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Le ministre des Affaires religieuses appelle les partis à nommer les Imams et affirme que l'Arabie Saoudite serait derrière le terrorisme

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Lors d’une séance d’audition tenue à la Commission des Finances, de la planification et du développement au sein de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le ministre des Affaires religieuses, Abdeljalil Ben Salem, a révélé avoir contacté les différents partis politiques afin qu’ils remettent une liste de candidats pour le poste d’Imam.

Expliquant que le ministère rencontre de grandes difficultés pour trouver des candidatures à ce poste – à cause, toujours selon le ministre, du cumul des conflits pour le contrôle des mosquées – Abdeljalil Ben Salem a déploré l’ignorance des partis de ses appels, partis qui, selon ses dires, ne lui ont présenté aucune liste.

Réagissant à ces propos, le député du bloc de l’Union patriotique libre (UPL), Taoufik Jomni, a exprimé ses réserves quant à la demande du ministre des Affaires religieuses. Pour le député, cette requête ne peut qu’accentuer la présence des partis politiques dans les mosquées ce qui menacerait, dangereusement, leur neutralité.

Contacté par le HuffPost Tunisie, Tarek Ftiti, député de l'UPL et membre de la commission des Finances présent lors de l'audition du ministre s'est dit outré par la proposition du ministère des Affaires religieuses: "C'est la culture du partage du gâteau. Chaque parti mettra ses imams dans les mosquées, y fera de la politique et y mènera ses campagnes. C'est ridicule".

Par ailleurs, et à l’issue de la même séance, le ministre a déclaré avoir été le seul à avoir eu assez de courage pour demander à l’ambassadeur de l’Arabie Saoudite et au secrétaire-général des ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur arabes, qui est saoudien, de "réformer les écoles de leur pays puisque le terrorisme provient, historiquement, de ces lieux".

Abdeljalil Ben Salem a en effet expliqué que le phénomène du "takfir" – le fait de qualifier les autres de mécréants – provient uniquement de l’école Wahhabite. Pour le ministre, et indépendamment de la bonne ou de la mauvaise foi, le terrorisme et l’extrémisme qui sont aujourd’hui propagés un peu partout dans le monde ne proviennent que de cette école dont l’origine est l’Arabie Saoudite. Et d’ajouter qu’il existe des académiciens saoudiens qui confirment cette vérité et qui appellent à ce que cette pensée soit réformée puisqu’elle a fini par impacter les relations internationales du pays en question.

Selon Tarek Ftiti, le ministre des Affaires religieuses "va nous créer des crises diplomatiques, car en dehors de ces propos sur l'Arabie saoudite qui serait selon lui derrière le terrorisme, il a aussi beaucoup 'tiré' sur la France".

Quelques heures après ces déclaration, le ministère des Affaires religieuses a tenu a précisé dans un communiqué publié sur sa page Facebook, que les relations avec l'Arabie Saoudite étaient harmonieuses, rappelant que le ministère respecte tous les courants de l'Islam.

A noter que depuis sa nomination à la tête du ministère, Abdeljalil Ben Salem n’a fait que de très rares déclarations. Par contre, son passage à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), lors de la séance du vote de confiance au profit du gouvernement d’union nationale, a été marquant: à cause d’une ancienne vidéo où on l’entend parler de l’islam politique qui envahirait tout le monde arabe – propos prononcés lors d’une conférence intitulée "Charia et Constitution" – le ministre avait fait l’objet de réserves de la part de quelques députés et dirigeants politiques.

Répondant aux nombreuses accusations et critiques, Abdeljalil Ben Salem s’était contenté de déclarer que "personne ne pouvait remettre en question son patriotisme".

Pour le député UPL, "c'est un revirement à 180 degré du ministre après les craintes qu'avaient exprimées de nombreux députés lors de son investiture sur le fait qu'il était 'extrémiste'. Il a voulu se racheter une image avec ces déclarations, un peu comme certains qui se sont offert une seconde virginité après la révolution" a conclu Tarek Ftiti.

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