièges, qu'ils utilisent depuis plusieurs semaines.

Ces derniers jours, ils ont ainsi allumé de nouveaux feux pour créer des colonnes de fumée noire afin de gêner les frappes aériennes de la coalition internationale, qui s'intensifient.

Mais ce n'est pas tout: Daech a eu plus de deux ans pour préparer la défense de la ville où elle a proclamé en 2014 son "califat". Snipers, tunnels, talus, mines ou pièges explosifs, les jihadistes utilisent tout l'arsenal de la guérilla urbaine pour freiner leurs ennemis hétéroclites. "Le combat urbain est le combat le plus sanglant pour l'assaillant, et le plus déséquilibré en termes de pertes", explique un militaire occidental.

Des mines et véhicules piégés

Pour ralentir la progression de l'armée irakienne, les jihadistes ont miné toutes les routes qui mènent à Mossoul. Ainsi, depuis le début de l'offensive, des soldats d'élite passent les voies d'accès au peigne fin pour débusquer les bombes et voitures piégées abandonnées par l'Etat islamique. Dans l'autre sens, aucun déminage n'est possible. Pour fuir les combats de Mossoul, les civils pris au piège doivent tenter leur chance entre les bombes.

"Pendant notre fuite, on était en voiture. On a profité du moment où les jihadistes étaient en train de se battre au sud de Mossoul. Il y avait deux voitures devant nous, la route était parsemée de mines. Ceux de devant ont explosé, avec des enfants et des femmes. Et nous, on a réussi à passer", explique Hassan à France Inter.

Marouan, un autre rescapé de Daech explique que les jihadistes ne cessent de préparer des voitures piégées pour cibler les troupes irakiennes. "Ils sont très forts pour ça. Moi j'ai vu une grande usine où ils fabriquent des voitures blindées qui résistent aux tirs et qui sont piégées", explique-t-il. Depuis le début de l'offensive, les kamikazes de Daech lancent des voitures truffées d'explosifs sur les troupes de la coalition.

La population comme bouclier humain

Si les deux hommes interrogés par France Inter ont réussi à sortir de l'enfer de Mossoul, il reste encore 1,5 million d'Irakiens pris au piège dans la ville. Mardi 26 octobre, l'ONU exprimait déjà ses "sérieuses inquiétudes" quant au sort de dizaines de milliers de civils qui pourraient être utilisés comme bouclier humain par l'EI. Très peu d'entre eux ont pu quitter la ville jusqu'ici.

Pendant plusieurs jours, les jihadistes auraient ainsi transporté dans des camions et autocars "quelques 25.000 civils" d'une localité au sud de Mossoul, Hamam al-Alil, pour les rapprocher de la deuxième ville d'Irak, selon des informations recueillies par le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme. Concrètement, les troupes de Daech encerclent leurs bâtiments de civils, se servant d'eux "comme boucliers humains". De fait, ils empêchent les forces de la coalition d'attaquer leurs positions.

Des rideaux de fumée

Des bombardements rendus encore plus difficiles par les feux allumés par les jihadistes. Noirs, blancs ou jaunâtres: ces nuages de fumée proviennent de puits de pétrole, de tas de pneus ou de tranchées remplies de matières inflammables auxquels le groupe Etat islamique a mis le feu. Une pratique devenue habituelle ayant pour objectif d'obscurcir le ciel de Mossoul et de gêner les raids aériens. Mais ce sont surtout les civils qui en sont victimes.

Sur le bord de la route, les enfants qui jouent doivent s'interrompre régulièrement, pris de quintes de toux. La vision ne dépasse pas quelques centaines de mètres. "Ça bloque la respiration", témoignait Tiba, une jeune fille de 11 ans. Anas, un garçonnet de sept ans, se plaint aussi de la gorge. Entre 600 et 800 personnes ont dû consulter à cause des fumées toxiques dégagées par l'incendie de l'usine de soufre, selon l'ONU.

Des objets piégés

Soldats et civils irakiens sont également confrontés à une nouvelle forme d'attaque meurtrière: les objets piégés. "Il y a des mines partout. Quasiment dans chaque maison", explique un peshmerga à Libération. "Les mines sont enfouies dans le sol, cachées derrière des portes. Il suffit de rompre un fil quasi invisible pour les déclencher", détaille-t-il.

Depuis le début de la bataille, les jihadistes piègent notamment des jouets pour enfants, révèle The Guardian. Ils truffent d'explosifs les objets du quotidien d'apparence inoffensive comme des ours en peluche, des petites voitures, des montres ou des manettes de jeux vidéos. De quoi installer - un peu plus - un climat d'angoisse pour les populations civiles qui doivent désormais se méfier du moindre objet abandonné.

C'est une façon, aussi, de ralentir les forces irakiennes qui doivent déminer chaque bâtiment abandonné par les troupes de l'EI.